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Pourquoi le jetlag est bien pire sur Mars et en quoi ça concerne quelques Terriens
©ESA DLR FU Berlin/G. Neukum

On n'est pas fatigué

Pourquoi le jetlag est bien pire sur Mars et en quoi ça concerne quelques Terriens

Une journée sur Mars est plus longue de 40 minutes que sur Terre. Pour les ingénieurs de la Nasa et les futurs colons de la planète rouge, c’est loin d’être une bonne nouvelle.

Une mutinerie à la Nasa. L’idée semble improbable, mais c’est pourtant le terme employé par Charles Czeisler, spécialiste du sommeil à l’université d’Harvard, pour décrire ce qu’il s’est passé en 1997 lorsque l’agence spatiale américaine a voulu faire basculer ses employés en “temps martien”, lors de la mission Pathfinder.

"Ils n’avaient pas vraiment réfléchit à cette question du ‘jour martien’ avant d’y aller, et le rover a continué à fonctionné bien plus longtemps que prévu ; ils se sont donc mutiné et voulaient tout arrêter, car ils étaient trop fatigués", se souvient-il. "La Nasa n’était pas très contente".

La durée du jour solaire martien, souvent nommé "sol" pour le distinguer du jour terrien, est de 24 heures, 39 minutes et 35,24409 secondes. Un jour martien n’est donc que 2,75 % plus long qu’un jour terrestre, ce qui semble facilement gérable. "Quand on y pense pour la première fois, ça semble même être une bonne chose, d’avoir un peu de temps en plus", note la spécialiste du sommeil Laura Barger.

Le problème intervient lorsque ces jours s’additionnent : au bout d’une semaine, les scientifiques en temps martien sont décalés de 4h et 40 minutes par rapport à l’heure de l’endroit où ils se trouvent. Au fil des semaines, ils travaillent donc la journée, la nuit, le matin, le soir… Comme s’ils se déplaçaient perpétuellement en avion d’un fuseau horaire à un autre. Un jet-lag permanent.

"On voit beaucoup de gens avec des heures de travail bizarres. Beaucoup ont des lits de camp dans leur bureau, car il peut être compliqué de trouver le sommeil", témoignait Chuck Baker en 2012, lors de l’arrivée du robot Curiosity sur Mars. L’homme, en charge de la partie de la mission où le robot se dirigeait vers la planète rouge, expliquait alors qu’entre 20 et 50 personnes étaient en permanence en "temps martien" au centre de commandement.

Pour les missions Spirit et Opportunity, en 2004, ou Curiosity, en 2012, les ingénieurs de la Nasa sont restés 90 jours en temps martien. Ce qui signifie que lorsqu’ils sont revenus à une "vie normale", le calendrier avait 2,5 jours d’avance sur eux… Mais cette fois, pas de rébellion. Plus préparés, certains ont mis à profit leur famille pour mieux "coordonner" le temps, par exemple en fermant les volets de leur domicile pendant la "nuit martienne", ou en allongeant de quelques minutes la journée de chacun.

Qu’en serait-il pour des astronautes envoyés sur Mars ? Le rythme biologique de l’être humain, et même de la quasi-totalité des animaux, est un rythme circadien (qui signifie littéralement "presque un jour"). Ce rythme circadien, c’est-à-dire l’alternance de périodes d’une durée de 24 heures, joue sur de nombreux mécanismes biologiques, physiologiques et comportementaux de l'être humain.

Si quelques recherches dans les années 1970 ont tenté de démontrer que le "rythme naturel" d’un humain est de 25 heures, elles ont depuis été démenties : en moyenne, il est de 24h06 pour les femmes et 24h12 pour les hommes.

Lorsque Pathfinder s’est posé, le professeur Czeisler et son équipe ont mené des études sur des sujets en isolation. Sans aucun contact avec l’extérieur, ils étaient placés en "temps martien". "Nous avons découvert qu’aucun des participants n’a adapté son rythme circadien au jour martien", rapporte le chercheur.

Des astronautes ou colons envoyés sur Mars finiraient donc totalement épuisés après plusieurs semaines ou plusieurs mois à ce rythme.

Finalement, les chercheurs ont trouvé une solution : exposer les explorateurs martiens à une lumière artificielle, à l’image de la lumière émise par nos tablettes et divers écrans, qui nous empêchent de nous endormir le soir.

Les expérimentations de l’université d’Harvard, menées en partenariat avec l’université de Lyon, ont montré qu’il était possible de "rajouter" environ une heure à ce rythme circadien, rapportait en 2007 la BBC.

Quant à savoir ce que pourraient faire les futurs colons martiens de ce temps supplémentaire, la réponse tombe sous le sens : trouver les noms des jours, mois, saisons et années qui marqueront leur vie sur Mars.

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