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Les utilisateurs de smartphone ne sont pas uniquement utilisateurs de smartphones.
Les utilisateurs de smartphone ne sont pas uniquement utilisateurs de smartphones.
©Reuters

Too much

Pourquoi achetons-nous des téléphones si performants pour ne finalement jouer qu'à Candy Crush saga ?

Le dernier smartphone sorti en date est celui d'Amazon, le Fire-Phone. Celui-ci propose tout un tas de fonctionnalités, telles que la possibilité de suivre le mouvement des yeux sur l'écran ou encore la 3D. Noyés parmi une foule de fonctionnalités, la question qui se pose est : à quoi bon si l'on ne s'en sert pas.

Laurence Allard

Laurence Allard

Laurence Allard est sociologue de l’innovation et ethnographe des usages des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Elle est également maîtresse de conférences en Sciences de la Communication, enseignante à l’Université Lille 3, et chercheuse à l’Université Paris-3, IRCAV (Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel). Elle travaille sur les pratiques expressives digitales (Web 2.0, remix, internet mobile), des thèmes «mobile et société», «politique technique et art/culture» ou la «culture des data». Elle est en particulier l’auteure de «Mythologie du portable» (Éditions Le Cavalier Bleu, 2010). Son dernier livre "Téléphone mobile et Création", publié aux Editions Armand Colin a été co-dirigé avec Laurent Creton et Roger Odin. 

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Atlantico : Le 19 juin dernier, Jeff Bezos, patron d'Amazon, annonçait la naissance de son premier portable, le Fire-Phone. Celui-ci comprend toute une panoplie de fonctionnalités, telles qu'une application permettant d'obtenir des informations sur plus de 100 millions d'objets ou encore la 3D. Pour autant, il semblerait que nos smartphones nous servent aujourd'hui principalement à envoyer des messages et à jouer. Les utilisateurs de smartphones utilisent-ils réellement l'intégralité des fonctionnalités - et non d'applications - proposées par leur téléphone ? Combien de fonctionnalités utilisons-nous en moyenne par jour ?

Laurence Allard : Les utilisateurs de smartphone ne sont pas uniquement utilisateurs de smartphones. Selon le rapport du CREDOC datant de décembre 2013, 64 % des Français sont multi-équipés, c'est-à-dire qu'ils ont aujourd'hui à disposition toute une panoplie d'outils, de terminaux ayant des fonctionnalités différentes. On compte en moyenne six écrans par foyer. Et ces six écrans, on va les utiliser différemment suivant nos contraintes de temps, d'obligation, etc. Mais aussi selon nos préférences. Par exemple, certaines personnes préféreront utiliser un véritable appareil photo plutôt que leur téléphone, ou d'autres encore préféreront envoyer des mails depuis un ordinateur.

Il y a également de nombreuses fonctionnalités que l'on va trouver sur son téléphone sans les utiliser parce que l'on aura voulu les essayer à un moment donné sans avoir accroché par la suite, ou encore par paresse de nettoyer. Il faut également prendre en compte la curiosité de chacun.

Comment expliquer que malgré tout nous armons-nous de ces véritables couteaux-suisse modernes ?

On achète ce type de téléphone principalement par nécessité sociale. Les téléphones d'aujourd'hui permettent de multiplier les moyens de communication. On peut choisir d'écrire un message texte, d'envoyer une photo, de laisser un message vocal et même de dessiner. On parle ici de multimodalité de la communication, c'est-à-dire qu'aujourd'hui elle va être visuelle, textuelle ou sonore. Par conséquent, il est devenu nécessaire de s'adapter aux modes de communication de ses interlocuteurs, de peur d'être exclu. Acquérir de tels téléphones est devenu une nécessité d'ordre social, une nécessité pour celui qui veut entrer dans le jeu des formes d'intéraction sociale du moment, même si certains s'en trouvent forcés.

Quel impact autant de fonctionnalités peuvent-elles avoir sur notre moral et notre quotidien ?

Pour la plupart des gens, il s'agit quand même d'un plaisir. Mais il est vrai que de nombreuses personnes se retrouvent face à une panoplie d'outils sur leur smartphones et se sentent un peu dépassés. J'appelle ça la "fatigue de la connexion". Mais cela dépend beaucoup de l'usager, de ses compétences, de sa curiosité, de ses contraintes personnelles, de ses obligations, etc.

Peut-on constater une tendance à la téléphonie plus simple ?

Il y a effectivement une certaine tendance à se tourner vers des téléphones plus simples. Mais une fois de plus, les raisons sont différentes suivant les usagers. Certains vont choisir des vieux téléphones afin d'adopter un côté vintage, d'autres encore vont choisir ce type de téléphone car ils préfèrent tout simplement envoyer leur mail ou prendre des photos via les objets destinés spécialement à ces usages.

Mais il faut savoir que lorsque les téléphones portables ayant la fonctionnalité SMS sont sortis en 1992, il s'agissait déjà à l'époque d'une révolution. Le téléphone est devenu une véritable "machine à écrire", pour reprendre les termes de Maurizio Ferrari. 

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