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Pourquoi être riche, avoir une vie sociale et être épanoui dans notre travail ne suffit pas à être heureux
©Laurent EMMANUEL / AFP

CQFD

Pourquoi être riche, avoir une vie sociale et être épanoui dans notre travail ne suffit pas à être heureux

Le professeur américain Raj Raghunathan affirme dans son dernier livre que le modèle classique d'atteinte du bonheur, à savoir une réussite professionnelle, matérielle, et un "épanouissement", n'est pas suffisant.

Sophie de Mijolla-Mellor

Sophie de Mijolla-Mellor

Sophie de Mijolla-Mellor est psychanalyste et professeur émérite à l'université Paris-Diderot. Elle est présidente de l'Association Internationale d'Interactions de la psychanalyse et dirige la revue Topique.

Elle a écrit La mort donnée, essai de psychanalyse sur le meurtre et la guerre (PUF, 2011).

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Atlantico : Les personnes plus "intelligentes" avec des emplois à responsabilité auraient tendance à être moins heureuses que les autres. L'intelligence ne permettrait-elle pas d'être heureux ? "Heureux les simples" ?

Pr. Sophie de Mijolla-Mellor : Il me semble qu’il faudrait d’abord commencer par définir ce que Raj Raghunathan entend par « intelligence » laquelle n’est pas nécessairement corrélé avec « réussite professionnelle et matérielle » car celle-ci dépend tout autant de traits de caractère (créativité, audace, confiance en soi, qualités relationnelles) qui n’ont rien à voir avec la capacité de comprendre.

Par ailleurs, si l’on entend par « emploi à responsabilité » le fait d’avoir une équipe sous ses ordres ou de gérer une entreprise quelle qu’en soit la nature, on peut bien en effet concevoir que ce soit une charge anxiogène en même temps qu’une activité excitante. Or la recherche du risque pour de nombreux sujets est nécessaire à leur bonheur et la vie sans cette excitation permanente leur paraitrait fade. Ce sont précisément ceux là qui vont avoir le plus grand mal à partir en retraite et se déprimer, voire pire, de ne plus avoir les réunions et les voyages qui allaient avec leur activité trépidante.

Donc pour certains il n’y a pas d’épanouissement ni de bonheur sans la réussite professionnelle même s’ils ont parfois la coquetterie de s’en plaindre !

Les personnes intelligentes, selon Raghunathan, auraient tendance à chercher le bonheur dans la rareté de la vie plutôt que dans l'abondance qu'elle offre ? N'est-ce pas une perversion de l'intelligence en simple moteur du désir ? 

Si Raj Raghunathan entend par là que la société d’hyperconsommationa moins de prise sur les intellectuels que sur le reste de la population c’est probablement exact.

Et s’il entend par « rareté » le caractère exceptionnel, non reproductible, d’un objet cela rejoindrait le gout pour l’authentique par opposition au standardisé, ce qui est un trait de raffinement. Je ne vois pas le rapport avec l’intelligence mesurée en termes de QI mais en revanche la culture et la connaissance en général sont certainement propres à développer une telle attitude.

N'est-ce pas aussi le signe qu'on surinterprète à notre époque ce qu'est être intelligent ? L'intelligence ultime n'est-elle pas celle de l'homme qui parvient à être heureux ?


Je n’ai pas l’impression qu’à notre époque l’intelligence soit donnée comme la valeur dominante sauf si on la met en lien avec l’efficacité pratique qui va permettre de gagner beaucoup d’argent.

Quant à savoir si l’intelligence au sens de ce que j’ai défini comme le « plaisir de pensée » peut rendre heureux, j’en suis convaincue.

Outre la joie de découvrir et de comprendre qui prolonge l’insatiable curiosité de l’enfant, le malheur subi que tout sujet rencontre à un moment où un autre de sa vie se relativise s’il peut en faire un objet de pensée. Les morales antiques ont expliqué cela très bien et l’intelligence ultime est bien de pouvoir adopter sur la vie et ses aléas une vision intelligente qui permet de dépasser la souffrance. La cure psychanalytique, en offrant au sujet une approche « intelligente » de lui-même et des autres ne fait pas autre chose.

 

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