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Jean-Luc Mélenchon.
Jean-Luc Mélenchon.
©Reuters

Saisir sa chance

Pourquoi Jean-Luc Mélenchon aura du mal à profiter du virage social-démocrate de François Hollande

En décidant d'orienter le PS vers une politique plus "centriste", François Hollande pourrait libérer un espace électoral et politique au Front de Gauche.

Denis  Sieffert

Denis Sieffert

Denis Sieffert est Président, directeur de la publication et directeur de la rédaction de l'hebdomadaire Politis.

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 Atlantico : Suite aux annonces du "Pacte de Responsabilité" plusieurs cadres du Parti Socialiste ont fait part de leur scepticisme, gênés de voir le gouvernement adopter une ligne dite "social-libérale". En décidant d'orienter le PS vers une politique plus "centriste", M. Hollande libère t-il un espace électoral et politique au Front de Gauche ? Dans quelles proportions ?

Oui, potentiellement. Un espace se dégage. Encore faut-il que le Front de Gauche, et plus largement une gauche critique, y compris au sein du Parti socialiste, parvienne à occuper cet espace. Il faudrait pour cela un regroupement autour de propositions communes.

Est-on en train d'assister au retour de la fracture "historique" entre une gauche ouvrière d'inspiration marxiste et une gauche plus libérale d'inspiration radicale ?

Cette fracture historique date du congrès de Tours, en 1920. Elle a connu plusieurs avatars, mais elle n'a jamais vraiment disparu. Il n'y a donc pas de retour. Le PCF, les trotskystes, une gauche socialiste marxisante n'ont jamais disparu. Ce qui change, c'est le rapport de forces. La dernière présidentielle a semblé redonner du souffle à cette gauche sociale, à laquelle il faudrait maintenant associer une gauche écologiste, y compris au sien d'Europe Ecologie Les Verts. Et ce qui change surtout aujourd'hui, c'est le glissement libéral de la direction du parti socialiste. 

Quels ajustement idéologiques et politiques pourraient relancer la gauche de la gauche afin de reprendre du poids sur le plan électoral ?

Soit la gauche de la gauche rentre un tant soit peu dans le jeu "hollandais", et c'est une ligne Montebourg sur les contreparties au "pacte de responsabilité": combien d'embauches en contrepartie des allègements des charges des entreprises, et définition d'un mécanisme précis et contrôlé pour contraindre le patronat; soit, cette gauche refonde un corpus idéologique plus ambitieux. Les deux ne sont d'ailleurs pas incompatibles. Quand le Front de Gauche appelle à une manifestation le 8 février contre la hausse de la TVA, il se situe dans la première option. L'autre option, c'est une vraie refonte du système fiscal, revalorisant l'impôt sur le revenu, tous les revenus, dans une logique progressive. Il faudrait revenir sur la réforme bancaire qui a été escamotée.

La gauche a également renoncé idéologiquement à la réduction du temps de travail. Il y a aussi et peut-être surtout à mener la bataille contre la religion de la croissance, chacun s'accordant à reconnaître qu'il n'y aura pas de retour à une croissance susceptible de créer massivement des emplois, mais chacun continuant à faire comme si. La faille du discours de François Hollande est qu'il est furieusement productiviste. L'espace idéologique pour une gauche écologico-sociale, il est là. Encore faut-il développer ces thèmes de façon audible et franche, et ne pas se diviser sur des tactiques conjoncturelles, comme c'est le cas en ce moment.

Se dirige t-on en conséquence vers un nouveau combat culturel à gauche ?Sur quels thèmes pourrait-ils se jouer ? (euro, finance, rémunérations des actionnaires...)

Oui, en effet, c'est un combat culturel autant que politique qu'il faudrait mener.

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