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Le pouvoir d'achat des Européens et des Français va être impacté par les conséquences de la crise ukrainienne sur l'économie et le marché de l'énergie.
Le pouvoir d'achat des Européens et des Français va être impacté par les conséquences de la crise ukrainienne sur l'économie et le marché de l'énergie.
©INA FASSBENDER / AFP

Conséquences économiques

Pouvoir d’achat : voilà l’impact que la crise ukrainienne pourrait avoir sur le portefeuille des Français

Face au risque d'une invasion russe en Ukraine, les marchés financiers et de l'énergie sont notamment impactés. Suite à la reconnaissance par la Russie des régions séparatistes, les sanctions économiques déployées contre la Russie vont perturber toute l'Europe.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Atlantico : Depuis plusieurs mois, l’Europe est sujette à une crise énergétique liée notamment aux tensions sur le gaz russe. Désormais, c’est le prix du baril qui augmente suite à la crise ukrainienne. Quelles conséquences les tensions entre la Russie et l’Occident auront-elles pour la facture des Français tant pour le logement que pour leur véhicule ?

Jean-Paul Betbeze : L’arme russe, c’est le gaz et nous venons de le découvrir. Voilà des années que la Russie assiste à l’évolution, mais sans rien dire, de nos politiques énergétiques « vertes » dans les différentes COP. Elle a sans doute vu avec intérêt l’Europe arrêter le lignite puis la houille, qui polluent certes beaucoup. Elle a donc vu monter la dépendance de l’Europe vis-à-vis du gaz, lui aussi polluant, mais les écologistes découvrant avec regret que les éoliennes ne sont pas assez efficaces, même quand il y a du vent, sans oublier ceux qui trouvent qu’elles gâtent le paysage. Que dire alors du nucléaire, très longtemps radioactif et si dangereux, même s’il procure à la France une électricité stable, permanente et pas chère ? Il faut l’arrêter !

La Russie a vu l’Europe se passer, sans rire, autour du cou un nœud coulant énergétique proposé par les écologistes, soucieux du réchauffement climatique à trente ans et moins de celui de leur appartement à quinze jours. Sans rire non plus, elle a vu l’Europe discuter de son « autonomie stratégique » pour la production de puces pour des voitures électriques alimentées sans doute et de plus en plus en électricité par des centrales au gaz, les centrales nucléaires devant fermer au plus vite !

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La facture européenne, et française, de l’énergie ne fera donc que croître, avec la dépendance énergétique et politique qui va avec par rapport à la Russie, si nous ne comprenons pas sa stratégie. Pourtant sa mise en œuvre vient de s’accélérer sous nos yeux. Poutine n’est pas du tout paranoïaque. Lui, et Xi, savent que les régimes dits libéraux sont encore plus naïfs que myopes.

La Russie est un fournisseur important de matières premières, y compris dans le domaine agricole, la crise ukrainienne risque-t-elle d’influencer le prix du panier du consommateur ?

Nous vivons le retour de nos dépendances physiques au gaz, au blé, au cuivre, à l’eau… au moment même où nous rêvons du métavers ! C’est très bien le métavers, mais il faut 200 milliards de dollars pour faire de nouvelles usines de puces, et plutôt en Europe et aux États-Unis qu’à Taïwan, plus du lithium, chilien ou chinois. On nous dit qu’il y a en Europe des terres rares, encore faut-il accepter de creuser la terre ! Le fameux « panier du consommateur » n’a donc pas fini de voir son prix monter, si le consommateur ne voit pas les conséquences de ce qu’il veut. Sans rien changer dans nos rêves verts, nous allons vers un « choc matières premières » par rapport auquel le « choc pétrolier » des années 1970 aura été une aimable plaisanterie.

Dans quelle mesure le conflit actuel peut-il générer de l’incertitude économique ? Quelles conséquences cela peut-il avoir sur les marchés ?

Le conflit actuel est en fait un conflit d’endurance. On peut toujours se dire qu’au fond la Russie est une puissance moyenne : rien à voir avec ceux qu’elle défie. Son PIB est de 1500 milliards de dollars, entre les 1900 de l’Italie et les 1300 de l’Espagne. Mais elle a les premières réserves du monde de gaz (19%) et les sixièmes de pétrole (6%), derrière le Venezuela et l’Arabie, sans oublier le cuivre ! Pour ses réserves monétaires aussi, la Russie a longtemps empilé : 585 milliards de dollars de réserves, dont 190 en euros, 130 en or, 94 en dollars et 76 en yuans. Plus d’euros, d’or, de yuans, moins de dollars : le hasard n’est pour rien dans ces chiffres. On peut toujours se dire que si Gazprom ne livre plus l’Europe, elle perd 200 millions de dollars par jour, mais ceci n’a pas de sens : elle vend (plus) à la Chine, sera soutenue en Russie et, surtout, ne cessera jamais de livrer en Europe ! Tuer son client !

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Nous vivons entourés d’incertitudes, qui nous inquiètent à bon droit, mais nous venons de découvrir une certitude : celles de nos dépendances vis-à-vis de fournisseurs qui ne sont pas (tous) des amis.

A terme faut-il craindre une croissance réduite et moins d’emplois ?

Aussi longtemps que nous rêverons et que nous ne parlerons pas du monde réel, oui. Dire le vrai, ce n’est pas parler des riches et des pauvres en France, qui peuplent nos débats, quand on ne parle pas de vaccins : c’est prendre le sens de l’histoire. On peut ne pas aimer l’empire américain, mais il s’éloigne de nous et décline. On peut ne pas aimer l’empire chinois, mais il s’étend partout et vient officiellement de s’unir à la Russie dans le Donbass. Freiner l’Otan à Kiev, c’est le freiner à Taipei. L’emploi ici en Europe, stratégiquement, dépend donc d’une vision à long terme qui commence et que Poutine nous aide à voir. Faudra-t-il l’en remercier ?

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