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Pourquoi les agriculteurs manifestent pour le maintien des aides sur les zones défavorisées
©A.J. - Wikiagri

Coup de gueule

Pourquoi les agriculteurs manifestent pour le maintien des aides sur les zones défavorisées

En retirant ces aides sans contrepartie, c’est donc au modèle de l’agriculture familiale en France que l’on touche

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WikiAgri est un pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Il a pour philosophie de partager, avec les agriculteurs, les informations et les réflexions sur l’agriculture. Les articles partagés sur Atlantico sont accessibles au grand public, d'autres informations plus spécialisées figurent sur wikiagri.fr

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Une ville comme Montauban a été totalement bloquée. Toulouse a également été touchée. Parthenay dans les Deux-Sèvres, et on en passe. Les agriculteurs se rebiffent, fournissent moult slogans syndicaux pour maintenir les ICHN, indemnités compensatrices au handicap naturel, dans leur zonage actuel, à l’inverse de ce que préconise le gouvernement, lequel s’appuie, dit-il (mais le ministère de l’Agriculture n’a pas répondu aux questions posées par WikiAgri sur ce point), sur des textes européens.

Cela peut paraitre paradoxal de voir ainsi les agriculteurs s’arc-bouter sur des aides, alors qu’ils sont les premiers, tous syndicats confondus (mais chacun à sa manière), à défendre un système qui valoriserait davantage les prix agricoles qu’actuellement, et qui donc réclamerait moins d’aides. Pourtant, il y a bien une logique.

De quoi parle-ton exactement ? Les ICHN en question, à l’origine, avaient été créées pour les agriculteurs en zones « particulièrement » défavorisées, par exemple en montagne, où il est évident que le peu de cultures que l’on peut y mettre ont des rendements plus faibles, et que les élevages y sont moins intensifs. Au fil du temps, ces aides ont également été allouées à tous ceux qui ont un « handicap naturel », y compris en plaine donc, avec des terrains en pente, des sols caillouteux... C’est-à-dire sur un zonage finalement très ample. C’est donc fort de cette constatation que l’Europe a voulu recentrer ces aides à leur vocation initiale. En France, cela s’est traduit par un nouveau zonage, excluant nombre de bénéficiaires actuels.

Le problème ? Ces aides représentent entre 5 à 12 000 € annuels par ferme, elles sont importantes. Ce sont les fermes de modèle familial qui sont touchées. Des petites entreprises individuelles, ou à deux, trois, voire quatre associés, le plus souvent de la même famille. Elles s’en servent pour compenser des charges de mécanisation plus élevées (les mauvais terrains réclament plus d’entretien et d’investissements en matériels), ainsi que des rendements plus faibles que dans les belles plaines linéaires et fertiles. En retirant ces aides sans contrepartie, c’est donc au modèle de l’agriculture familiale en France que l’on touche. Et indirectement, cela revient à pousser notre agriculture vers un nouveau modèle, excluant cette agriculture familiale. Alors que la richesse de notre agriculture vient de sa diversité.

Alors, oui, les paysans en général préfèrent un système davantage axé sur les prix que sur les aides. Pour autant, ce n’est pas en retirant les aides d’abord, puis en changeant de système, que l’on y arrivera. Car entre-temps la saignée aura été trop forte, et les acteurs pour lesquels on aura voulu changer le système auront disparu. En d’autres termes, pour utiliser un dicton agricole, on a mis la charrue avant les boeufs...

Quelle aurait dû être l’attitude de notre gouvernement ? Avant d’accepter avec tant de facilité une directive européenne, il aurait pu se rappeler que l’Europe, c’est aussi nous, la France, et qu’elle a le droit (le devoir) d’y donner son avis, et d’insister la cas échéant. Quitter le système des aides, petit à petit, une aide après une autre, cela parait donner un calendrier acceptable. La vérité du terrain dit le contraire : accéder à un système sans aide, petit-à-petit, d’abord, eût été autrement plus efficace. Les aides s’arrêteront d’elles-mêmes quand elles auront perdu de leur efficacité, ou en l’occurrence de leur vertu « bouée de secours »...

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