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Pourquoi vous pourriez bien mieux épargner en y consacrant (nettement) plus de temps
©Reuters

Bas de laine

Pourquoi vous pourriez bien mieux épargner en y consacrant (nettement) plus de temps

Aux Etats-Unis, les citoyens les plus riches investissent dans les placements mobiliers ou les fonds de pension. A l'inverse, les classes moyennes privilégient l'immobilier. Voilà de quoi expliquer simplement le plus rapide enrichissement des premiers face aux seconds, l'immobilier n'ayant presque pas augmenté. Etat des lieux et comparaison des placements favoris aux Etats-Unis et en France.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : Selon vous, dans quoi faudrait-il d'avantage investir afin de connaître de meilleurs rendements pour les classes moyennes, le tout dans un marché immobilier plat ?

Philippe Crevel : Aujourd’hui, dans un contexte de taux d’intérêt durablement bas et d’immobilier cher, le segment des actions est le plus porteur en termes de rendements. Il faut néanmoins prendre en compte qu’au vu des liquidités disponibles à l’échelle planétaire, la volatilité des cours tend à s’accroître. Par ailleurs, la remontée, au cours du second semestre 2015, des taux d’intérêt américains pourraient influer négativement sur les actions. L’assurance-vie multi-supports et le plan d’épargne en actions offrent des rendements et une fiscalité attractifs. En 2014, les fonds euros ont rapporté 2,5 % et les unités de compte en moyenne 4,7 %. Par ailleurs, du fait des faibles taux d’intérêt, il peut y avoir des opportunités au niveau immobilier à condition de négocier. Il y a des niches dans le domaine des résidences touristiques, des logements étudiants ou des logements avec service pour seniors.

Les classes moyennes éprouvent de plus en plus de difficultés à épargner en France. Les nouveaux flux d'épargne financière se tarissent. Ils sont passés de plus de 100 à moins de 70 milliards d'euros de 2008 à 2014. La stagnation des revenus, la crainte du chômage, l'augmentation des prélèvements sont autant de facteurs qui jouent contre l'épargne longue. Les Français laissent de plus en plus d'argent sur leurs comptes courants à défaut de le placer. La baisse des taux a échaudé les ardeurs des épargnants. Aujourd'hui pour obtenir du rendement, il faut opter pour le risque et l'international. Les zones à fors rendements sont l'Afrique et les Etats-Unis mais pour ce pays, il est désormais coûteux d'y investir en raison de l'appréciation du dollar.  

Une étude parue aux Etats-Unis montre que pour les 1% d'Américains les plus riches la partie du patrimoine consacrée à l'immobilier et à la résidence principale n'était que de 9%, comparativement à 63% pour les classes moyennes. Qu'en est-il en France concrètement ? Comment les Français répartissent-ils leur épargne ?

Le patrimoine des ménages est en France essentiellement immobilier. Fin 2013, le patrimoine des ménages était de 10 414 milliards or 6 642 milliards d’euros prenaient la forme de biens immobiliers. Les actifs financiers représentaient 4 581 milliards d’euros. Le patrimoine est concentré entre les mains des 50 – 75 ans et qui appartiennent aux 10 % les plus riches. Les inégalités liées à la détention du patrimoine sont plus importantes que celles liées aux revenus d’autant plus que le capital immobilier s’est fortement apprécié lors de vingt dernières années.

Au-delà de la pierre, les Français privilégient l’assurance-vie dont l’encours dépasse désormais 1500 milliards d’euros. Les actions dont les participations des indépendants dans leur entreprise et les fonds d’investissement représentent 1300 milliards d’euros. Les placements à court terme (livrets bancaires, Livret A, LDD…) ainsi que les Plans d’Epargne Logement pèsent plus de 1000 milliards d’euros.

L’effort d’épargne est très concentré sur les classes moyennes supérieures et sur la population de plus de 40 ans.

La moitié des ménages français épargnent plus de 13 % de leurs revenus. Cette moyenne ne traduit pas les différences très fortes entre catégories sociales. Le taux d’épargne est négatif pour les ménages les plus modestes mais il atteint plus d’un tiers des revenus pour les ménages les plus aisés. Les 25 % des ménages épargnant la part la plus importante de leurs revenus (plus de 33 %) contribuent à 72 % de l’épargne nationale annuelle. Les ménages aux revenus les 20 % les plus bas, ont un taux d’épargne de – 8 % quand il est de 47 % pour ceux dont les revenus appartiennent aux 20 % les plus élevés.

Les américains les plus riches investissent d'avantage dans les fonds de pension et les placements mobiliers. L'immobilier a connu une faible croissance, ce qui explique l'augmentation plus importante des richesses pour les plus riches que pour les classes moyennes. A-t-on pu observer des processus similaires en France ?

Aux Etats-Unis, la crise financière de 2008 a été surtout une crise immobilière qui a entraîné une forte chute des cours. Aux Etats-Unis, à l’exception des grandes métropoles, l’immobilier n’est pas très cher. Le logement est perçu avant comme un bien de consommation quand en Europe et tout particulièrement en France il est un élément fondamental du patrimoine.

Les Américains doivent épargner en vue de leur retraite car le régime obligatoire par répartition ne permet pas d’obtenir un taux de remplacement correct. Les actifs sont incités dès leur plus jeune âge à cotiser à des fonds de pension. En France, jusqu’à maintenant, les régimes de retraite par répartition garantissent un niveau correct de pension. Cette situation pourrait être amenée à évoluer dans les prochaines années avec le vieillissement de la population et les difficultés financières des régimes de retraite.

Une autre différence entre la France et les Etats-Unis provient du rapport aux risques. Il y a, Outre Atlantique, une véritable culture financière qui favorise l’épargne en actions quand en France, les épargnants privilégient les produits de taux avec garantie en capital.

En France, le coût élevé des logements impose un effort d’épargne élevé surtout pour les primo-accédants. Si les prix sont orientés à la baisse depuis 2012, il n’en demeure pas moins que depuis le début du siècle, les prix ont été multipliés par deux. Du fait qu’en France, le patrimoine financier est faible et que la valorisation des actions y a été plus faible depuis l’an 2000 que chez nos partenaires, c’est le coût de l’immobilier qui explique la progression du patrimoine.

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