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Pourquoi Trump s’en prend à l’OMS ?
©Dan Kitwood

Tensions

Pourquoi Trump s’en prend à l’OMS ?

Le courroux est comme les trains. Le premier peut en cacher un autre. Les critiques virulentes adressées par Donald Trump à l’OMS, ne visent pas que l’agence onusienne de la santé mais son actuel protecteur et maître, la Chine communiste! Le coronavirus pourrait provoquer une autre guerre froide.

Gérald Olivier

Gérald Olivier

Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990, avant de rentrer en France pour  occuper le poste de rédacteur en chef au  mensuel Le Spectacle du Monde.  Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blog « France-Amérique ».

Il est aussi chercheur associé à  l'IPSE, Institut Prospective et Sécurité en Europe.

Il est l'auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec on Octobre 2012.

Voir la bio »

L’OMS a failli à sa mission. L’Organisation Mondiale de la Santé a renoncé à son rôle d’agence sanitaire globale pour devenir un simple instrument de la propagande chinoise. Au mépris de la santé de millions de personnes. C’est ce dont l’accuse le président américain Donald Trump qui demande une enquête internationale sur la gestion de la pandémie de Covid-19 par l’OMS. 

Dans une lettre à son directeur général, l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, Trump menace de suspendre définitivement les contributions américaines, « si l’Organisation ne procède pas à des réformes majeures dans les trente jours ». 

Mais il ne faut pas s’y tromper, l’OMS n’est qu’un pion sur un plus large échiquier. La vraie querelle des Américains est avec la Chine. La crise du coronavirus a mis à jour les faiblesses américaines et internationales dans leurs relations avec le pouvoir communiste de Pékin. En même temps qu’elle a souligné la duplicité de ce pouvoir et sa désinvolture, voire son dédain, à l’égard du reste du monde. 

Trump a décidé de mettre un terme à cette relation inégale. Comme à son habitude, il le fait brutalement et bruyamment. Mais pour une fois il n’est pas seul. D’autres pays occidentaux sont remontés contre l’OMS, et son protecteur chinois. La crise du coronavirus a favorisé l’émergence d’un bloc « anti Pékin », et préfigure une nouvelle « guerre froide ». Non plus face à l’URSS, mais face à la République Populaire de Chine et son organe directeur le PCC, parti communiste chinois ! Mais avec les mêmes objectifs : contenir le régime d’abord, le faire s’effondrer, ensuite. 

Concrètement les Américains – le Président Trump et élus du Congrès confondus - reprochent à l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS,  d’avoir consciemment caché la vérité sur le coronavirus. Pour eux l’OMS a délibérément minimisé la dangerosité et la contagiosité du Covid 19, dans les premières semaines de l’épidémie. Alors qu’il était encore possible de la contenir. Elle l’a fait à la demande de la Chine, et pour plaire au gouvernement chinois, trahissant sa mission internationale. Alors même qu’elle disposait d’informations contradictoires. 

La chronologie des faits est révélatrice. 

Tout commence le 31 décembre 2019 par un communiqué de Pékin à l’OMS, indiquant la découverte d’un foyer infectieux, d’une nature nouvelle et inconnue, dans la ville de Wuhan, province de Hubei. Ce foyer est né dans l’un des nombreux « marchés ouverts » de la ville (marchés où des animaux domestiques et sauvages vivants sont vendus, nécessitant leur abattage sur place dans des conditions d’hygiène précaires). Le marché a été fermé, et le foyer est, officiellement, sous contrôle. Aucune transmission humaine n’a été établie, affirme le communiqué. 

L’OMS se contente de répercuter le communiqué à toutes ses agences à travers le monde. La logique aurait voulu qu’elle assemble une équipe internationale pour se rendre immédiatement sur place et constater ce qu’il en était vraiment sur le terrain. Ce ne fut pas le cas. L’OMS affirme avoir déposé une demande en ce sens. Sans obtenir d’autorisation. En attendant elle a pris la Chine au mot et s’est contentée de diffuser, sans poser de questions, les informations communiquées. 

Toutefois ce même jour l’OMS reçoit un communiqué de Taïwan indiquant que le foyer infectieux de Wuhan n’est pas sous contrôle et qu’il y a bien transmission humaine. Mais Taïwan n’est pas membre de l’OMS ! Car ce n’est pas un pays indépendant reconnu par l’Onu. Et la Chine communiste refuse que Taïwan siège là où elle siège déjà. Il ne peut y avoir deux Chines ! Il n’y en a qu’une et elle est indivisible. C’est la doctrine officielle et inchangée de la Chine communiste depuis 1949! En 2016, à la demande de Pékin, Taïwan s’est même vu privé de son statut d’observateur à l’OMS. Prendre Taïwan en considération c’est déplaire à Pékin.

Tedros Adhanom Ghebreyesus et l’OMS décident donc d’ignorer ces informations contradictoires. 

Quatre jours plus tard les autorités sanitaires de Hong Kong indiquent à leur tour qu’ils disposent d’informations indiquant que le foyer infectieux de Wuhan est actif et que la transmission humaine existe. L’OMS fait toujours la sourde oreille. 

Et pourtant Ghebreyesus et les experts de l’OMS sachent parfaitement ce qu’il en est. Ils ont déjà été alertés sur le foyer de Wuhan par leur bureau de Pékin. Celui-ci, à partir d’informations glanées dans la presse locale a fait état d’infections suspectes. Le journal médical britannique The Lancet a lui aussi évoqué un virus inconnu dans la région. La transmission humaine a bien été constatée, mais les autorités locales et nationales ont décidé de cacher l’épidémie. Les médecins de Wuhan ayant parlé d’une résurgence du SRAS, un coronavirus apparu en 2002, ont été arrêtés, et ont dû rédiger des confessions – la bonne vieille autocritique chère aux communistes. En même temps qu’elles ont révélé l’existence d’un foyer d’infection, les autorités chinoises ont pris soin de bloquer les accès à l’information. Seule la version officielle sera disponible et l’OMS sera l’outil de sa propagation. 

Le 11 janvier le Dr Zhang Yongzhen du Shanghai Public Health Clinic Center, publie en ligne le génome du nouveau virus, qu’il a décodé. Son laboratoire est immédiatement fermé par les autorités chinoises. En fait, il a communiqué ce génome aux autorités sanitaires chinoises une semaine plus tôt, dès le 5 janvier. Mais l’information a été gardée secrète. Rien n’a été communiqué à l’extérieur. 

L’OMS profite néanmoins de la publication du génome du virus pour complimenter la Chine pour « sa transparence ». Rien sur la fermeture du laboratoire du Dr Zhang ! 

A cette date il n’y a encore que quelques cas, et aucun décès ! Officiellement du moins. Le premier décès officiel est déclaré le 11 janvier. Trois jours plus tôt,  la Chine avait réaffirmé l’absence de transmission humaine du virus. Le 14 janvier elle réitère cette affirmation et l’OMS la répercute indiquant dans un communiqué où plane une ambiguïté malsaine : « les enquêtes préliminaires conduites par les autorités chinoises n’ont trouvé aucune preuve de transmission humaine… mais cela ne signifie pas que la transmission humaine n’est pas possible. »

Il faut attendre le 20 janvier pour que Pékin admette que le virus se transmet de personne à personne. A cette date la Chine prend la décision spectaculaire de mettre l’ensemble de la province de Hubei, soit 60 millions de personnes, en quarantaine. La ville de Wuhan est claquemurée…. Enfin presque ! Si les vols intérieurs sont suspendus, les vols internationaux sont maintenus. Les résidents, chinois ou autres, voulant quitter la ville pour l’étranger, peuvent le faire ! 

Comme si propager le virus dans le monde n’avait pas d’importance à partir du moment où la Chine serait protégée…

Or la Chine vient de célébrer le nouvel an lunaire. C’est une fête où la diaspora chinoise du monde entier converge sur l’empire du milieu pour se retrouver en famille. Ces visiteurs sont donc autorisés à quitter Wuhan pour rentrer dans leur pays de résidence ! Ils sont cinq millions à le faire, selon la Maison Blanche. En plus de ces voyageurs, cinquante mille personnes transitent chaque jour par l’aéroport international de Wuhan. Jusqu’alors les liaisons aériennes fonctionnaient normalement.  

A partir du 23 janvier tout change. La ville est scellée du reste du monde et du reste de la Chine. 

Le 25 janvier, depuis le Forum économique de Davos, Donald Trump se veut rassurant et, muni des informations que l’OMS a communiqué à ses propres services et que le président Xi Jinping lui a personnellement confirmées, affirme que l’épidémie est « totalement sous contrôle ». 

Le 28 janvier Tedros Ghebreyesus est enfin autoriser à se rendre en Chine. Il bénéficie d’un entretien privé avec le président Xi Jinping. A la sortie de l’entretien il fait un éloge dithyrambique, de son hôte, de la Chine et de sa gestion « exemplaire » de l’épidémie de coronavirus ! « La Chine, dit-il sans sourciller, a établi un nouveau standard de qualité dans sa réponse à l’épidémie. » Il invite les pays du reste du monde à ne pas restreindre leurs liaisons aériennes avec la Chine… et se refuse (à la demande expresse de Xi Jinping, affirment les Américains) à déclarer une « urgence sanitaire internationale » (PHEIC  - Public Health Emergency of International Concern).

48 heures plus tard la réalité l’oblige à se rétracter! Les cas de coronavirus se sont multipliés en Chine, les morts sont recensés par dizaines. Tous les jours. Et il ne s’agit là que de statistiques officiels. 

La plupart des compagnies aériennes ont pris les devants et supprimé leurs liaisons avec la Chine. Lorsque Donald Trump annonce qu’il ferme les frontières américaines à la Chine, le 31 janvier, il ne fait qu’entériner ce qui est déjà un fait accompli global. Et pourtant les critiques pleuvent, y compris celle de l’OMS, touojours par la voix de Ghebreyesus, qui invite les pays membres « à ne pas prendre de mesures pour restreindre les déplacements et le commerce international ». Ces mesures « font plus de mal que de bien » estime-t-il le 3 février. Il affirme au passage qu’en dehors de la Chine le virus « progresse peu et lentement ».  « Les chances que ce virus se propage à l’extérieur de la Chine sont très faibles», dit-il. On connait la suite !

Le 16 février une équipe d’experts de l’OMS est enfin autorisée à se rendre en Chine. Soit six semaines après le début de l’épidémie! Ils ne sont pas là pour enquêter, mais pour une visite guidée et encadrée. La visite de Wuhan est limitée à une journée, la dernière du séjour. Elle se fait sans les deux membres américains de cette équipe d’experts à qui Pékin refuse tout accès à Wuhan. Néanmoins l’OMS n’émet aucune protestation et Ghebreyesus continue de louer la coopération et la transparence des autorités de Pékin. 

A cette date, plusieurs cas sont déjà apparus aux Etats-Unis, en Allemagne, en Italie, en France, au Royaume-Uni, en Belgique et ailleurs avec pour point commun d’être reliés à des personnes ayant séjourné à Wuhan. La Chine a laissé le virus s’échapper et se répandre dans le monde, avec la complicité de l’OMS. 

Croyant à une répétition de l’épidémie de « SRAS » de 2002 (qui avait fait beaucoup moins de victimes que ce que les projections initiales avaient évoqué) , les dirigeants  du monde entier n’ont pas voulu alarmer leurs populations en imposant immédiatement des mesures très restrictives pour contenir la propagation du virus… D’autant que l’OMS affirme, à la suite d’informations chinoises,  que « le Covid 19 se transmet plus difficilement que la grippe classique ». Le risque de transmission par des personnes asymptomatiques est dit « faible ». La réalité prouvera ces affirmations largement erronées.

Alors que le 10 Mars,  Xi Jinping visite Wuhan et déclare « victoire contre l’épidémie locale », l’Europe et les Etats-Unis se préparent au confinement et s’enfoncent dans une crise économique sans précédent, tandis que des milliers de personnes décèdent chaque jour dans des hôpitaux débordés…  

Au lendemain de cette victoire chinoise, le 11 mars, l’OMS déclare enfin une « pandémie globale ».  Le virus est alors présent dans 114 pays. Alors que son agence a systématiquement minimisé les risques de contagion internationale, Ghebreyesus ne peut s’empêcher de critiquer « l’inaction » des pays occidentaux. 

Dès le mois d’avril les langues se délient et les enquêtes journalistiques commencent à détailler l’ampleur des mensonges chinois. Donald Trump change radicalement de ton. Le 7 avril, il accuse l’OMS d’avoir « raté l’épidémie », délibérément ou par incompétence. « Ils (les experts de l’OMS) ont raté l’épidémie…Ils ne l’ont pas vue, où alors ils l’ont vue mais ils ne l’ont pas dit. » En conséquence, dit-il, les Etats-Unis vont suspendre leur contribution à l’OMS. Au moins le temps de faire la lumière sur ses disfonctionnements. 

La contribution américaine à l’OMS n’est pas anodine. Les Etats-Unis sont le premier pilier financier de l’Organisation avec des versements annuels de 500 millions de dollars environ, soit 12 à 15% de son budget. La Chine verse 80 millions par an environ, six fois moins que les Etats-Unis ! 

L’enquête américaine est achevée un mois plus tard. Elle confirme les « sérieux soucis déjà identifiés » et met à jour « d’autres manquements… Elle révèle  aussi « un manque d’indépendance alarmant de l’OMS vis-à-vis de la République populaire de Chine. » 

Ce manque d’indépendance, voire cette tendance à se faire le porte-parole de la propagande chinoise, n’est pas surprenant.

D’une part la Chine cherche depuis plusieurs années à accroitre son influence au sein des grandes agences internationales. Il s’agit à la fois de tirer un profit économique de telles positions, en faisant pression à tous les échelons du système pour ses intérêts, et également d’améliorer son image internationale, par les actions menées.   

D’autre part Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS est personnellement redevable à la Chine pour son poste. Il a été élu en mai 2017 avec le soutien de Pékin et des pays africains, aux dépens d’un candidat britannique soutenu par les Etats-Unis et les pays occidentaux. Or Ghebreyesus n’est pas médecin. C’est un politique. Il a été ministre de la santé, puis des Affaires étrangères de l’Ethiopie. Il sait retourner une politesse. Dès son élection il avait nommé l’ancien dictateur du Zimbabwe Robert Mugabe à un poste prestigieux d’ambassadeur de l’OMS, car Mugabe avait activement soutenu sa candidature en sa qualité de président l’Union Africaine. Au passage le nouveau siège de l’UA, construit et financé par Pékin en 2012, se trouve à Addis Abeba, capitale éthiopienne. 

L’Ethiopie est, par ailleurs, un des plus gros clients de la Chine en Afrique. La moitié de la dette publique éthiopienne est constituée de prêts chinois : la Chine y est le premier investisseur étranger, avec des engagements annuels de 150 millions de dollars et des milliers de projets industriels en cours. C’est notamment grâce aux investissements chinois que l’Ethiopie connait depuis une décennie un certain décollage économique... 

Aujourd’hui Donald Trump n’est pas le seul à tirer à boulets rouges sur l’OMS. Le Premier ministre britannique, Boris Johnson a dénoncé sa duplicité et les services de renseignements britanniques ont critiqué Pékin pour sa gestion de la  pandémie. Idem pour Scott Morrison le Premier ministre australien, qui dénonce les « pressions inacceptables » de Pékin sur ses partenaires commerciaux, et le chantage que le pouvoir communiste exerce sur ces pays au sein des instance internationales. Présidente de la Commission européenne l’Allemande Ursula Van Der Lieden, a également demandé une enquête. Même la président français Emmanuel Macron a parlé de « fonctionner différemment après la crise ». La Nouvelle Zélande et le Canada, qui coopèrent avec l’Australie, le Royaume Uni et les Etats-Unis dans le domaine du renseignement, demandent également une double enquête internationale sur l’OMS et sur la Chine. 

Peu probable que la Chine laisse faire. Pourtant au-delà de l’OMS, c’est bien elle qui est pointée du doigt. Les relations commerciales entre la Chine et le reste du monde pourrait en être bouleversées.  66% des Americains ont une opinion défavorable du pays. Apple, qui produit pour 200 milliards de dollars d’équipements en Chine évoque de déménager une partie de ses opérations ailleurs en Asie du Sud-Est… De nombreux pays veulent rapatrier à l’intérieur de leurs frontières certaines productions essentielles, dont l’équipement médical. De quoi affaiblir considérablement Pékin. 

Tandis que la crise sanitaire du coronavirus semble en voie de se résorber, une autre crise, diplomatique, économique et durable,  se développe. L’OMS n’est que le premier fusible d’une nouvelle « guerre froide »  qui ne dit pas encore son nom. 

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