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Pourquoi les chefs d’entreprises ont la gueule de bois
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Hic

Pourquoi les chefs d’entreprises ont la gueule de bois

« Paroles, paroles », cette chanson de Dalida résonne aux oreilles de nombreux Français au lendemain des discours officiels censés annoncés le programme de gouvernement qui doit s’appliquer pendant les cinq prochaines années.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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L’heure est enfin aux actes qui devraient commencer à voir le jour au moment où nos  compatriotes s’égrènent  sur les  routes des vacances. Mais déjà s’exprime un certain sentiment de déception, comme si le pouvoir  jouait un film que l’on  a déjà vu et que l’in assistait à une sorte de tour de passe-passe.

Première surprise : les mesures emblématiques du quinquennat sont différées : la baisse de la taxe d’habitation est reportée sans  que l’on fixe sa date d’entrée en vigueur. La réforme de l’épargne avec la refonte de l’ISF est prévue désormais pour 2019, la baisse de l’impôt sur les sociétés sera étalée pour être sensible seulement à la fin de la  période.  Or, l’opinion avait  surtout voulu retenir des messages diffusés pendant la campagne électorale, celui de la diminution des  impôts. Alors que c’est une  toute nouvelle chanson  qui s’offre à lui : un relèvement des taxes sur le tabac, le carbone, le diesel,  la CSG.  La gratuité pour les lunettes ou certaines prothèses parait trop lointaine pour retenir  aujourd’hui l’attention. On s’interroge pour l’instant sur les nouvelles taxations  qui pourraient survenir comme si l’on  revenait aux mauvaises habitudes du passé selon un éternel  recommencement dans  un pays  où le véritable pouvoir est toujours détenu par  l’administration.

Dans les sphères officielles,  on explique qu’il  faut avant tout assurer  le succès de la réforme sur le code du travail : inutile de braquer les  syndicats par un ensemble de dispositifs qui provoque une levée de boucliers générale avec le risque d’une intervention de la rue. De même la réforme du baccalauréat est repoussée à la fin de la  période  pour ne  pas heurter de front les syndicats étudiants. Mais à vouloir trop ménager  les  intérêts catégoriels, peut-on vraiment s’engager sur la voie de la  transformation de la société ?  Et créer ce choc de confiance  que le pouvoir appelle de ses vœux. C’est dans les pays où les citoyens ont le plus souffert que l’on  peut s’engager résolument dans les réformes disait Raymond  Barre, an ajoutant  que la France n’avait  pas  connu de situation suffisamment dramatique  pour accepter des mesures drastiques qui font  nécessairement des victimes. A vouloir privilégier  le sort de chacun, on se condamne à l’immobilisme. Mais dans l’entourage d’Emmanuel  Macron,  on fait  valoir  que le  chef de  l’Etat a une  autre conception de la valeur du temps, qu’il a prévu dès le départ d’étaler les transformations du pays sur la durée du quinquennat, au risque de développer  un certain scepticisme dans  une population toujours enclline au doute. 

En prenant son temps, le Président  de la  République fait aussi un pari : celui que la  reprise économique qui se manifeste en Europe ait un effet bénéfique dans  l’hexagone et apporte ce surplus de croissance  qui se traduirait par des recettes fiscales supérieures aux prévisions  et permettrait de contenir la dette dans la limite des trois pour cent conformément aux engagements vis-à-vis de Bruxelles. C’est un pari audacieux dans une période où les  incertitudes sont légions, notamment aux Etats-Unis, sous la  houlette de Donald Trump.

Cette temporisation enlève de l’oxygène  aux milieux économiques qui en ont plus besoin que jamais pour se lancer dans  une politique d’investissements. Rien ne serait plus  tragique que la  poursuite de la stagnation qui caractérise  la  France  depuis tant d’années.  Il reste l’espoir que le  nouveau Parlement, fort des l’enthousiasme de ses jeunes  élus,  pousse résolument le gouvernement sans plus attendre  à réaliser les  promesses de la campagne  électorale.

 

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