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Pourquoi le livret A bat tous les records malgré son rendement dérisoire

Les Français épargnent comme ils salivent. Cet aphorisme d’un ancien ministre des finances se vérifie chaque jour davantage, comme en témoigne l’engouement suscité par le livret A qui bat tous les records.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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Nos compatriotes lui ont apporté plus de dix milliards depuis le début de l’année, portant ainsi les sommes détenues au nouveau record absolu de 370 milliards, en y ajoutant  le produit de son petit frère le livret de  développement durable  et solidaire. Pourtant, si l’on tient compte de l’inflation, il s’agit là d’un placement qui n’est pas rentable, puisque la hausse des prix dépasse largement  un  pour cent. Et le gouvernement aurait dû théoriquement relever le taux d’intérêt d’au moins un quart de point le 1er août prochain s’il avait appliqué la formule traditionnelle afin de maintenir son pouvoir d’achat. Mais il y a renoncé cette fois dans le  but de freiner l’ardeur de nos compatriotes, sans être nécessairement payé de retour. Car la rationalité économique et financière n’est pas la vertu essentielle des épargnants qui délaissent aujourd’hui l’assurance-vie et demeurent très frileux à l’égard des actions, en raison d’une aversion légendaire  au risque. 

François Hollande  l’avait bien  compris  en relevant au cours de son quinquennat le plafond du livret A à 22950 euros, qui avait conduit les  ménages les plus fortunés à remplir au maximum leurs livrets. Mais sur ce dossier encore,  Emmanuel  Macron s’écarte de son prédécesseur, car il  entend réorienter l’épargne française ,  en la vaccinant contre la recherche de la rente et de la sécurité à tout prix pour la diriger vers l’investissement  productif, dont le pays a cruellement besoin. Mais  le  seul maintien du rendement actuel  à 0,75% n’est pas suffisamment attractif pour changer la donne.  D’autant que l’annonce de la réforme de l’ISF qui supprimera la taxation de la partie financière des patrimoines va encore accroître les liquidités disponibles.  

Cela est devenu aussi un casse-tête pour les banques , car elles doivent  rémunérer les livrets à un taux supérieur à celui qu’elles peuvent  emprunter  sur les marchés pour satisfaire leurs besoins , compte  tenu de  la faiblesse du niveau des taux,  alors que le président  de  la banque centrale européenne Mario Draghi reporte toujours la date à laquelle il réduira le montant  des injections de liquidités dans l’économie pour commencer à faire remonter le loyer de l’argent. En attendant, les banques acceptent de conserver une partie importante de l’épargne des livrets A, en renonçant à les transférer à la Caisse des Dépôts pour éviter de noyer celle-ci  sous l’afflux de liquidités, et de créer une crise monétaire comparable à celle de 2008.  Il est donc urgent pour le gouvernement  de lutter contre  la frilosité de nos compatriotes. Mais, pour les conduire à accepter de prendre davantage de risques, avec la perspective  de réaliser aussi des gains véritables sur l’investissement de leur épargne,  il  faudrait aussi les  convaincre que ceux-ci ne seront pas repris aussitôt par  l’Etat sous forme d’impôts, avec cette fringale du pouvoir en faveur de la redistribution. C’est dire qu’il  faudrait organiser parallèlement une revue complète de la fiscalité de l’épargne, qui apparait dans certains projets annoncés, mais dont la mise en oeuvre reste problématique, compte  tenu du poids des habitudes du passé.

 

 

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