Pourquoi l’âge de la retraite est devenu un véritable totem | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Social
Pourquoi l’âge de la retraite est devenu un véritable totem
©

62 ans

Pourquoi l’âge de la retraite est devenu un véritable totem

La crispation sur l'âge du départ à la retraite montre l'incapacité politique à avancer sur des solutions qui paraissent pourtant nécessaires.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

Voir la bio »

Depuis quelques semaines, les retraités battent le pavé régulièrement, prenant en quelque sorte le relais des gilets jaunes pour manifester leur exaspération devant la dégradation de leur situation et leurs craintes de l’avenir. Il est certain que leur pouvoir d’achat est en berne depuis une dizaine d’années. Ils ont subi le gel du point d’indice servant au calcul des pensions. Ils éprouvent également l’érosion de rendement de leur patrimoine en raison de la chute des taux d’intérêt dont on ne voit pas la fin avant 2020. Ajoutons que la rupture des liens familiaux traditionnels qui s’accroit régulièrement affecte singulièrement les femmes divorcées qui ont eu souvent des carrières courtes en raison de l’élévation des enfants. Par ailleurs, Ils ont pris de plein fouet l’augmentation de la CSG  et pour comble de malheur, un relèvement de 0,3% des barèmes intervient cette année alors que l’inflation s’est élevée officiellement à 1,8% en 2018. Et maintenant un débat fait rage pour savoir s’il ne faut pas retarder l’âge de la retraite pour le mettre en harmonie avec la pratique générale de nos voisins européens, où la limite officielle de l’activité peut se situer à 65, voire 67 ans, loin derrière nos 62 ans. Un débat qui porte en germes le risque d’une explosion sociale.

Pour l’administration des finances, la réforme serait pourtant la clé qui résoudrait l’essentiel du déficit  public, en raison du poids exorbitant des retraites dans le budget. Celles-ci représentent 268 euros sur mille euros sortis des caisses de l’Etat selon la direction du Trésor. Une somme globale de 320 milliards par an, qui en fait le poste le plus lourd de la loi de finances. Retarder d’un an la durée d’activité représenterait un potentiel de 0,7 point de produit intérieur brut supplémentaire. Pour sa part, l’OCDE vient de recommander à la France de se fixer un objectif de deux ans, à 64 ans. Le gain en pouvoir d’achat se verrait très vite. Il éviterait de recourir à l’éternelle politique du rabot et des mesurettes au jour le jour pour tenter de masquer la dérive de la dette. Il mettrait fin à une exception française particulièrement préjudiciable face à la concurrence étrangère, alors qu’il faudrait augmenter chez nous la durée du travail déjà obérée par le régime des trente-cinq heures hebdomadaires.

La plupart des experts sont convaincus du bien fondé d’une telle mesure, d’autant que la natalité commence à baisser sérieusement dans notre pays au rythme de cinquante mille naissances de moins par an, qui seront à terme autant de cotisants en moins, alors que le nombre des retraités est appelé à augmenter, conséquence du baby boom des trente glorieuses. Le gouvernement est d’ailleurs divisé sur ce point, comme en attestent les déclarations souvent contradictoires de plusieurs ministres, créant une cacophonie propre à créer un climat d’inquiétude chez lez retraités. Ces derniers s’arcboutent sur l’engagement d’Emmanuel Macron de ne pas toucher aux soixante-deux ans, devenus une sorte de totem intangible, alors que les réalités impliqueraient une adaptation du régime des retraites. Tout le monde vit désormais dans l’attente des décisions que le chef de l’Etat devrait prendre dans les jours qui viennent. Le grand débat national qui a remué tant d’idées n’a pas vraiment fait avancer les solutions, car la contradiction essentielle demeure : les Français réclament moins d’impôts, mais ne veulent pas qu’on s’en prenne à la dépense qu’ils considèrent toujours comme insuffisante. C’est toujours le danger de la paralysie qui demeure, et c’esrt une piètre consolation de voir qu’à l’échelle du continent nous ne sommes pas les seuls, à l’image des Britanniques incapables de sortir de l’impasse du Brexit.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !