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Plusieurs voix au PS se sont élevées en plaidant pour un encadrement des retraites chapeau des dirigeants d'entreprise.
Plusieurs voix au PS se sont élevées en plaidant pour un encadrement des retraites chapeau des dirigeants d'entreprise.
©Reuters

Myopie

Pourquoi le gouvernement s'acharne-t-il sur les grands patrons... tout en oubliant les banquiers qui ont pourtant largement autant à se reprocher ?

La rémunération des grands patrons, notamment en raison de l'affaire Varin, suscite la vindicte populaire et politique. Les institutions financières, dont les leviers d'influence sont bien plus puissants que ceux de l'industrie, s'en trouvent pour le moment épargnées.

Marc Roche

Marc Roche

Marc Roche a été journaliste au Soir, au Quotidien de Paris et au Point, avant de rejoindre l'équipe du Monde. Il publie également dans des journaux britanniques (The Independant, The Guardian) et participe à l'émission Dateline London de la BBC News. Ses écrits concernent principalement les institutions financières (Goldman Sachs) et la monarchie britannique.

Il est notamment l'auteur de Elizabeth II : Une vie, un règne et Elizabeth II : La dernière reine aux éditions La table ronde.

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Atlantico : L'épisode Philippe Varin a de nouveau illustré la méfiance, tant politique que populaire, à l'égard de la rémunération des grands patrons, considérée comme indécente en ces temps de crise. Plusieurs voix au PS se sont ainsi élevées en plaidant pour un encadrement des retraites chapeaux des dirigeants d'entreprise. En focalisant ainsi le débat public sur les grands patrons, n'oublie-t-on pas de traiter les problèmes liés à la finance, censée être pourtant l'ennemie N°1 de ce quinquennat ?

Marc Roche : Cet "oubli" des problèmes liés à la finance est évidemment un révélateur du poids du lobby bancaire qui est autrement plus important que celui des groupes de pressions industriels. Aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni (et par extension dans une bonne partie du monde agglo-saxon), ont peut parler sans exagération d'une véritable symbiose entre les mondes politique et financier. A l'inverse, en France, cette alliance prend d'avantage la forme d'une connivence entre les banques et la haute fonction publique. Est-il par ailleurs nécessaire de rappeler que ce lobby bancaire dispose de moyens tant humains que financiers  colossaux pour peser sur les décisions politiques déterminantes ?

Enfin, sa grande force est de pouvoir faire en permanence un "chantage" qui consisterait à  suspendre les prêts aux entreprises et faire ainsi s'effondrer les efforts de relance si jamais la politique menée venait a devenir trop hostile envers les banques.

Peut-on dire pour autant que la gauche tente de "se rattraper" sur le patronat en dénonçant ses pratiques pour mieux oublier certaines dérives financières ?

Votre question part du principe que la gauche (socio-démocrate, NDLR) devrait, de par sa matrice idéologique, s'opposer à la finance, ce qui est communément admis. Or, si l'on regarde ce qui s'est passé dans les années 80-90, il apparaît nettement que cette gauche, par peur de mauvais chiffres économiques puis par fascination du pouvoir financier, a menée en vérité des politiques plutôt accomodantes à l'égard des banques.

De fait, elle a été à l'origine de la déréglementation financière, et ce dans plusieurs pays : aux Etats-Unis avec Clinton en 1992 (qui a progressivement allégé les normes de crédit aux particuliers), au Royaume-Uni avec Tony Blair et Gordon Brown (régulation laxiste des places financières), et en France avec Pierre Bérégovoy (loi de 1986) et Dominique Strauss-Kahn (création d'un régime fiscal avantageux sur les stocks-options). On peut aussi mentionner bien sûr Romano Prodi en Italie et Gerard Schroeder en Allemagne. Il est donc bien clair que la gauche a des comptes à rendre sur son flirt prolongé avec le monde financier, ainsi que sur les conséquences qui en ont découlé, ce qui n'a pas vraiment été le cas jusqu'à présent.  S'il est vrai que la droite porte aussi sa part de responsabilitées dans la déréglementation (Thatcher, Balladur...) le "social-libéralisme" des années 90 l'a pour beaucoup amplifié.

Plusieurs figures de la gauche de la gauche ayant soutenu Hollande en 2012 parient toujours sur un inversement d'ici quelques mois de la politique économique de l'Elysée, notamment en termes de régulation financière et de gestion de la dette. Une telle hypothèse vous semble-t-elle crédible ?

Il est très clair que la marge de manoeuvre est extrêmement limitée à partir du moment où les banques sont indispensables à la bonne santé économique et à la création d'emplois. Cette marge de manoeuvre est d'ailleurs d'autant plus limité qu'actuellement, les banques sont, à peu près bien réglementées dans leurs fonctionnements internes. Les véritables problème sont "l'économie de l'ombre" (ici, les transactions illégales...) et les professions "périphériques" à celles de la banque (avocat, comptable, consultant, gestionnaire de fonds). Il s'agit là de toute une économie parrallèle qui représente une véritable bombe à retardement en termes d'équilibre financier. On peut considérer que le politique aurait ici moyen d'agir en régulant efficacement, notamment en intervenant sur les banques de détail.

Plus largement, peut-on estimer l'étendue de l'influence du lobby bancaire en France ?

Cette influence est le fruit d'un aller-retour permanent entre les banques et les verrous de la haute-administration. On trouve ainsi de nombreux haut-fonctionnaires qui signent dans une banque après avoir quitté le public, le tout en y apportant leur carnet d'adresses. Cette porosité professionnelle crée des couloirs de pouvoir, tant à Paris qu'à Bruxelles, et offre aux banques un nombre considérable de leviers. 

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