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L'avenir du FN dépend de Jean-Marie Le Pen
L'avenir du FN dépend de Jean-Marie Le Pen
©REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Un Le Pen peut en cacher un autre

Pourquoi la clé de l'élection de 2017 pourrait bien être... Le Pen, prénom : Jean-Marie

A moins de trois ans de la prochaine présidentielle, le Front national est très bien placé pour figurer au second tour. Face à qui ? Trop tôt, encore, pour le savoir. En revanche, l'issue du second tour, elle, dépend en partie... de la figure de Jean-Marie Le Pen.

Vincent Tournier

Vincent Tournier

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

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Atlantico : Voir le FN se maintenir au deuxième tour de la présidentielle en 2017 semble de plus en plus probable. Le voir l'emporter semble en revanche aujourd'hui du domaine de l'impossible. En quoi la persistance de la figure de Jean-Marie Le Pen au sein du parti empêche-t-il une victoire du FN ?

Vincent Tournier : Il est vrai que la présence du FN au second tour de l’élection présidentielle est devenue une éventualité fortement plausible. Un regard rétrospectif le montre bien : aux européennes de 1999, donc trois ans avant l’élection présidentielle de 2002, le FN faisait moins de 6% des voix. Trois ans plus tard, Jean-Marie Le Pen a surpris tout le monde en obtenant 17% au premier tour et enéliminant le socialiste Lionel Jospin. En se situant cette fois-ci à 25%, le FN modifie profondément la donne. Evidemment, beaucoup de choses peuvent changer d’ici 2017, mais à priori, le FN peut bénéficier d’un important réservoir de voix. De plus, une implosion de l’UMP n’étant nullement exclue, sa marge de progression peut encore augmenter. Cela dit, la force du FN dépendra aussi de la faiblesse de ses adversaires, c’est-à-dire de la capacité du PS et de l’UMP à éviter la dispersion des voix.

Dans le cas de Jean-Marie Le Pen, il est vrai que celui-ci occupe une place particulière. Il est à la fois celui qui a permis au Front national de devenir ce qu’il est, et celui qui l’empêche de progresser. Il est donc à la fois sa chance et son drame : sa chance parce que Jean-Marie Le Pen a su incarner un leader charismatique capable de se démarquer de tous les autres partis et de créer un mouvement de masse en peu de temps, dont il est en quelque sorte le produit d’appel ; mais son drame aussi parce que, en raison de ses outrances et de ses prises de position, il a contribué à créer un personnage repoussoir et terrifiant,ce qui lui interdit toute progression. Le politologue Pierre Martin avait jadis qualifié le FN de "force impuissante", ce qui est encore vrai aujourd’hui. 

Si les circonstances le mettaient dans les 3 ans qui viennent définitivement hors-jeu, en quoi cela pourra-t-il changer la donne pour Marine Le Pen ? L'ancien FN disparaîtrait-il avec lui ?

On peut effectivement penser que la disparition du père viendrait conforter la stratégie de la fille concernant la rupture avec le passé. Il sera alors plus facile d’accréditer l’idée que le nouveau FN est réellement arrivé, que plus rien ne le rattache à son passé sulfureux. 

Cela dit, concernant l’avenir du FN, tout n’est pas aussi favorable qu’on le dit, au moins pour deux raisons. Tout d’abord, le scrutin européen a été marqué par une forte abstention. Cela n’invalide certes pas le bon score du FN mais cela signifie que, concrètement, peu d’électeurs ont voté pour lui. Or, c’est un point très important car le vote FN est encore largement tabou. Beaucoup d’électeurs partagent manifestement ses idées, mais franchir le cap du vote n’a rien d’évident. L’interdit moral est très puissant. Le FN est toujours perçu comme un parti dangereux. Tant que les électeurs n’ont pas sauté le pas, ne serait-ce qu’une fois, les projections sont fragiles. Ce sera un des enjeux des prochaines élections régionales, où l’on pourra vérifier si la tendance à l’extension se confirme ou pas.

En second lieu, ce bon résultat de 25% peut paradoxalement être une source de difficultés pour le FN. Comme tous les partis, le FN est soumis à des tensions internes. La succession de Jean-Marie Le Pen n’a pas été si facile. Sa fille ne s’est pas imposée dans un climat consensuel. Elle s’est au contraire affrontée assez durement à Bruno Gollnisch, le fidèle second, celui qui attend son heure depuis longtemps et qui considère qu’il est le légitime successeur du fait de sa loyauté. Gollnisch incarne la partie plus traditionnaliste du FN, qui est encore très influente au sein de l’appareil et chez les adhérents. Or, le bon score des européennes risque de réactiver ces rivalités internes. Gollnisch, ou d’autres, peuvent se dire que le contexte est désormais très favorable et que Marine Le Pen n’est pas la mieux placée. Après tout, en 2012, elle n’a fait que 18%, ce qui est à peine mieux que son père. Ses rivaux peuvent donc lui objecter qu’elle a eu sa chance et qu’elle n’a pas su la saisir. Il est possible que certains demandent des primaires, ce qui ne sera pas de tout repos car un parti comme le FN n’a pas l’habitude de régler ses conflits par des procédures pacifiques. Qui sait alors comment les choses peuvent évoluer ? On peut très bien assister à des affrontements sanglants, voire à une scission, comme lors du clash avec Bruno Mégret en 1998-1999. 

Dans le cas d'un second tour FN-PS, des ententes à droite deviendraient-elles dans ce cas possibles ? Avec qui et pour quel potentiel électoral ? Cela pourrait-il aller jusqu'à faire perdre le PS ?

A ce stade, l’hypothèse d’un duel FN-PS est peu probable. Il faudrait que l’UMP s’effondre totalement. Evidemment, cette éventualité n’est pas exclue. Durant les trois années qui viennent, l’UMP va effectivement être soumise à des tensions très vives pour définir sa stratégie et trouver son leader. Une partie de l’UMP voudra plutôt tirer vers la droite, comme l’a fait Sarkozy en 2007, tandis qu’une autre voudra plutôt se recentrer.Cela étant, cette tendance centrifuge sera compensée par une force centripète au moins aussi puissante : il est dans l’intérêt de l’UMP de rester unie, justement pour éviter un désastre au premier tour de 2017. Imaginons toutefois que Marine Le Pen se retrouve au second tour avec un bon score, par exemple 25%, soit le score du FN aux européennes. Pour qu’elle puisse l’emporter au second tour face à un socialiste, il faudrait qu’elle récupère une proportion équivalente d’électeurs en provenance de la droite traditionnelle, ce qui serait considérable puisque cela représenterait quasiment tous les électeurs de l’UMP, Nicolas Sarkozy ayant fait 27% en 2012. C’est un scénario qui a donc peu de chance de se produire, sauf évidemment en cas de bouleversement majeur de la société française du type effondrement de l’économie ou série d’attentats islamistes massifs. 

Et dans le cas d'un second tour FN-UMP ? Les choses seraient-elles forcément gagnées pour la droite traditionnelle ? Où une Marine Le Pen complètement émancipée de son père pourrait-elle trouver des alliés ?

Insistons encore une fois sur le caractère hautement spéculatif de ces scénarios car beaucoup de choses peuvent se passer d’ici 2017. Mais après tout, rien n’interdit d’imaginer différentes options, ce que font d’ailleurs les états-majors des partis politiques. 

Dans le scénario que vous évoquez, la droite serait évidemment la principale gagnante puisqu’elle serait contrainte de se rassembler. De son côté, la gauche lancerait un appel pour battre le candidat frontiste, donc pour voter en faveur du candidat de droite. Le risque est que certains électeurs de gauche aient du mal à suivre cette consigne. Ils pourront se dire que l’appel au sursaut républicain est exagéré puisque, en 2002, Jean-Marie Le Pen a été massivement écrasé par Jacques Chirac. Ils vont donc considérer que le risque de voir le FN l’emporter est très faible, ce qui pourrait les inciter à se réfugier dans l’abstention. Tout dépendra aussi du profil du candidat de droite et de sa capacité à rassurer l’électorat de gauche avec un programme mâtiné de social. Un autre point va jouer : le débat de l’entre-deux tour. Il faut en effet rappeler que, en 2002, ce débat avait été refusé par Jacques Chirac, qui a su tirer profit l’anti-lepénisme pour éviter de se trouver dans une situation incommode. En 2017, il sera plus difficile de refuser le débat. Or, son issue est incertaine car, contrairement aux autres partis, le Front national n’est pas contraint par un bilan gouvernemental ou par un souci de réalisme. Il lui sera donc facile de placer son adversaire face à ses contradictions et à ses reniements, ce qui pourra faire douter certains électeurs. 

En revanche, si Jean-Marie Le Pen devait toujours être actif, que pourrait attendre la présidente du FN du second tour ? Serait-elle cantonnée aux scores de 2002 ?

C’est toute la difficulté actuelle pour le FN. En l’état actuel des choses, rien ne dit que le tabou autour du FN soit levé, d’autant que Jean-Marie Le Pen vient le réactiver régulièrement par ses provocations calculées. Pour que les choses évoluent radicalement, une mise en retrait de Jean-Marie Le Pen ne serait pas suffisante. Il faudrait aussiprendre des mesures symboliques (par exemple un changement de nom du parti) et, plus encore, que des évolutions importantes interviennent, comme des ralliements de la part de personnalités de droite. Mais pour l’heure, aucun cacique de la droite n’a intérêt à franchir ce pas. Le risque est plutôt dans l’autre sens : que des cadres du FN, lassés par les échecs successifs, décident de rejoindre l’UMP. C’est aussi pour cela que les prochaines échéances locales seront importantes. Si le FN est en mesure de fournir des places d’élus, il pourra alors mieux s’assurer la loyauté de ses cadres, voire attirer de nouvelles générations de militants. 

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