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Pour le Medef, le changement ça devrait aussi être maintenant !
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Rébellion

Pour le Medef, le changement ça devrait aussi être maintenant !

Le mandat de Laurence Parisot à la tête de l'organisation patronale court encore pendant un an. Mais le Medef est-il toujours un interlocuteur crédible face au nouveau gouvernement socialiste de Jean-Marc Ayrault ? Certains chefs d'entreprise français se posent la question...

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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Les chefs d’entreprise se posent aujourd’hui la question de savoir si le Medef est un interlocuteur crédible face au nouveau gouvernement. Plus que jamais la question est de savoir ce qu’on attend d’un mouvement dit représentatif des entreprises de France.

La présidente du Medef n’aurait-elle pas dû au cours de cette campagne présidentielle défendre les bases nécessaires à la prospérité des entreprises plutôt que de publier un ouvrage contre un des candidats aux dernières élections présidentielles ? Fallait-il par la suite se colorer politiquement en soutenant le président de la République sortant ? Fallait-il pendant ce quinquennat être aussi attentif et proche du pouvoir en place ? Fallait-il, quelques jours avant l’élection présidentielle, louvoyer en se déclarant finalement sur la même ligne que celui que les sondages donnaient à juste titre gagnant. Le malaise est sensible et les changements de caps pseudo-politiques nombreux.

On attendait une prise de position sur des sujets fondamentaux qui touchent l’opinion publique et qui ont donc des répercussions sur les décisions politiques, on pense en particulier aux salaires « des grands patrons ». Les entrepreneurs de France peuvent en vouloir au Medef de son silence pesant sur le sujet et de sa tolérance vis-à-vis de comportements indécents dans la période actuelle en la matière. Aujourd’hui toutes les PME vont payer ces comportements et en matière d’image et par des mesures de répression fiscale.

Lorsque l’instance patronale fait défaut et se montre indifférente ou incapable d’autorégulation, le politique prend le relais et que l’on ne s’étonne pas des lois qui menacent en ce moment pour limiter les salaires ! Le code AFEP / Medef a été ignoré sinon sur le fond, du moins sur la forme et pourtant c’est là qu’on aurait aimé entendre le représentant des patrons. La commission éthique du Medef a été inaudible, et comment aurait-elle pu communiquer puisque chacun des membres qui la composent a signé au départ un engagement justement à ne pas communiquer sur des travaux menés. Le doute s’installe lorsqu’on sait que le patron de Publicis, président de l’AFEP devient un interlocuteur peu fréquentable pour le pouvoir en place et que le président élu a refusé de rencontrer Laurence Parisot pendant sa campagne. Le patron de base se sent bien seul et bien curieusement représenté. Yvon Gattaz en son temps avait su amener sur des bases saines François Mitterrand à l’économie de marché…

On aurait aimé que se prononce à diverses reprises le mystérieux « Comité des Sages sur les rémunérations » (proposé par le Mouvement ETHIC et demandé par le Premier ministre de l’époque, François Fillon) et qu’il ait accepté d’œuvrer au grand jour ; il suffisait de le décider pour que ce comité ait le droit de s’autosaisir. En l’état actuel des choses, pour intervenir il faut que quelqu’un de l’entreprise concernée par un salaire abusif du dirigeant en fasse une demande officielle (processus obscur et marche à suivre quasi impossible à trouver). A coté de cela, des sujets qui suscitent toute la passion de la présidente ne sont pas des plus consensuels comme par exemple la bataille pour le congé de paternité…

Cette élection présidentielle, et les législatives qui vont suivre sont déstabilisantes pour les chefs d’entreprises déjà affectés par une instabilité juridique et fiscale chronique. Ils ne savent pas ce qui les attend et n’ont aucune visibilité tant sur les lois sociales que sur l’augmentation du SMIC ou les heures supplémentaires… sans parler des impôts. En cette période trouble il faut un repère et un leader, un porte-parole neutre et indiscutable des entrepreneurs. En quoi la ligne du Medef est-elle claire ? Quelle est sa stratégie ? On apprend dans une interview récente que la Présidente approuve les résolutions de Pascal Lamy et de Jacques Attali. Est-ce parce qu’ils sont de gauche ? Qu’en pensent les patrons ? Que viennent faire là des positions sur l’avenir  de l’Europe ?

On a aujourd’hui le sentiment d’un rétropédalage consistant à se mettre bien avec la nouvelle majorité politique ; ce n’est pas ainsi que l’on se fait respecter et cela augure mal d’un dialogue constructif sur les vrais sujets d’autant que la crédibilité du Medef est justement entachée et dans l’opinion publique et face à un Gouvernement qui a fait sa campagne sur les excès financiers que le Medef a souhaité ignorer. On ne peut plus aujourd’hui prétendre être une organisation professionnelle indifférente face à cette même opinion publique, on voit bien que la croissance est de plus en plus liée à l’image, on attend des valeurs et qu’elles soient respectées et expliquées ; on attend aussi des réactions immédiates en cas de conflit ou de drame social sans laisser le politique se précipiter seul sur place et faire semblant de trouver des solution alors que pendant ce temps là, le Medef semble ne rien avoir à dire et n’être en aucune manière concerné ; peut être, mais alors il faut le dire et expliquer pourquoi…

Aujourd’hui, les patrons veulent que leurs entreprises réussissent et c‘est bien la seule condition pour que la croissance revienne. C’est cela qu’il fallait marteler et qu’il faut encore et encore revendiquer en faisant une saine pédagogie de la place de l’entreprise et de la conception de l’éthique patronale. Vouloir privilégier le dialogue social plutôt que d‘être gérés par les lois est une approche louable à condition de ne pas jouer sur tous les tableaux et à ne pas prendre parti : la CGT pour Hollande et le Medef pour Sarkozy, c’était franchement une mauvaise idée et les entreprises n’appréciaient pas du tout.

Il y a vraiment autre chose à faire et à dire, et les contorsions qui ont précédé et suivi l’élection présidentielle pour être sur la ligne gouvernementale n’ont pas été très glorieuses. On ne doit pas laisser les responsables politiques s’approprier seuls la stratégie économique du pays, fondée sur nos entreprises. C’est le monde à l’envers : la présidente du Medef se bat contre Marine Le Pen et les candidats décident de nos investissements ! Est-ce qu’attendent nos 3 000 000 d’entrepreneurs ?

En revanche, on reste sur sa faim sur les sujets qui taraudent les chefs d’entreprise : contre-propositions sur les projets fiscaux, réflexion poussée sur l’investissement ; l’Etat doit-il vraiment investir et comment ? Dans quel domaine ? Dans quels secteurs ? C’est tous les jours qu’il faut réagir, contrecarrer, proposer, pas à coup de grandes messes infructueuses.

Alors certes, un nouveau président du Medef sera élu dans un an, mais un an c’est bien long lorsque la France a décidé que le changement c’est maintenant … pour le patronat ce doit être tout de suite ! Nos entreprises ont des échéances et des décisions à prendre tous les jours. La confiance c’est d’abord celle que l’on accorde à ses représentants pour qu’ils fassent passer les bons messages.

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