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Pourquoi les citoyens ne peuvent plus compter sur un Etat démocratique sans limites ni frontières
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Bonnes feuilles

Pourquoi les citoyens ne peuvent plus compter sur un Etat démocratique sans limites ni frontières

Dans son dernier livre "Je suis un contrariant" (éditions Michalon), l'universitaire Marc Crapez dénonce la malhonnêteté intellectuelle de la gauche et fait le constat de la difficulté voire l'impossibilité d'être à la fois de gauche et dissident. Extrait de "Je suis un contrariant" de Marc Crapez, éditions Michalon 2/2

Marc Crapez

Marc Crapez

Marc Crapez est politologue et chroniqueur (voir son site).

Il est politologue associé à Sophiapol  (Paris - X). Il est l'auteur de La gauche réactionnaire (Berg International  Editeurs), Défense du bon sens (Editions du Rocher) et Un  besoin de certitudes (Michalon).

 

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Le clivage gauche-droite s’estompe au profit d’autres césures, comme celle qui sépare les pro-européens des eurosceptiques, ou encore les connectés des déphasés. Face au narcissisme d’élites qui monopolisent la parole en feignant de se « mettre en danger », le péril réside moins dans un « fichage » universellement repoussé que dans l’indistinction des pouvoirs et des contre-pouvoirs.

Les élites ne sont pas impliquées au même degré que les citoyens ordinaires. Elles ont une triple nationalité. Elles disposent de solutions de repli. À leur patrie de naissance s’ajoute l’allégeance européenne ainsi que le cosmopolitisme de la culture world. Si ça tourne mal quelque part, tant pis, une autre capitale fera l’affaire. Comme dans la chanson de Brel : « J’ai une banque à chaque doigt et un doigt dans chaque pays ».

Certains célèbrent l’univers numérique comme une oasis de liberté au potentiel infini. Mais l’accroissement de l’éventail des opportunités exacerbe la concurrence et profite aux initiés. Elargissement des auditoires et des marchés vont de pair. Abolir les barrières et les frontières comporte une dimension éminemment positive, l’affranchissement des entraves. Mais une fois retombé l’enthousiasme de la déterritorialisation, les inégalités de possibilité se font cruellement sentir. 

Les plus malins et les plus véloces s’engouffrent dans la brèche de l’abolition des frontières et des repères. Les élites circulent facilement, s’achètent des protections matérielles et s’entourent de barrières symboliques (langages et codes). Il faudrait donc une contrepartie fiscale aux avantages de la nationalité pour éviter que firmes fantômes et sociétés écrans ne passent à travers les mailles du filet. 

La démocratie est comme le précepte « cent fois sur le métier remettez votre ouvrage ». Elle se trouve désacralisée si elle devient un dû ou un guichet. Le succès des notions de développement durable et de principe de précaution n’inclut pas l’idée de responsabilité et de soutenabilité de ses engagements. La délibération démocratique se range à l’avis de celui qui a parlé en dernier. S’estompe le consentement à l’effort et la capacité à prendre des décisions porteuses d’avenir. Mieux vaudrait davantage de fraternité à l’égard de nos aïeux comme de nos descendants.

L’État, omnipotent mais impuissant, n’est plus le garant, le dernier recours et le protecteur en dernier ressort des citoyens. Les communautés comptent d’abord sur elles-mêmes pour s’entraider, d’où une moindre redistribution. Le surinvestissement familial peut faire office de filet de protection, mais les seniors renâclent à passer le flambeau ou à verser leur écot. Une inconnue pèse sur la solidarité des générations. La fidélité se délocalise et les individus s’entre-déchirent judiciairement le butin des pensions et subventions.

Extrait de "Je suis un contrariant" de Marc Crapez, publié aux éditions Michalon, 2016. Pour acheter ce livre, cliquezici.

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