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Pourquoi les problèmes de la France insoumise dépassent de loin ceux du leadership de Jean-Luc Mélenchon
©Reuters

Tel père, telle FI

Pourquoi les problèmes de la France insoumise dépassent de loin ceux du leadership de Jean-Luc Mélenchon

Depuis le départ de Charlotte Girard, La France Insoumise traverse une crise dont les causes ne sont pas seulement conjoncturelles, et la personnalité de Jean-Luc Mélenchon est pointée du doigt par certains Insoumis.

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque

Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il est l'auteur de Mensonges en gilet jaune : Quand les réseaux sociaux et les bobards d'État font l'histoire (Serge Safran éditeur) ou bien encore de La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l'innovation politique). 

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Atlantico : Depuis le départ de Charlotte Girard, La France Insoumise traverse une crise dont les causes ne sont pas seulement conjoncturelles. La personnalité de Jean-Luc Mélenchon est-elle en cause ? Le problème n'est-il pas plus structurel ? En quoi un mouvement comme LFI qui n'est pas structuré et qui est verrouillé par une quinzaine de personnes empêche-t-il un véritable dialogue au sein du mouvement ?

Sylvain Boulouque : Il y a un double problème dans LFI : un problème conjoncturel lié à la déception suite aux résultats électoraux des européennes, même s'il est à relativiser dans la mesure où si l'on compare le score de LFI à ces européennes, il est équivalent à celui des dernières élections, voire plus important si l'on rajoute les voies du parti communiste. Mais LFI espérait plutôt autour de 10-15%. Cette déception électorale a également révélé des phénomènes latents : le doute chez un certain nombre de personnes de la stratégie de LFI et aussi de son mode de fonctionnement. On a donc un double problème : une interrogation sur la stratégie : un certain nombre de personnes n'étaient pas d'accord avec les propositions de Jean-Luc Mélenchon autour des Gilets jaunes. Certains autres trouvaient qu'il n'était pas assez dans le soutien aux Gilets jaunes : il y a donc, dans le mouvement, des tensions contradictoires : certains trouvent qu'il en fait trop, d'autre pas assez.

Faut-il abandonner l'étiquette de gauche pour se réclamer uniquement du peuple ? C'est ajouter une deuxième question beaucoup plus importante : celle de la démocratie interne au sein de LFI. Là aussi, les deux courants dans LFI s'opposent : Clémentin Hautin veut refonder les gauches mais ne sait pas encore de quelle façon ; de l'autre côté, Charlotte Gérard, proche de la ligne Mélenchon et le demeure sur un certain nombre d'aspects, mais déplore le monde complet d'organisation dans LFI. Si elle a envoyé sa lettre de démission à Mélenchon, c'est qu'il n'y a pas assez de retrait, de démocratie interne pour la prise de décision. Ce problème renvoie à la même chose : le processus décisionnel de LFI repose-t-il trop sur la personne de Jean-Luc Mélenchon ?

N'est-on pas nécessairement amené à d'inévitables tensions dans un parti qui concentre des forces antinomiques que la ligne républicaine d'Alexis Corbière et les anciens proches des indigènes de la République ?

Il y a un réel problème de démocratie interne. Les militants seraient prêts à se rallier plus ou moins à des décisions, à condition qu'elles soient validées par une instance. Or, à LFI, il n'y a pas d'instance décisionnelle, donc les militants ne sont pas du tout consultés pour participer au processus décisionnel. C'est le premier problème. Les problèmes d'interprétation de la ligne sont secondaires par rapport à la crise de confiance dans la démocratie et la façon dont fonctionne LFI. Ils ont toujours fonctionné en petits groupes et le fait que le parti soit devenu plus important n'a pas changé le mode de fonctionnement du petit groupe. Or quand il y a une personnalité comme Jean-Luc Mélenchon, cela ne peut fonctionner durablement sans quitter le modèle démocratique des partis. Auparavant ce n'étaient que des personnalités simples qui occupaient le parti : aujourd'hui, c'est plusieurs dizaines de personnes qui commencent à prendre le large, se mettre en retrait. On n'est donc plus dans la même considération. Une crise trop importante peut même mettre en péril l'existence du groupe parce qu'ils sont à la limite du nombre de députés pour être un groupe parlementaire. Il y a de fortes tensions et l'on ne sait pas encore comment elles vont être résolues parce qu'il y a un problème de stratégie internet et l'absence d'une instance interne qui permettrait la discussion entre différents membres de cette formation.

En dehors de la baisse du nombre de militants et d'une direction du parti trop antidémocratique, n'est-ce pas la philosophie politique de Mélenchon qui pose aujourd'hui problème à LFI ?

Pendant très longtemps, cela fonctionnait. Quand Jean-Luc Mélenchon était pratiquement à 20% et presque qualifié pour le deuxième tour de la présidentielle, on se rend compte que c'est l'absence de démocratie interne qui pose un problème et non Mélenchon. Il y a néanmoins un second problème : Mélenchon incarne LFI et l'on ne voit pas comment LFI pourrait exister sans lui. Rien n'a été préparé pour penser une structure de parti un peu différente. Mélenchon est dans la lancée pour les présidentielles de 2022, alors qu'il y a semble-t-il aussi d'autres figures importantes dans le parti et qui pourrait émerger. Mais le fonctionnement même de LFI ne laisse pas le choix de s'exprimer aux militants. Dans le temps, même s'ils disaient tous la même chose, les militants parlaient quand même : aujourd'hui, il n'y a même pas de discussion et cela devient un réel problème. 

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