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Pourquoi le GriveauxGate n’est pas qu’une question de sexe
©JOEL SAGET / AFP

Pas de côté

Pourquoi le GriveauxGate n’est pas qu’une question de sexe

On ne peut que déplorer ce type d’agissement : le danger pour la démocratie est dans cette peur sous-jacente ayant pour conséquence une sphère médiatique à la botte du pouvoir.

Elodie Laye Mielczareck

Elodie Laye Mielczareck

Elodie Laye Mielczareck est sémiologue. Elle est spécialisée dans le langage verbal (sémantique) et non verbal (body language). Elle conseille également les dirigeants d’entreprise et accompagne certaines agences de communication et relations publiques internationales, notamment sur la question de la raison d’être. Très régulièrement sollicitée par les médias, Elodie Laye Mielczareck décrypte les tendances sociétales de fond, ainsi que les dynamiques comportementales de nos représentants politiques et autres célébrités. Elle est également conférencière et auteure.

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Le dernier rebondissement de la campagne à la mairie de Paris a eu lieu ces dernières heures. Benjamin Griveaux a retiré sa canditature. Depuis, beaucoup de soutiens de dirigeants politiques, beaucoup d’inquiétude sur la « fragilité » de notre démocratie. Celle-ci vivrait des heures sombres à cause des réseaux sociaux où, désormais, « tous les coups sont permis ». Pourtant, c’est oublier les principes fondamentaux de la psychologie de la personnalité : un comportement n’est jamais isolé, il ne « sort pas du chapeau », il est prédéterminé par une attitude et des traits de personnalité. Décryptage.  

1 – Notre rapport au monde est défini par des métaprogrammes que l’on répète dans différentes sphères de nos vies

Il y a une expérience amusante. Développée par le linguiste John Glinder et Richard Bandler (les co-créateurs de la P.N.L = Programmation Neuro Linguistique), elle montre que nos choix sont souvent déterminés par des « métaprogrammes ». Si vous deviez décrire votre maison idéale, ou votre voiture idéale, il y a de fortes chances pour que vous utilisiez des adjectifs (« petite », « grande », « blanche », « marron », « moderne », « attractive », etc.) Ces choix, loin d’être anecdotiques, sont révélateurs de votre rapport au monde. A la question « quel est votre partenaire idéal ? » il y a de fortes chances pour que vous repreniez les mêmes adjectifs…  Autrement dit, la structure de vos comportements ne saurait se limiter à un seul « univers ». Nos comportements ne sont jamais si originaux ni si peu stéréotypés que l’on pourrait l’imaginer. Votre rapport à la sexualité est sans doute le même que votre rapport à l’argent, qui est sans doute le même que votre rapport aux autres. 

2- Le GriveauxGate, ça ne parle pas que de sexe, mais d’argent aussi : le cas Unibail

C’est pour cela que l’argument du respect de la vie « privée » a ses limites. C’est même un argument assez fallacieux repris par toute une sphère politico-médiatique (ont-ils tous donc peur de voir leurs comportements révélés au grand jour ?) En effet, les traits de personnalités qui définissent nos comportements ne sauraient se réduire à cette seule sphère « privée » (Personality: A psychological interpretation. (1937) New York: Holt, Rinehart, & Winston). Nos comportements sont comme les nuages de Tchernobyl, ils ne s’arrêtent pas à une frontière imaginaire entre le « privé » et le « public »… sauf dans les cas de dédoublement de la personnalité (et autres pathologies psychologiques). Ce qui ne semble pas être le cas de Benjamin Griveaux. En revanche, il semblerait que ce dernier ait joui, au sens propre et au sens figuré, de ses fonctions politiques. Certains journalistes et investigateurs ont pointé du doigt des liens entre Griveaux et Unibail (article du Parisien), faisant craindre une future mairie trop aux petits soins des promoteurs.  

3 – L’attitude précède le comportement et les « petites phrases » sont révélatrices de notre façon de voir le monde

Contrairement à une idée répandue, c’est l’attitude qui détermine vos comportements (Cf. Ghiglione : « l’enfant parait, un enfant disparait », 1985). Et le discours est révélateur de cette attitude. 70 ans après le postulat de Freud (l’inconscient a une envie irréprprescible de s’exprimer, et il le fait à travers les mots), la psychologie sociale démontre que les mots déterminent le positionnement idéologique. Aussi, les « petites phrases », lâchées de manière spontanée, sont souvent plus signifiantes et porteuses de sens qu’on veut bien le laisser entendre. Aussi, la déclaration assumée « Les filles ne se mettent pas nues devant Villani »  parle d’elle-même. 

4 – Ce qui choque le plus : le décalage entre le dire et le faire qui porte le nom de dissonance cognitive en psychologie 

Comment expliquer ce décalage entre les valeurs portées haut et fort, et les comportements observés ? Cet écart porte le nom de dissonance cognitive et a été étudié par le psychologue Léon Festinger, il y a plus de 50 ans (Une théorie de la dissonance cognitive, 1957). Il a démontré que les individus vivent mal les tensions née de contradictions intérieures. Par exemple, rouler en 4×4 alors qu’on est écologiste, être élu LREM alors qu’on portait les valeurs LR quelques semaines auparavent, avoir des relations extra-conjugales alors qu’on porte les valeurs familiales au-dessus de tout. Les personnes vont donc en permanence se réajuster pour réduire au maximum ces écarts. Cela ne vous rappelle-t-il pas quelques chose ? Souvenez-vous de François FIllon, alors qu’il fait sa campagne de chevalier blanc au service de l’austérité, celui-ci avouera, une fois le PenelopeGate éclos, ne pas réussir à mettre de l’argent de côté (Source : Le Parisien). La psychologie humaine est complexe. Et vraissemblablement il y a une sorte de proportionnelle entre l’affichage public d’une valeur et sa non réalisation effective : sans doute le fait de la crier publiquement de manière assumée (et souvent authentique ?) a pour effet de soulager cette dissonnance intérieure. 

5 – Les étandards portés en politique sont l’indice du point faible

Dans son ouvrage Le Génie du mensonge, le philosophe François Noudelmann s’intéresse à la vie de certains philosophes : Rousseau, qui abonne ses enfants et écrit L’Emile, Foucault qui parle du courage de la vérité alors qu’il meurt en secret du Sida, de Beauvoir féministe de la première heure qui envoie des lettres teintées du fantasme « de la soubrette ». Sa conclusion ? Ces penseurs affichent ces principent PARCE QU’ ils vivent le contraire de ce qu’ils théorisent… Aussi les mots (maux) répétés sont des mots-fétiches utilisés illusoirement, et de manière compulsive. Comme des paravents magiques, ils sont censés servir de rempart à une antinomie vécue réellement. Concernant le GriveauxGate, les citoyens n’ont pas le droit, si ce n’est le devoir, de s’interroger sur ce quinquennat Macron ? Le seul qui ait porté les couleurs d’une moralisation dans la vie politique (les deux lois ont été promulguées en 2017). En décembre 2019, ils étaient 11 a quitter leurs fonctions ministérielles et nombreux à le faire suite à des « révélations » : une sorte de dissonnance cognitive à grande échelle ? 

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