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Pourquoi le rapport sur les réformes a été enterré par l’exécutif
©Jean-Francois Badias / POOL / AFP

Edito

Pourquoi le rapport sur les réformes a été enterré par l’exécutif

Un rapport avec des mesures choc débouchant sur une trentaine de milliards d’économies à l’horizon 2022 a été enterré, alors que la dernière loi de programmation des dépenses publiques votée en décembre dernier n’en prévoyait que quatre milliards. Au moment du rapprochement entre le gouvernement et les syndicats, le 17 juillet dernier, la publication d’un tel rapport aurait agité le chiffon rouge.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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Le pouvoir a de plus en plus horreur des chiffres. Il ne veut pas donner le sentiment de gérer l’économie comme un comptable, à l’image de ce que poursuit Bercy depuis des années. On connait déjà les ravages provoqués dans l’opinion par la règle des trois pour cent appliquée au déficit public sous le quinquennat de François Hollande, un dogme qui n’a toujours pas disparu. Aujourd’hui, le terme de « chiffrage » engendre des levées de boucliers aussi bien au niveau des collectivités territoriales que des syndicats, car il est synonyme de coupes dans les budgets afin de réduire les déficits, alors que partout, on dénonce le manque de moyens pour engager les transformations indispensables de la société. Ainsi s’explique la mise au placard au moins temporaire pour ne pas parler d’un abandon pur et simple, du dernier rapport demandé à un groupe d’experts éminents provenant du public et du privé. Celui-ci préconisait des mesures choc à travers vingt-deux chapitres qui devraient procurer une trentaine de milliards d’économies à l’horizon 2022, alors que la dernière loi de programmation des dépenses publiques votée en décembre dernier n’en prévoyait que quatre milliards. Pour le gouvernement, la publication d’un tel rapport aurait pris l’allure d’un chiffon rouge, qui aurait immédiatement dressé les syndicats contre le pouvoir, au moment où ce dernier tente un rapprochement pour les amener à accepter des changements dans l’organisation du pays. 

Mais il existe une autre raison à la discrétion dont fait preuve le gouvernement. Car il ne s’agit pas de mettre en place une nouvelle politique du rabot, tellement discréditée, mais bien d’engager comme l’ont fait avant la France la plupart des pays, le renoncement à des pratiques anciennes pour amorcer une transformation  de fond qui implique notamment  la suppression des doublons entre l’Etat et les collectivités locales, la remise en cause d’un série d’aides et de niches fiscales, dont l’inefficacité est avérée, mais auxquelles se cramponnent de lobbies électoralement puissants. Cela suppose aussi l’abandon de réglementations héritées du passé, et notamment ce que le rapport appelle pudiquement « un assouplissement du statut pour permettre aux trois fonctions publiques de ne pas rester figées entre elles ». Conséquence immédiate : cela pourrait justifier dans un premier temps un surcroit de crédits en raison des investissements indispensables qui seraient justifiés par l’adaptation de l’Etat et de ses agents à la révolution numérique. D’où des dépenses supplémentaires, dont on devrait trouver ensuite la justification par la diminution des coûts administratifs, qu’elle entrainerait, mais qui risqueraient de faire hurler les partisans des économies à tout crin. Autrement dit, dans une première phase, des dépenses supplémentaires, qui feraient hurler les partisans des économies immédiates à tout crin.
 
On comprend dès lors la prudence du pouvoir avec le souci d’éviter tout chiffrage précis. D’autant qu’Emmanuel Macron risque de traverser une période turbulences, alors que la coupe du monde de football n’a pas engendré une hausse de sa popularité dans les sondages et que le scandale provoqué par l’un de ses conseillers les plus proches qui aurait usurpé des pouvoirs de police auxquels il n’avait pas droit, provoque une onde de choc dans le monde politique. Pour l’instant, le pouvoir croise les doigts, en espérant que la croissance apportera un supplément de recettes comme l’an dernier, en jugulant une partie des déficits. Il s’appuie en cela sur les dernières prévisions optimistes du gouverneur de la Banque de France, qui estime la reprise bien engagée dans le pays allant ainsi à contre-courant de la plupart des instituts internationaux qui redoutent un trou d’air en raison des tensions croissantes entre l’Europe et les Etats Unis provoquées par la politique agressive de Donald Trump. Et pendant ce temps, les grandes réformes pourraient être reléguées aux abonnés absents.
 

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