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Pourquoi la présidentielle 2017 pourrait bien être impactée par la malédiction des faux-jeunes de la politique
©Reuters

Valls, Copé, Montebourg et cie

Pourquoi la présidentielle 2017 pourrait bien être impactée par la malédiction des faux-jeunes de la politique

Si les Français sont bel et bien en demande de renouvellement du paysage politique, ces derniers préfèrent voir des personnalités installées à l'Elysée. Un phénomène qui ne se retrouve pas chez nos voisins italiens, britanniques ou américains.

Yvan Combeau

Yvan Combeau

Yvan Combeau est Professeur des universités en histoire contemporaine, et Spécialiste de l'histoire politique française.

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Bruno Jeudy

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.

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Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Atlantico : Si l'on s'en tient aux derniers sondages, l'élection présidentielle de 2017 se jouera entre François Hollande, Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé, et Marine Le Pen. Pour les personnalités quinquagénaires qui pensent avoir un destin national, tels que Jean-François Copé, Manuel Valls ou encore Arnaud Montebourg, comment la question peut-elle se poser pour ces candidats ? Peuvent-ils craindre de faire partie d'une "génération sacrifiée" parmi le personnel politique ?

Yvan Combeau : Il faut en premier lieu se garder de dessiner des projections électorales à l’aune de sondages à plus de douze mois de la présidentielle. L’année 2016 sera une année de turbulences, de "belles surprises" et de fortes tensions politiques. Dans le schéma que vous décrivez, la notion de "génération sacrifiée" doit être maniée avec prudence. Ainsi n’avait-on pas considéré Alain Juppé comme "un sacrifié". Il est aujourd’hui au cœur d’une vague d’empathie pré-électorale. Le sacrifice en politique vient surtout de l’abandon. Et la capitulation n’est pas le trait de caractère de ceux qui ambitionnent l’Elysée. S’ajoute le temps du quinquennat qui a considérablement modifié les rythmes et le tempo des générations. On le voit bien avec Nicolas Sarkozy et François Hollande qui se succèdent après des élections à 52 ans et 58 ans. Dans le cercle très élargi des présidentiables, les potentiels candidats comptent le nombre de leurs conditionnelles candidatures entre leur date de naissance et le calendrier des élections présidentielles à venir. Ils le font aussi au regard du nombre de prétendants dans leur propre camp. Et sur ce point la situation ne peut être comparée entre le "trop plein" à droite, la montée des candidatures à gauche et la position encore incontestée de Marine Le Pen au sein du Front national.

Si c'est un candidat de "l'alternance" qui l'emporte, ce dernier pourrait être réélu pour un deuxième mandat, comme cela s'est souvent vu tout au long de la Vème République... Au-delà du contexte politiques et des opportunités qui s'offrent à eux, dans quelle mesure ces derniers peuvent-ils se sentir pressés par la génération plus jeunes qui arrive (Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez) ? Cela pourrait-il expliquer le retour récent de Jean-François Copé, après seulement 18 mois d'abstinence médiatique ?

Yvan Combeau : A ce jour, Alain Juppé comme François Fillon ont indiqué leur volonté de n’effectuer qu’un seul mandat. Cet engagement sur cinq années de présidence permet de rencontrer le soutien de potentiels présidentiables de la droite. Le discours sur le mandat unique permet de laisser ouvert le champ des possibles pour la génération des quinquas. Dans le calcul des "temporalités quinquennales", les concurrents ne se cachent pas d’évaluer la date la plus favorable entre leur montée en puissance dans l’opinion et la date d’une présidentielle. Nous mesurons bien que nous sommes actuellement dans une paradoxale intermédiarité entre le temps des monarques républicains, la culture politique des "chefs de partis" et la surmultiplication des candidatures (à travers notamment les primaires ouvertes) depuis les présidences de régions ou les positions favorables dans les enquêtes d’opinion. Ainsi, en quelques mois, Emmanuel Macron est entré dans la ronde des présidentiables en préemptant un nouvel espace politique. Vous avez ces nouvelles figures politiques qui sont portés par un mouvement d’opinion (sur quelle durée ? et avec l’interrogation sur la distinction entre popularité et intentions de vote) et à contrario, les personnalités qui se doivent de reconstruire une représentation pour tenter une nouvelle étape dans leur itinéraire. Avec le refus de l’absence sur la scène politique vous retrouvez le sacrifice inaccepté. Le retour de Jean François Coppé vise bien à se réinstaller sur le tableau politique de la droite et les radars médiatiques.

Pour chacun d'eux, sur quelle stratégie peuvent-ils mise ? Si l'un d'eux décide de se lancer seul, cela pourrait-il porter préjudice aux candidats désignés ? On se souvient que la multiplication des petits candidats avait été lourde de conséquences pour le Parti socialiste en 2002...

Jean Petaux : le programme n’est pas chose essentielle. En France il est préférable d’écrire un livre et de faire en sorte non pas qu’il se vende mais qu’il "fasse le buzz". Qu’en termes d’UBM (Unités de Bruit Médiatique) comme disent les "communicants", il fasse un score honorable qui permettra à son auteur une tournée de promotion sur plateaux télés, studios de radio (sessions matinales) et quelques "unes" de la presse écrite. En termes de réseaux il est clair qu’un premier ministre en exercice comme Manuel Valls dispose de potentialités plus grandes qu’un Arnaud Montebourg ou qu’un Jean-François Copé. Mais là, comme ailleurs, le contexte a changé et tend à rééquilibrer les status. La "force de frappe" de l’appareil gouvernemental ne saurait être mise à disposition du premier ministre potentiel candidat. Arnaud Montebourg et Jean-François Copé ont organisé quand ils étaient au sein de l’équipe dirigeante de leurs partis respectifs leur propre "courant" structuré sous forme de réseau. Dans l’hypothèse où l’un et l’autre souhaiteraient "replonger" dans la compétition il leur faudrait forcément s’appuyer sur ces "clubs" et "groupes d’amitié" pour lancer leur campagne. Mais une fois encore on constate aujourd’hui une très grande complexification des processus. Les difficultés matérielles (locaux, frais de transports, démultiplication des "antennes" aux quatre coins du pays…) auxquelles se heurtent des candidats déclarés depuis plusieurs mois à la primaire à droite, le coût considérable de ces points de passage obligés : tout montre que désormais les "candidatures amateurs" ou de pur témoignage vont se raréfier… Faute de subsides.

Autant dire que la longue liste des candidats potentiels cités précédemment est destinée à fondre comme neige au soleil d’ici janvier 2017 et que le principe de réalité (pas forcément le plus équitable : celui des moyens financiers) n’y sera pas étranger.

Yvan Combeau : A un an de l’élection, les partis examinent la future présidentielle sur la base de l’actuel tripartisme. Dans ce schéma, l’incontournable qualification au second tour joue effectivement en la défaveur de la multiplication des candidatures tant chez Les Républicains qu’au PS. Face à d’éventuelles candidatures imprévisibles, vous avez plusieurs contre-feux. Toute la tactique présidentielle vise à déminer le terrain, et à faire "disparaître" les concurrents. Les velléités (et les présidentiables) au sein du PS risquent peu de venir se confronter à l’autorité présidentielle qui seule décidera de sa candidature. Inversement, le projet de primaire à gauche bousculera la route de François Hollande s’il se concrétise. A droite et au centre, les primaires constituent un tamis obligeant les présidentiables à faire acte de candidature dans ce cadre et à s’incliner devant le résultat final. Face à ces dispositifs, l’échappée belle d’une candidature est un acte difficile. Il est par contre possible de voir s’édifier une tentative de candidature dite de la "société civile" pour faire émerger de nouvelles expressions politiques. Reste la petite question : la demande souvent exprimée de renouveau dans la vie politique ou le refus d’un remake de 2012 peuvent ils effectivement porter une candidature hors des partis traditionnels ?

Les sondages montrent que les Français souhaitent un renouvellement de la classe politique. Pourtant mis à part Marine Le Pen (47 ans), les présidentiables à l'horizon de 2017 sont des personnalités bien installées dans le paysage politique comme Alain Juppé, François Hollande ou encore Nicolas Sarkozy. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Bruno Jeudy : La vie politique française repose sur un système relativement cadenassé qui empêche la percée de ceux qui veulent s'installer trop rapidement, prendre des places importantes ou devenir Président de la République. La Vème République s'est parfaitement accommodée des partis jusqu'à régenter leur financement, et il est très difficile de percer en dehors de ces partis. Il y a donc un passage obligé par la hiérarchie en place. Avec les primaires les choses évoluent, puisque le système hyper-favorise la démocratie d'opinion. Encore faut-il être haut dans les sondages, et c'est la stratégie employée par Emmanuel Macron. Aujourd'hui, c'est une sorte d'ovni qui plaît à l'opinion par son discours de vérité qui tranche avec la langue de bois de ses collègues, ce qui n'est pas sans rappeler l'image de Michel Rocard à l'époque.

J'ajoute que dans le monde politique et médiatique français, il faut beaucoup de temps pour atteindre un taux de notoriété suffisant, même si l'actuel ministre de l'Economie en est le contre-exemple. La notoriété passe soit par des actions publiques spectaculaires, soit par des victoires électorales marquantes comme cela a été le cas récemment pour Xavier Bertrand qui depuis qu'il a remporté la région Nord-Pas-De-Calais-Picardie n'est plus le même, et atteint un niveau dans l'opinion qu'il n'avait jamais connu ni comme secrétaire d'Etat ni comme ministre.

Mais vous avez raison de soulever ce paradoxe. Les Français veulent des jeunes mais ils votent pour des anciens. C'est le cas depuis toujours à de rares exceptions près : Valéry Giscard d'Estaing qui devient président à 47 ans, et Nicolas Sarkozy en 2007 a 53 ans. Et lorsque l'on regarde d'autres pays comme la Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou l'Italie, on voit bien qu'il s'agit d'une exception française. Il n'existe pas en France de phénomène Barack Obama, Matteo Renzi, David Cameron.

Les Français ont du mal à voter pour quelqu'un d'autre qu'une personne âgée, blanchie sous le harnais, et qui sont dans les médias depuis plusieurs décennies : ce fut le cas pour Jacques Chirac, élu à la troisième tentative, de même que François Mitterrand... Et si Nicolas Sarkozy et François Hollande ont été élus à leur première tentative, le premier était installé dans le paysage depuis les années 80, et François Hollande remportait sa première élection en Corrèze en 1988.

Pour Valéry Giscard d'Estaing et Nicolas Sarkozy, ce sont des concours de circonstance qui ont permis leur élection. Le premier "bénéficie" d'une circonstance exceptionnelle, celle du décès prématuré de Georges Pompidou. Nicolas Sarkozy, lui, profite de l'usure du double mandat de Jacques Chirac, et a d'ailleurs fait sa campagne sur le thème de la rupture. Il se retrouve contre Ségolène Royal, jeune elle aussi, dans une des campagnes les plus productives sur le plan des idées, et réussi à l'emporter.

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