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États-Unis : pourquoi les femmes votent plutôt démocrate
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États-Unis : pourquoi les femmes votent plutôt démocrate

Mitt Romney, qui vient de se voir ouvrir la voie de la nomination républicaine, accuse un retard record sur Obama auprès de l’électorat féminin.

Gérald Olivier

Gérald Olivier

Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990, avant de rentrer en France pour  occuper le poste de rédacteur en chef au  mensuel Le Spectacle du Monde.  Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blog « France-Amérique ».

Il est aussi chercheur associé à  l'IPSE, Institut Prospective et Sécurité en Europe.

Il est l'auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec on Octobre 2012.

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Le paysage des primaires républicaines s’est éclairci ce week-end. Coup sur coup, Newt Gingrich et Rick Santorum, ont rangé les gants.

Si la route de la Maison Blanche se dégage donc pour Mitt Romney, la pente à gravir n’en paraît que plus raide. Plusieurs sondages sont venus souligner le retard qu’il accuse sur Barack Obama. Notamment auprès de l’électorat féminin ! À parfois deux contre une, les Américaines lui préfèrent Obama ! Un chiffre inquiétant mais pas surprenant. Depuis trente ans aux États-Unis, ce sont les démocrates qui emportent les faveurs des femmes…

Comme souvent en politique, ou en histoire, les évènements se sont soudain précipités, au moment où on s’y attendait le moins. Le long combat des primaires, qui n’en finissait pas, a fini par cesser, faute de combattants. En deux jours, Newt Gingrich et Rick Santorum ont concédé leur défaite. Alors que rien ne les obligeait à le faire, aucun scrutin n’ayant lieu avant le 24 avril.

Dimanche 8 avril, Newt Gingrich a fait acte de contrition sur la chaine Fox News. Reconnaissant « la forte probabilité » que Romney « soit le candidat républicain », il promettait de « tout faire pour qu’il l’emporte en novembre ».

Mardi 10, Rick Santorum a « suspendu » sa campagne, affirmant que « la course à la présidence s’arrêtait ici, mais le combat continue». Quatre jours plus tôt il avait interrompu ses meetings pour se rendre au chevet de sa fille de trois ans, Bella, qui souffre de trisomie 18, un trouble génétique grave, et était à nouveau hospitalisée. Plus que ce drame familial toutefois, c’est sans doute la perspective d’une défaite annoncée en Pennsylvanie, l’Etat dont il fut sénateur, qui l’a incité à se retirer…

Du coup la voie est libre pour Romney. Seul Ron Paul poursuit sa campagne, mais n’ayant gagné aucune primaire à ce jour, il se contente de faire passer son message.

Pour doucher l’enthousiasme de Romney, une pluie de sondages s’est abattue sur lui, détaillant, entre autres, le vote des femmes : résultats, il est à la traîne !

Selon l’Institut Gallup, Romney accuse un retard moyen de 9 points dans l’électorat féminin : 51% contre 42%. Si l’on cible les douze États identifiés comme « clés » en novembre ( les « swing states » en anglais, qui sont la Caroline du Nord, le Colorado, la Floride, l’Iowa, le Michigan, le Nevada, le New Hampshire, le Nouveau Mexique, l’Ohio, la Pennsylvanie, la Virginie et le Wisconsin) l’écart passe à 18 points 54% contre 36%. Enfin parmi les femmes de moins de cinquante ans, six sur dix affirment qu’elles voteront Obama et seulement trois sur dix, Romney. 

Dans un sondage national réalisé par CNN les 24 et 25 mars, Obama l’emporterait en novembre face à Romney de dix points chez les hommes, 53% contre 43% et de vingt-trois points chez les femmes, 60% contre 37%.

Enfin selon le Pew Research Center l’avantage du Président sortant auprès des femmes est de vingt points, 58% contre 38%.

C’est une donnée de la politique américaine contemporaine : les femmes votent plutôt démocrate ! Depuis 1980 les candidats démocrates à la Maison Blanche ont toujours remporté le vote féminin. Cette préférence transcende les classes sociales, les revenus, et le statut (célibataire ou mariée) ainsi que les tranches d’âge, sauf pour les plus de 65 ans.

Elle tient à trois raisons principales : un, le débat sur l’avortement, deux, la question du rôle du gouvernement, trois le déroulement des primaires.

La légalisation de l’avortement par la Cour Suprême en 1973 (décision dite de « Roe vs Wade ») est restée comme la grande victoire du mouvement féministe. Au-delà du « droit de choisir », elle est devenue le symbole du droit des femmes à « disposer de leur corps », selon l’expression militante, l’illustration de leur « émancipation ». Depuis, toute tentative d’encadrer ce droit est dénoncée comme une volonté de revenir en arrière, de nier cette émancipation. C’est un débat formaté à l’avantage des démocrates qui apparaissent comme les défenseurs de la cause féminine, quand les Républicains en passent pour les pourfendeurs. Debbie Wasserman Schultz, présidente du Comité National Démocrate, porte régulièrement des attaques contre les républicains sur le thème : « Ils veulent faire retourner les femmes en arrière ».

Le débat économique sur la taille du gouvernement n’avantage pas non plus les républicains vis-à-vis des femmes. Celles-ci sont plus promptes à lui reconnaître un rôle de régulateur. Aussi quand les républicains proposent d’en réduire les responsabilités, pour réduire les déficits, ils ont plus de mal à convaincre les femmes. Interrogées sur leurs priorités sur cette campagne, les femmes américaines ont placé en tête, la « Santé ». Avant le déficit, la dette publique, le chômage, ou l’inflation. Un choix qui profite aux démocrates partisans d’une couverture santé plus étendue.

Enfin le système des primaires fait qu’une nomination se gagne aux extrêmes, tandis qu’une élection se gagne au centre. Mitt Romney a dû opérer un « virage à droite » pour convaincre la base républicaine. Ses prises de positions ont pu repousser un certain électorat féminin. Comme sa proposition inattendue, faite le 13 mars dans le Missouri, de supprimer le planning familial (proposition en fait inapplicable puisqu’il ne s’agit pas d’une agence fédérale).

Pour Kelly Ayotte, sénatrice républicaine du New Hampshire, le rapport de force va se rééquilibrer dans les semaines à venir. D’abord parce que en faisant campagne contre Obama, et non plus contre ses challengers républicains, Romney va recentrer son message. Ensuite parce que, dit-elle, « les femmes ne s’intéressent pas qu’à leurs corps, mais aussi à leur porte-monnaie ». Ce sont elles qui gèrent au quotidien le budget familial. Or, en matière de politique économique, Romney à l’avantage sur Obama.

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