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Le tourisme français vers l’Egypte accuse une baisse de plus de 80% par rapport aux chiffres d’il y a trois ans.
Le tourisme français vers l’Egypte accuse une baisse de plus de 80% par rapport aux chiffres d’il y a trois ans.
©Reuters

Éditorial

Pourquoi la France n'est pas en odeur de sainteté en Egypte

Au Caire, on est convaincu que Paris, en désaccord avec le coup de force de l’Armée égyptienne contre un président élu, applique une forme de sanction économique en déconseillant formellement aux ressortissants français de se rendre en Egypte.

Yves Derai

Yves Derai

Yves Derai est éditorialiste à Atlantico. Chaque semaine, il écarte les lourds rideaux de velours des palais de la République pour nous en révéler les secrets.

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Si François Hollande passe pour un héros au Mali, son image est salement écornée au pays des pharaons dont son mentor, François Mitterrand, était pourtant un amant éperdu.

L’un des motifs de la colère du gouvernement égyptien contre notre président : le fait que le Quai d’Orsay déconseille formellement aux ressortissants français de se rendre en Egypte. Les informations alarmantes publiées sur le site France-Diplomatie consulté par sept millions de personnes chaque année dissuadent des dizaines de milliers de voyageurs français potentiels. Le tourisme français vers l’Egypte accuse une baisse de plus de 80% par rapport aux chiffres d’il y a trois ans, avant la révolution du 25 janvier 2011. "Des hôtels, des agents de voyage ont fermé. Les bateaux de croisière sur le Nil restent à quai",  regrette Nahed Rizk, directrice du Bureau de Tourisme de l’ambassade d’Egypte à Paris. "C’est d’autant plus triste que les Français s’intéressent beaucoup à l’égyptologie et réservaient des séjours à fort contenu culturel."

Contrairement à nombre de pays européens - l’Allemagne, l’Italie, la Grande-Bretagne, la Finlande, etc - la France n’a pas levé les restrictions appliquées à la suite du Printemps arabe, restrictions actualisées lors des événements de juin dernier, lorsque l’armée égyptienne a déposé le président Mohamed Morsi et installé un gouvernement de transition. C’est là où l’affaire se complique. Au Caire, où je me suis rendu la semaine dernière, on est convaincu que Paris, en désaccord avec le coup de force de l’Armée égyptienne contre un président élu que François Hollande avait d’ailleurs reçu à l’Elysée en janvier 2013, applique une forme de sanction économique. "Il ne s’agit en aucun cas d’un coup d’Etat", s’indigne un conseiller du président de la République actuel, Adli Mansour. "Le peuple égyptien s’est soulevé. Plus de 20 millions de personnes sont descendues dans la rue pour demander le départ de Morsi et des Frères musulmans. L’armée, en intervenant, a évité un bain de sang".

Au Quai d’Orsay, on refuse catégoriquement d’avaliser un lien entre les divergences politiques franco-égyptiennes et les conseils qui sont prodigués aux voyageurs français. "Ce qui préside à nos choix, ce sont des considérations sécuritaires. Nous avons un centre de crise qui analyse les informations envoyées par nos différents relais et rédige ses recommandations" assure-t-on au Quai d'Orsay. Parmi les "relais", il y a bien entendu l’ambassadeur de France au Caire, Nicolas Galey, qui est lui aussi montré du doigt par le pouvoir en place. "Il transmet des informations incomplètes ou erronées à Paris", estime-t-on au ministère du Tourisme égyptien.

Force est de constater que lorsqu’on se promène dans les rues du Caire, quand on y emprunte même le métro, on ne sent pas de tension particulière. Les Frères musulmans semblent avoir disparu de la ville comme par enchantement ! Seuls quelques centaines de "barbus" continuent de se rassembler Place Tahrir, tous les vendredis, sous l’étroite surveillance des militaires.

En revanche, dans le Sinaï, région prisée par les amoureux du désert et des fonds coralliens de la Mer rouge, la confrontation entre les membres du Hamas et les militaires égyptiens se poursuit. Les islamistes palestiniens ont creusé des centaines de tunnels reliant Gaza à l’Egypte que les soldats du général Al-Sissi - avec le soutien probable de l’armée israélienne - s’échinent à boucher. Cette zone demeure donc incontestablement dangereuse.

La France, dont la relation au monde arabe diffère de celle de ses voisins européens pour les raisons historiques que l’on connaît, attendra sans doute la fin de la séquence politique qui commence le mois prochain pour revoir sa " note" sur la sécurité en Egypte. Après l’entrée en vigueur d’une nouvelle constitution votée au plus tard en janvier 2014 par referendum, auront lieu, en effet, les élections législatives en mars, puis la présidentielle, théoriquement en juin. Le général Al-Sissi, ministre de la Défense et véritable "patron" du pays, se confrontera-t-il au suffrage universel ? A priori, il n’en a pas l’intention même si les sondages lui prédisent une large victoire. Un observateur avisé de la politique locale me confiait qu’"une candidature de Sissi serait une erreur car elle validerait, a posteriori, la thèse du coup d’Etat". Dans les cercles du pouvoir actuel, on privilégie le scenario d’une candidature  politique soutenue par l’Armée, laissant Sissi dans sa posture confortable d’"homme fort du régime". Une distribution des rôles susceptible de satisfaire la communauté internationale et d’assurer la stabilité du pays.

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