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L'intérêt d'inscrire son enfant à une activité sportive réside avant tout dans son épanouissement.
L'intérêt d'inscrire son enfant à une activité sportive réside avant tout dans son épanouissement.
©REUTERS/Brian Snyder

Une, deux, une deux !

Pourquoi la pratique du sport est indispensable au bon développement d'un enfant

C'est la rentrée des classes, et celle du sport. Mais attention : l'intérêt d'inscrire son enfant à une activité sportive réside avant tout dans son épanouissement.

Patrick Tounian

Patrick Tounian

Patrick Tounian est professeur de pédiatrie, chef du service de nutrition et gastroentérologie pédiatrique de l'hôpital Trousseau à Paris.

Il dirige le diplôme universitaire " Nutrition et Obésité de l'enfant et de l'adolescent " à Sorbonne Université et intervient comme expert reconnu en nutrition pédiatrique dans de nombreuses conférences.

Ancien secrétaire général de la Société française de pédiatrie et président de la Société francophone de gastroentérologie et nutrition pédiatriques, il est actuellement président de l’Association des pédiatres de langue française. Il est l’auteur de nombreux livres et publications scientifiques sur la nutrition et l'obésité de l'enfant et de l'adolescent.

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Atlantico : Une étude menée auprès de 6 500 enfants anglais âgés de sept ans révèle que seulement un sur deux pratique un exercice sportif quotidien - une fréquence recommandée à ce stade de la croissance (voir ici). En quoi ces chiffres sont-ils préoccupants ? Qu’en est-il en France ?

Patrick Tounian : Il faut bien préciser avant tout que ce qui a été mesuré dans cette étude, c'est l'activité physique des enfants, pas exclusivement le sport. Nous n'avons pas d'enquête identique en France. Les quelques travaux effectués sur ce terrain suggèrent une diminution de l'activité physique, tant chez les enfants que chez les adultes. C'est préoccupant dans le sens où l'activité physique est bénéfique pour la santé, quel que soit l'âge - mais bien plus pour l'adulte que pour l'enfant. D'un autre côté, il est difficile de mettre tout le monde sur un pied d'égalité : il est faux de penser que tout le monde doit manger 5 fruits et légumes par jour, ou effectuer un même effort . Dans l'étude mentionnée, il est dit que la durée d'activité physique n'atteint pas celle qui est recommandée. Mais fixer un nombre d'heures est arbitraire. Les humains étant inégaux devant la santé, il faut être individualiste, et non collectif.

Quels sont les bienfaits du sport pour les enfants ? S’agit-il seulement d’une question de santé physique ?

L'activité physique de l'enfant lui apportera du bien-être et des centres d'intérêt. D'un point de vue physique, l'intérêt pour l’enfant reste l'imité, sauf s'il a besoin de perdre du poids. Tout en sachant que la solution à ce type de problème réside surtout dans le régime alimentaire. Chez l'adulte, l'intérêt est tout autre, car l'exercice sportif agit sur les facteurs de risque cardiovasculaires.

Les filles, toujours selon cette étude, seraient plus sédentaires que les garçons. Comment cela s’explique-t-il ?

On a voulu faire des conclusions sur les différences de sexe. Il est très fréquent, dans ce type de travaux, de trouver des différences entre garçons et filles. Mais sur ce point, toutes les études se contredisent. Il ne faut pas porter de jugement hâtif.

Au cours de la croissance de l’enfant, quelles sont les activités sportives recommandées ? Chaque âge requière-t-il une dépense d’énergie bien spécifique ?

Il faut distinguer le sport de l'activité quotidienne. Pour un enfant, le meilleur sport est celui qu'il aime. On invoque très souvent la natation comme le meilleur des sports, mais si l'enfant n'en a pas envie et veut plutôt pratiquer le tir à l'arc, qu'on le laisse en faire. Certaines situations contre-indiquent des pratiques, mais en aucun cas on ne peut dire d'un sport qu'il est le plus indiqué pour tous les enfants. En consultation, on prescrit des activités sportives, notamment aux enfants obèses, mais sans les forcer. Il faut leur demander : « quel sport aimes-tu ? » De manière générale, le sport ne peut être que bénéfique, tant que l'enfant en ressent l'envie.

La pratique du sport serait donc indispensable à l'enfant, pas tant pour l'aspect physique, que pour celui de l'épanouissement ?

Absolument. Concernant les enfants, on parle trop de santé : cela ne les intéresse pas et angoisse les parents. L'intérêt de l'activité physique réside avant tout dans le bien-être. Si, à l'inverse, un enfant ne veut pas faire de sport et qu'on l'y oblige, le bien-être ne sera pas au rendez-vous. L'argument de la santé ne doit pas être utilisé pour imposer un sport.

Tout parent doit-il donner la possibilité à son enfant de pratiquer une discipline sportive ? Cela relève-t-il de leur responsabilité ?

On peut considérer cela comme un devoir moral, mais pas comme un devoir parental au sens sanitaire ou juridique du terme. Le rôle de tout parent est de savoir faire plaisir à son enfant. Il se doit donc de lui demander quel sport il lui plairait de pratiquer. Ceci dit, il ne faut pas voir cela comme un devoir imposé : il faut soit une demande, soit une acceptation de l'enfant. A partir du moment où intervient une dimension obligatoire, on perd tout le bénéfice de la pratique sportive pour l'enfant.

Dans quelle mesure la télévision et l’ordinateur sont-ils responsables de la sédentarisation des enfants ? Cette dernière trouve-t-elle son origine uniquement dans les écrans ?

Les écrans y contribuent grandement, mais pas seulement. Il n'y a pas si longtemps on descendait dans la rue jouer au football ou à la marelle. Il faut aussi prendre en compte l'ensemble de la modernisation de la vie. Il y a quelques années dans les campagnes, marcher cinq kilomètres pour se rendre à l'école relevait de la plus grande banalité. Maintenant on ne fait pas 500 mètres. Le week-end était utilisé pour aider les parents aux champs, alors que tout est désormais motorisé. Tout n'est donc pas à mettre uniquement sur le compte des nouvelles technologies, c'est une modification des modes de vie plus globale.

Propos recueillis par Gilles Boutin

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