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Jean-Luc Mélenchon a décidé de faire cavalier seul alors que Pierre Laurent souhaite, pour sa part, discuter avec Cécile Duflot et la gauche du PS afin qu'il n'y ait qu'un seul candidat à la gauche de François Hollande.
Jean-Luc Mélenchon a décidé de faire cavalier seul alors que Pierre Laurent souhaite, pour sa part, discuter avec Cécile Duflot et la gauche du PS afin qu'il n'y ait qu'un seul candidat à la gauche de François Hollande.
©Reuters

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Pourquoi Jean-Luc Mélenchon est passé de la défense du métissage à la glorification du récit national

En défendant les propos de l'ancien chef de l'Etat sur "nos ancêtres les Gaulois", le président du Parti de gauche tente de s'imposer au milieu du dialogue Sarkozy/Hollande mais vise, peut-être aussi, une nouvelle cible électorale.

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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L'heure n'était déjà pas au grand amour. Entre le NPA, Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, les relations étaient plus que tendues depuis des mois et l'orage ne demandait qu'à exploser. C'est chose faite depuis que l'ancien candidat à la présidentielle a développé, lors d'un déplacement à Boulogne mardi, sa pensée sur un sujet à la mode mais hautement clivant, à droite comme à gauche : l'identité.

"L'histoire des Gaulois de Nicolas Sarkozy n'est pas dénuée de sens. Pourquoi faudrait-il aboyer en cadence, quoi qu'il dise ? Moi, je ne veux pas d'une ethnicisation gauloise du débat. Mais oui, je dis que nous sommes les filles et les fils des Lumières et de la grande Révolution ! À partir du moment où l'on est français, on adopte le récit national". Coup de grisou à la gauche de la gauche, où soutenir Nicolas Sarkozy est déjà dur à avaler mais surtout où l'on n'a pas la même vision du récit national.

"La surenchère identitaire d'une partie de la droite est un danger pour notre démocratie. Le rappel historique de ce qui s'est déjà produit dans les années 1930 devrait davantage être réfléchi, discuté et débattu de manière 'solide'", plaide Olivier Dartigolles, le porte-parole du Parti communiste. Il y a quelques jours, Olivier Besancenot mettait déjà en garde contre une dérive du débat lancé par Jean-Luc Mélenchon : "il nous a fait des grandes sorties au début sur le souverainisme économique au nom de la lutte, nécessaire par ailleurs, contre les institutions européennes", rappelle l'ancien candidat à la présidentielle de la LCR. "À la fin, tu en viens à bafouiller sur la liberté de circulation et d'installation. Et puis, à la fin, tu en viens à dire que tu n'es pas pour la liberté d'installation. Tout ça, je l'analyse comme des grands sujets de régression politique pour la gauche radicale", conclut Olivier Besancenot. Volée de bois vert.

Il faut dire que la lutte est acharnée en vue de la présidentielle. Jean-Luc Mélenchon a décidé de faire cavalier seul alors que Pierre Laurent souhaite, pour sa part, discuter avec Cécile Duflot et la gauche du PS afin qu'il n'y ait qu'un seul candidat à la gauche de François Hollande, accusant Jean-Luc Mélenchon de présidentialisme exacerbé. Cette polémique vient donc sur fond d’intérêts divergents. Mais si les cadres de la gauche de la gauche s'en prennent aussi frontalement à Jean-Luc Mélenchon, c'est aussi parce que ce dernier soulève une vieille polémique, remet à jour une fracture qui divise encore aujourd’hui la famille entre communistes profondément laïcs et pas franchement pro-immigration et une extrême-gauche multiculturaliste qui pensent les immigrés comme les nouveaux prolétaires.

Jean-Luc Mélenchon semblait, jusqu'alors, à la jonction entre ces deux familles. En 2012, en meeting sur la plage du Prado à Marseille, il lançait : "Notre chance, c'est le métissage" et saluait "arabes et berbères" par qui sont venus en Europe "la science, les mathématiques ou la médecine" au temps où "l'obscurantisme jetait à terre l'esprit humain". Pour quelle raison Jean-Luc Mélenchon, dont le directeur de campagne disait en 2012 "Dans une société médiatique, quel est le sujet dont on va parler et reparler sans cesse ? Nous, on veut que ce soit la redistribution des richesses. On veut mettre la question au cœur du débat, c’est une bataille culturelle", ravive-t-il le débat sur l'identité ?

Sans doute est-ce une manière pour lui de se hisser au niveau de Nicolas Sarkozy, de lui répondre comme s'il devait l’affronter au second tour de la présidentielle, disputant ainsi le leadership à François Hollande. Mais il entend aussi attirer à lui de nouveaux électeurs. Des électeurs partis vers le Front national par exemple ? Il ne lui a sans doute pas échappé qu'en 2012, après son discours de la plage du Prado, les sondages, en pleine ascension alors, se sont mis à baisser. Relation de cause à effet ? C’est bien difficile à dire. Mais Jean-Luc Mélenchon en a peut-être tiré une leçon et tente aujourd’hui de corriger le tir.  

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