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Depuis le début, Nicolas Sarkozy, ou plutôt Patrick Buisson, avait imaginé un retour par devoir.
Depuis le début, Nicolas Sarkozy, ou plutôt Patrick Buisson, avait imaginé un retour par devoir.
©Reuters

Plus difficile que prévu

Pourquoi il est prématuré de dire que la machine Sarkozy patine

Alors que Nicolas Sarkozy s'engage pour les primaires de l'UMP, celui-ci peine à s'imposer, comme il l'aurait voulu, en chef absolu et incontesté de sa famille politique.

Laureline Dupont

Laureline Dupont

Laureline Dupont est journaliste politique au Point.

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Atlantico : Dans votre livre  avec Philippe Cohen, "C'était pas le plan", vous expliquez que si Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis le 6 mai 2012, les choses ne sont pas déroulées comme il l'avait initialement prévu. Comment l'ancien président avait-il pensé son retour et pourquoi a-t-il dû changer de stratégie ?

Laureline Dupont : Depuis le début, Nicolas Sarkozy, ou plutôt Patrick Buisson, avait imaginé un retour par devoir. Patrick Buisson nous dit d'ailleurs dans le livre que le discours que devra tenir Nicolas Sarkozy est le suivant : "Je ne suis pas candidat mais la France m'appelle". L'idée était vraiment celle du retour messianique, en homme providentiel. Sauf que ce retour est mis à mal par l'explosion du scandale Bygmalion qui engendre la destitution de Jean-François Copé et laisse la présidence de l'UMP vacante. Cela oblige Nicolas Sarkozy a non seulement précipiter son retour, mais l'oblige à passer par la case UMP. Chose qu'il voulait éviter puisqu'il voulait apparaître en homme providentiel et certainement pas en chef de clan.

Cela s'avèrera payant s'il l'emporte avec un score digne et s'il est capable de proposer une vraie révolution pour l'UMP, et pour lui-même finalement. Parce que là, on a l'impression de voir un Nicolas Sarkozy avec les mêmes tics, les mêmes travers, et on peine à voir la révolution idéologique et programmatique. Mais je ne pense pas, à l'instar de certains commentateurs que cela patine. Ce n'est que le début du "mouvement" pour Nicolas Sarkozy.

Lire aussi les bonnes feuilles de C'était pas le plan : Bertrand, Le Maire, NKM... comment Nicolas Sarkozy compte dompter les quadras trop ambitieux de l'UMP et Nicolas Sarkozy : dans les coulisses d’un retour qui ne s'est pas du tout passé comme prévu

Nicolas Sarkozy doit donc repasser par la case UMP. A quelles conditions cette stratégie peut-elle s'avérer payante? Comment devra-t-il s'y prendre pour remporter le cœur des militants et arriver à la tête du parti haut la main ?

Pour que cela fonctionne, il faudra que la victoire de Nicolas Sarkozy soit assez nette. Cet été ses soutiens parlaient d'une victoire à 85%, aujourd'hui ils ont l'air de se rendre compte que la victoire sera plutôt de 60%. Je ne ferai pas de pronostic mais s'il l'emporte à 60% ce sera beaucoup plus compliqué pour lui de se forger cette stature de chef absolu et incontesté de sa famille politique. Son alternative, et il le sait très bien, serait de la reconstruire complètement. D'en changer la vitrine mais aussi la structure et l'essence même puisqu'il ambitionne de faire du nouveau parti, un parti au-dessus des clivages partisans. S'il y arrivait, cela pourrait sans doute être une réussite à mettre à son crédit. Néanmoins, j'ai quelques doutes car en se présentant comme le rassembleur au-dessus des clivages partisans, il risque de se tendre un piège à lui-même.

Nicolas Sarkozy est tout sauf un rassembleur, c'est un homme clivant et c'est d'ailleurs ce qui a été apprécié en 2007. Son noyau d'électeurs, c'est la base militante de l'UMP. Plus il cherchera à ouvrir le parti, moins les gens qu'il aura attirés lui seront favorables.

Le clivage, est-ce finalement une force ou une faiblesse de l'ancien de la République ?

C'est là le dilemme de Nicolas Sarkozy. Il est obligé de se poser en rassembleur tout en prenant l'énorme risque de faire entrer dans le parti des gens qui préfèreront des personnages beaucoup plus apaisés, beaucoup plus sages que lui, beaucoup plus centristes. C'est à double tranchant. Sa grande force en 2007 c'était de réussir la synthèse des droites, d'attirer à lui aussi bien des électeurs frontistes que des électeurs de centre gauche. Cette synthèse des droites et même au-delà, il l'a réussie en faisant la synthèse du libéralisme et du gaullisme. Mais tout en tenant, sur tous les sujets qu'il évoquait, un discours très clair et très tranché. Il s'avère qu'aujourd'hui Nicolas Sarkozy veut rassembler mais il le fait en servant un discours un peu tiède, un peu fade. On le voit sur la Mariage pour tous, on le voit sur les 35h. Il ne tranche pas, il propose de la négociation, de la consultation militante.

Pourra-t-il être l'homme de la synthèse dont la droite française divisée entre libéraux et conservateurs semble tant avoir besoin ?

C'est clairement ce qu'il espère. Au regard de son entourage immédiat, c'est-à-dire ses conseillers, on est en droit de douter de la réussite de cette synthèse. Finalement, maintenant que Patrick Buisson a été mis sur la touche, ne reste à Nicolas Sarkozy que Pierre Giacometti qui est le conseiller le plus présent rue de Miromesnil. Pierre Giacometti est plutôt un centriste libéral, europhile qu'un conservateur attaché aux questions régaliennes. Pierre Giacometti s'en défend car il sent que l'opinion est en train de bouger sur ces questions et que ce n'est plus aussi porteur d'être un libéral échevelé. Mais est-il vraiment en mesure de souffler à Nicolas Sarkozy des positions fortes sur les sujets régaliens ? Certains espèrent que des personnes comme Camille Pascal et Emmanuelle Mignon reviennent en force. Ils sont là, ils participent à certaines réunions mais pas à la majorité d'entre elles. C'est là que tout va se jouer, on verra dans les mois à venir si ces personnalités vont reprendre du poids auprès de Nicolas Sarkozy. 

Qu'a-t-il à perdre et à gagner aujourd'hui à suivre une ligne plus européenne, plus libérale ?

Si Nicolas Sarkozy devient un pur produit de Giacometti, il rencontrera un problème de crédibilité. Etant donné que la campagne 2012 était plutôt une campagne à droite toute. Epouser entièrement la ligne de Giacometti, serait prendre le risque de perdre toute une partie de son électorat, et notamment une partie de l'électorat frontiste qu'il a su séduire en 2007. Et ce sera clairement l'enjeu de la prochaine élection.

Qui est cette nouvelle génération sur qui Nicolas Sarkozy pourra compter ? Peut-il réellement se passer des quadras ?

Ses proches ont déclaré récemment qu'il avait déjà en tête son gouvernement s'il était élu en 2017 et que ce gouvernement ne serait composé que de jeunes. Et ce ne sont pas les quadras dont je parle mais plutôt des trentenaires. Les noms des députes Gérald Darmanin, de Virginie Duby-Muller, ou encore du maire de Mulhouse, Jean Rottner, reviennent fréquemment. Nicolas Sarkozy semble parti pour s'appuyer plutôt sur des jeunes et essayer au maximum de sauter cette génération des quadras dont on parle dans le livre. Mais Nicolas Sarkozy ne pourra pas complètement s'en passer. Les quadras ont l'énorme avantage, grâce à lui, d'avoir déjà une expérience ministérielle. En plus de cela certains des quadras représentent vraiment une ligne aux yeux des militants. Je pense à Laurent Wauquiez, qui n'est pas fidèle sarkozyste, mais qui a besoin de Sarkozy, tout comme Nicolas  Sarkozy a besoin de Laurent  Wauquiez. Laurent Wauquiez qui est aujourd'hui la figure de proue de tout le courant Manif pour Tous que Nicolas Sarkozy a justement du mal à ménager. Notamment car il ne prend pas de position claire sur le Mariage pour Tous.  Il lui faudra donc s'appuyer sur les trentenaires, tout en tirant des avantages des quadras. 

>> Lire également en deuxième partie d'article les bonnes feuilles du dernier livre de Laureline Dupont et de Philippe Cohen, "C'était pas le plan", publié chez Fayard

Propos recueillis par Carole Dieterich

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