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Le taux de fécondité est passé sous le seuil symbolique des 2 enfants par femme.
Le taux de fécondité est passé sous le seuil symbolique des 2 enfants par femme.
©Reuters

Faillite nombreuse

Très mauvaise nouvelle : pourquoi il faut tout autant s'inquiéter de la baisse de la fécondité que de celle de la croissance

Le taux de fécondité français vient de passer en-dessous du seuil de renouvellement des générations. Un élément démographique loin d'être anodin, dont il faut relativiser l'importance en fonction des ressources, mais qui peut déstabiliser un système économique.

Vincent Touzé

Vincent Touzé

Vincent Touzé est économiste senior au département des études de l'OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques).

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Atlantico : En 2013, le taux de fécondité de notre pays (hors Mayotte) est passé sous le seuil symbolique des 2 enfants par femme, pour passer à 1,99 enfant. Si la tendance à la baisse devait se confirmer, à quels risques l'économie française s'exposerait-elle, à court et plus long terme ? Pourquoi ?

Vincent Touzé : A court terme, la baisse n’est pas considérable. La concurrence sera moindre pour les places en crèches, et les débouchés pour l’activité commerciale en lien avec le bas âge baisseront légèrement. Nous nous trouvons certes en-dessous du seuil des 2 enfants, mais nous n’en sommes pas très loin. Les prévisions du conseil national des retraites (COR), elles, étaient situées en 2012 à 1,95 enfants par femme après 2013.

C’est le passage en dessous de 2 qui marque les esprits. D’un point de vue économique, bien entendu, la baisse de la fécondité engendre un déséquilibre économique. Si les jeunes sont moins nombreux que les seniors, des problèmes de dépendance se posent. En cas de besoin d’assistance permanente dans la vie quotidienne, le maintien d’un ratio entre jeunes et vieux est nécessaire. Ce ratio est important aussi pour permettre à l’économie de produire suffisamment et de financer les besoins des personnes âgées si ces dernières ne sont pas pourvues par une épargne suffisante.

A partir de quel seuil démographique la situation devient-elle vraiment critique sur le plan économique ? La question du renouvellement de population en France est-elle aussi essentielle que celle de la croissance ?

Le seuil critique, c’est le taux de renouvellement d’une population, à savoir 2,1. Si en moyenne chaque génération a 2,1 enfants par femme, on estime qu’à l’âge adulte la population est stable, car il ne faut pas oublier un certain taux de mortalité entre la naissance et l’arrivée à l’âge où l’on peut avoir des enfants.

La croissance démographique est favorable à l’accroissement des familles, et donc à la consommation. L’équation demande-consommation est claire : quand on a une famille nombreuse on est plus consommateur qu’épargnant. Et à population plus nombreuse, équivaut une capacité de production plus élevée. Plus la population active est abondante, plus on est apte à financer le système de retraite par répartition.

Mais ne négligeons pas l’effet malthusien : plus on est nombreux, plus les ressources par tête diminuent. C’est ce que les démographes appellent le phénomène de dilution du capital. Au final, la productivité peut être affectée. Mais plus la capacité est grande, plus la capacité à produire et à accumuler du capital est grande, aussi.

Il en ressort que la question de l’équilibre n’est pas simple à résoudre. D’autant qu’elle ne se pose pas de la même façon selon que les ressources sont illimitées ou non. Et dans notre monde, sur le long terme les quantités terrestres sont limitées, tant au niveau des sources d’énergie que des surfaces agricoles. Une croissance démographique non maîtrisée peut être catastrophique pour la qualité de vie de la population. Même si on peut optimiser les rendements d’échelles, les limites existeront toujours.

J’ai mentionné un premier seuil démographique ; il en existe un autre, celui de la croissance démographique. Le nombre de naissances reste supérieur à la mortalité : 810 000 contre 572 000 décès. Chaque année, le taux de mortalité baisse en raison de l’amélioration des conditions de vie, ce qui se traduit par de la croissance démographique, même si le taux de fécondité est inférieur aux fameux 2,1. Le renouvellement de génération n’est plus garanti, car on est en-dessous de 2,1, mais on conserve une croissance démographique.

Vu sous l’angle du financement du système des retraites, les estimations du COR ne sont pas réjouissantes. Peut-être qu’avec des taux de fécondité plus élevés certains aspects du problème seraient réglés, mais d’autres apparaîtraient, car il faut être capable d’assurer des débouchés sur le marché de l’emploi aux générations futures. Selon qu’on a 11% ou 5% de chômage, cela laisse beaucoup de marge en termes d’ajustement du ratio retraités / actifs occupés.

Au vu du vieillissement constant de la population, même un taux de stabilité, garantissant le maintien de la population, suffirait-il à assurer les besoins de la société, notamment en ce qui concerne le financement de la caisse de retraite ? Une croissance démographique supérieure à celle que nous connaissons aujourd'hui (+ 0,4 %) est-elle nécessaire ?

Pour ce qui est des retraites, il est possible de faire travailler les gens plus longtemps et de mettre en place des politiques pour lutter contre le chômage, même si ce n’est pas la réduction de celui-ci qui permettra de financer intégralement le système de retraites. Il faudra peut-être mettre en place des règles pour que le système des retraites s’équilibre dans le temps, puisqu’on ne peut pas indéfiniment augmenter les cotisations.

Quelles sont les interconnexions entre croissance et population ? Existe-t-il un équilibre parfait entre les deux ?

On peut aussi se demander si la baisse de fécondité n’est pas due au cycle économique depuis 2008-2009. La crise joue sur le retard dans l’entrée dans le monde du travail, et donc sur la constitution d’un foyer aboutissant à des naissances…

Pour une croissance durable, il faut une population plutôt stationnaire. La Chine a fait le choix de maîtriser sa population pour nourrir sa croissance. Des Chinois aisés se sont fait condamner à de lourdes amendes pour avoir eu trois enfants. Cette approche est intéressante en ce qu’elle attribue un coût à l’enfant. Cette logique d’un enfant par femme ramène le taux à 0,95 enfants qui arrivent à l’âge adulte. Cette mutation de la famille fait aussi disparaître la notion de cousin, c'est-à-dire la conception horizontale de la famille.

Si la tendance à la baisse se confirme, faudra-t-il avoir toujours plus recours au vivier de l'immigration ?

Si on ne parvient pas à accroitre la natalité, on peut effectivement recourir à l’immigration, mais laquelle ? L’immigration choisie présente l’avantage pour le pays d’accueil de ne pas avoir à subir le coût social de la formation des personnes. C’est ce que fait l’Allemagne.

En France, le chômage chez les jeunes est élevé, et pourtant certains secteurs manquent de main d’œuvre, soit par manque de qualification adéquate, soit par manque de motivation au regard du caractère ingrat du métier : BTP, nettoyage… Mais le milieu hospitalier est également concerné par le recours à des immigrés, notamment en Grande-Bretagne. Donc la solution n’est pas forcément uniquement dans la natalité.

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