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Trompe the eye

Pourquoi les salaires augmentent en France et au Royaume-Uni pour des raisons diamétralement opposées (et le cercle vertueux n’est pas chez nous…)

Après que le Royaume-Uni a atteint un taux de chômage de 5,5%, les salaires britanniques commencent à progresser de façon sensible, soit de 3,2% pour le secteur privé. Et si la France bénéficie également d'une croissance de ses salaires, c'est uniquement à cause de la dégradation de la situation des travailleurs les moins qualifiés.

Ce 17 juin,  l’Office national de statistiques du Royaume Uni publiait les chiffres relatifs au marché du travail pour ce dernier trimestre, c’est-à-dire de février à avril 2015. Le premier enseignement de ce début d’année est que l’économie britannique continue de créer des emplois à un rythme élevé ; soit 114 000 postes au cours de ces trois mois, ou 424 000 durant l’année passée, pour en arriver à un total de 31.05 millions d’emplois.

Parallèlement le nombre de chômeurs du pays continue de se rétracter de 43 000 personnes au cours de cette même période, ou 349 000 pendant les douze derniers mois, pour un total de 1.81 millions à la fin de ce mois d’avril. De plus, l’attractivité du marché de l’emploi permet d’attirer plus de monde parmi les actifs, permettant une baisse du nombre de personnes classées hors statistiques, c’est-à-dire en dehors de la population active. En raison de ces multiples facteurs, le taux de chômage reste stable, à un niveau de 5.5% de la population active, soit à peu près la moitié du taux de chômage français qui continue de culminer à 10.3%.

Mais le point le plus déterminant de ce rapport sur l’emploi britannique est à chercher du côté des salaires. Ainsi, selon l'ONS, le salaire hebdomadaire moyen progresse de 2.7% (en base annuelle) sur la période considérée, entre février et avril 2015. En tenant compte du seul secteur privé, et en excluant les bonus, la hausse atteint 3.2% sur les trois derniers mois :

Salaires du secteur public. (Hors bonus). 3 mois glissants. %. UK. Source : ONS

Et cette hausse était attendue depuis un long moment. En effet, de nombreuses critiques avaient pu être adressées à la reprise économique britannique, et ce, en plusieurs temps. Tout d’abord, la reprise de la croissance était considérée comme une reprise sans emploi. Ce point a été rapidement démenti par les faits. Puis, la seconde attaque a consisté à déplorer une reprise économique sans reprise des salaires. Mais une telle situation n’est que pure logique.

En effet, les salaires sont soumis à une double pression lors d’une reprise économique. D’une part, puisque les chômeurs sont en majorité des personnes non qualifiées, leur intégration dans le marché de l’emploi produit un effet négatif sur la moyenne des salaires. D’autre part, si une reprise économique se produit lorsque le chômage est encore élevé, il n’y a aucune raison pour que les salariés puissent déjà profiter d’un pouvoir de négociation sur leurs salaires. Voilà pourquoi la sensible hausse des salaires que connait le secteur privé britannique est importante. Elle signifie que le pays est proche du plein emploi. Lorsqu’un employeur ne trouve plus de main d’œuvre disponible immédiatement, typiquement, un chômeur, il ne lui reste qu’un moyen d’attirer un salarié, ou même, d’éviter de le perdre : une augmentation. Et c’est dans ce cercle vertueux que l’économie britannique est aujourd’hui engagée.

De ce point de vue, la situation de la France est troublante, puisque les salaires n’ont cessé de progresser en France depuis la survenance de la crise de 2008. Mais cette réalité est à l’opposé du cas britannique. Ainsi, dans une étude réalisée par la Banque de France, l’économiste Gregory Verdugo indique :

« Les séries de salaire moyen étant calculées à partir de la population employée, elles sont affectées non seulement par les évolutions de salaires mais également par les changements de composition de la population en emploi. Or, lors des périodes de ralentissement, la hausse du chômage a historiquement toujours eu tendance à se répercuter de manière plus importante sur les salariés les plus jeunes, les moins qualifiés et, plus généralement, sur ceux ayant un salaire moins élevé."

Ce qui signifie que la hausse des salaires en France n’est rien d’autre que la conséquence d’un changement de structure de l’emploi des salariés français. Puisque les moins qualifiés sortent des statistiques pour cause de chômage, le salaire moyen à tendance à augmenter. Et si les salaires augmentent en apparence,  la réalité est un peu différente. Car en appliquant la structure de l’emploi de 2008 à la situation actuelle, le résultat s’inverse :

« Nous trouvons que les effets de composition expliquent la totalité de la hausse du salaire réel moyen observée : le salaire moyen à composition constante augmente de moins d’un point entre 2008 et 2009 et diminue par la suite, baissant de 0,8 % entre 2009 et 2011".

Si les salaires britanniques et français progressent de conserve, ils ne traduisent en rien une même situation. La hausse des salaires français n’est que le résultat d’une dégradation de l’emploi des moins qualifiés. Et la hausse des salaires britanniques indique une situation de plein emploi.

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