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Pourquoi les personnes nées avant 1989 feraient bien de se revacciner contre le retour de la rougeole
©Reuters

Maladie

Pourquoi les personnes nées avant 1989 feraient bien de se revacciner contre le retour de la rougeole

Mêmes vaccinés, tout le monde n'est pas invulnérable contre cette maladie hautement infectieuse. Pour cause : certains individus perdent rapidement leur immunité, malgré le vaccin. Le risque qu'ils contractent la maladie et, pire, deviennent la source d'une épidémie, est loin d'être négligeable alors que bon nombre de Français sont toujours réticents à se faire vacciner.

Didier Raoult

Didier Raoult

Didier Raoult, professeur de microbiologie à la faculté de médecine de Marseille, dirige le plus grand centre consacré aux maladies infectieuses, l'IHU Méditerranée Infection. Le professeur Raoult est un des microbiologistes les plus cités en Europe et figure dans le classement des chercheurs les plus cités. Avec son équipe à Marseille, il a décrit des virus complexes, et il a été lauréat du grand prix de l'Inserm 2010. Connu pour sa posture anti-traditionnelle, il a acquis la notoriété des médias internationaux en 2020, lorsque lui et son équipe ont affirmé avoir trouvé un remède contre la Covid-19 avec son traitement à base d’hydroxychloroquine notamment.

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Atlantico : Selon une récente étude américaine, les personnes ayant été vaccinées contre la rougeole avant 1989, et ayant aujourd'hui l'habitude de voyager ne seraient plus immunisées contre la maladie. Comment expliquer cette déficience ? Quels sont les risques d'attraper, aujourd'hui, la rougeole ?

Didier Raoult : Quand on a commencé à vacciner la population contre la rougeole, compte tenu du fait que c'est un vaccin vivant, on pensait qu'on allait avoir la même efficacité que l'infection naturelle. Or la rougeole est une maladie immunisante définitivement. Mais on s'est rendu compte, avec l'usage, que le vaccin contre la rougeole immunisait pendant une période de temps importante, mais qu'un nombre réduit de personnes perdaient cette immunité. Acquise par vaccin, celle-ci était inférieure à celle contractée par l'infection elle-même. Il y a très peu de risques parmi les endroits dans lesquels une partie très importante des populations a été vaccinées. A l'inverse, dans les endroits où les populations sont peu vaccinées, la maladie circule toujours et le risque d'attraper la rougeole n'est pas négligeable. Dans le cas de l'Europe, on a eu récemment eu des cas avec les gens qui venaient de Roumanie, où la couverture vaccinale était très basse. Ils ont été la source de plusieurs petites épidémies.  

Sommes-nous également concernés en France par cette problématique ? Quelles sont les risques que nous encourons ? Comment, à l'époque, se sont organisés les campagnes de vaccination ? 

On a eu les mêmes problèmes. Comme je disais, on a souvent eu des épisodes d'épidémie en France. Souvent, il y avait à l'origine une importation de l'infection. La rougeole est une maladie extrêmement contagieuse. C'est une des deux plus épidémiques, avec la variole, qu'on ait connu. Quand un cas se déclenche dans une zone où il n'y a pas une bonne couverture vaccinale, on a de suite beaucoup de cas secondaires. Les personnes les plus exposées à la rougeole et les plus susceptibles de la transmettre sont les personnels de soin. Il est très important, chez eux, de vérifier l'immunité de leurs patients en faisant des prises de sang, et en les revaccinant s'ils n'ont plus d'anticorps. 

Quelles sont les solutions, aujourd'hui, pour convaincre les Français de se faire à nouveau vacciner ?

C'est compliqué : il y a toute une pédagogie à refaire. Il faut restaurer la confiance des Français dans le discours que l'on donne. Tant qu'on aura une rhétorique très simple, en disant "si vous êtes contre la vaccination, vous êtes des idiots", et "si vous êtes pour la vaccination, vous êtes intelligents", ça ne marchera pas. On peut pas non plus rendre ça obligatoire juste parce que les gens ne veulent pas le faire. Il faut rediscuter avec les gens, en leur expliquant que c'est pour eux et leur entourage. C'est en remettant en perspective pourquoi tel vaccin est bon ou non qu'on arrive à convaincre les gens de se faire vacciner, et non pas en ayant une attitude idéologique pour les vaccins. 

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