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Pendant 48 heures, la ville des Ulis (Essonne) a été le théâtre de scènes de fortes violences.
Pendant 48 heures, la ville des Ulis (Essonne) a été le théâtre de scènes de fortes violences.
©Christophe Jacquet / Wikipedia

Chut !

Pourquoi ce silence sur les Ulis ? Sans doute parce qu'on n'y décapite pas…

Omerta ici, bruit là. Mais la vérité nulle part.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Je lis dans Atlantico que pendant 48 heures la localité des Ulis a été le théâtre de scènes de  guerre civile ou, pour rester modéré, de guérilla urbaine. Une violence sans limites et une détermination farouche de la part des "insurgés", c'est-à-dire des "jeunes" de la ville, décidés à en découdre avec la police. Je lis ça dans Atlantico. Et nulle part ailleurs.

Le préfet du département n'a rien dit sur ces affrontements. Bernard Cazeneuve non plus ne s'est pas exprimé. Et on n'a pas entendu le porte-parole du gouvernement déclarer que ces violences étaient "inacceptables" et que leurs auteurs seraient poursuivis et châtiés conformément aux lois de la République.

En revanche, je lis partout que trois "jeunes" qui voulaient, selon les codes de l'Etat islamique, décapiter un officier français ont été arrêtés avant que leur projet soit mis à exécution. Et là – excusez du peu –, c'est le président de la République qui en a parlé le premier. Manuel Valls et Bernard Cazeneuve ont embrayé comme il se doit.

L'opposition cherche querelle au pouvoir à propos de cette affaire, l'accusant d'"instrumentalisation  politique". Une controverse classique, rhétoriquement banale, qui ne vaut pas commentaire. Réplique du gouvernement par la bouche de Ségolène Royal : "Il est bon de montrer aux Français qu'ils sont protégés."

Protéger les Français, c'est un joli programme et, quand il vient de la gauche, il est supposé avoir une saveur douce et virginale que n'avaient pas des propos identiques s'ils étaient tenus par Nicolas Sarkozy. Pour un gouvernement socialiste c'est un choix nécessairement douloureux. Car il a posé comme a priori fondamental de son discours de ne jamais "stigmatiser" l'islam. En même temps il n'est pas insensible aux éventuels bénéfices politiques d'une mise en lumière de son savoir-faire sécuritaire. Il a donc tranché (pas à la hache ou au couteau, comme envisageaient de le faire les trois jeunes djihadistes).

S'agissant des Ulis, le gouvernement applique sans réserve le même principe de "non-stigmatisation". Ne rien dire qui puisse montrer du doigt les "jeunes de banlieue". Et là, pour le coup, pas d'état d'âme, pas de débat cornélien. Le silence ! Car en parler aurait, selon l'abc doctrinaire de la gauche, profité au Front National et à lui seul. Un silence d'autant plus facile à observer qu'aux Ulis il y a eu ni mort d'homme, ni décapitation, ni tentative de décapitation.

Voilà une façon parfaitement hypocrite de "protéger" les Français contre on ne sait quelle tentation raciste et xénophobe. Mais "protéger les Français", c'est quand même aussi protéger les habitants des Ulis. Ils sont français, non ? C'est protéger les habitants de Trappes, d'Amiens, de Roubaix, de Toulouse, etc. Ils sont français, n'est-ce pas ? C'est protéger tous ceux dont les voitures brûlent le jour de l'An ou le 14 Juillet. Tous ceux qui prennent des bus régulièrement caillassés sur des trajets dits "sensibles". Ils sont également français. Et cela quelle que soit leur origine.

Le silence des Ulis est pire que celui des agneaux… Il fait un bruit terrible. Tous les habitants des Ulis savent ce qui s'est passé aux Ulis, en connaissent ou en devinent les auteurs. Ils ont de la famille, des amis, des connaissances, en dehors des Ulis. Ils téléphonent, envoient des mails et la nouvelle se répand partout. Atlantico en parle : d'autres sites le relaient. Et alors vient l'interrogation : "Pourquoi nous le cache-t-on ?" Et c'est ainsi qu'on nourrit une colère autrement plus dévastatrice que la peur du couteau djihadiste.

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