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Portugal : « Il est temps 
que ce jeu ridicule cesse »
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Crise de la dette

Portugal : « Il est temps que ce jeu ridicule cesse »

Mercredi 15 juin, le Portugal doit honorer une dette de 5 milliards d'euros auprès de ses créditeurs. L'occasion de faire le point sur la situation du pays avec l'économiste Pascal de Lima, deux mois après l'appel à l'aide du FMI et de l'UE pour sauver le pays du défaut de paiement.

Pascal de Lima

Pascal de Lima

Pascal de Lima est un économiste de l'innovation, knowledge manager et enseignant à Sciences-po proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  (conférences données à Rio, Los Angeles, Milan, Madrid, Lisbonne, Frankfort, Vienne, Londres, Bruxelles, Lausanne, Tunis, Marrakech) spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques. Après 14 années dans les milieux du conseil en management et systèmes d’information (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'ADL et Altran 16 000 salariés, toujours dans les départements Banque-Finance...), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il dispense actuellement à Sciences-po Paris des cours d’économie. Il a enseigné l'Economie dans la plupart des Grandes Ecoles françaises (HEC, ESSEC, Sup de Co, Ecoles d'ingénieur et PREPA...).

De sensibilité social-démocrate (liberté, égalité des chances first et non absolue, rééquilibrage par l'Etat in fine) c'est un adèpte de la philosophie "penser par soi-même" qu'il tente d'appliquer à l'économie.

Il est chroniqueur éco tous les mardis sur Radio Alfa, 98.6FM, et chroniqueur éco contractuel hebdomadaire dans le journal Forbes.

 

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Les discussions sur le plan d'aide financière pour le Portugal ont été longues. Les membres de la Troïka (UE-BCE-FMI) ont donc été chargés de négocier un plan palliatif, plus qu'un plan de sauvetage d'une économie, et disent avoir rencontré toutes les organisations patronales du pays. Car en effet, on oublie souvent que la Troïka discute avec les représentants de tous les secteurs afin d'essayer de trouver des solutions à la crise portugaise, qui reste mondiale.

Nationale est plutôt l'inquiétude des confédérations syndicales. Car si l'argent du FMI et de l'UE apparaît comme un don du seigneur, en réalité ces aides financières ont un coût social que personne ne calcule. Les aides financières ont un coût social ! Oui, difficile à comprendre, mais elle pointe directement les mesures qui se cachent derrière ces aides financières. En clair, les contreparties exigées par la Troïka : réforme du code du travail déjà bien compliqué, compression connue de certaines dépenses sociales. Au total, il faudrait calculer les gains à court terme des aides du FMI + les gains à long terme - les coûts sociaux à court terme et à long terme ainsi que les coûts financiers.

Le paradoxe de l'agriculture

Ajoutez à cela certains coûts économiques... car il est une situation étrange au Portugal et assez méconnue du FMI : l'importance du secteur agricole en période de crise. Joao Machado par exemple, Président de la Confédération des agriculteurs portugais, a insisté sur l'importance de ce secteur en ajoutant qu'au Portugal, contrairement aux autres pays européens, ce secteur agricole créait davantage d'emplois en période de crise. Hum, vaste sujet… Il faut donc laisser émerger cette possibilité en temps de crise et ne pas l'étouffer.

C'est que les discussions doivent être animées de profonds débats économiques la manière de relancer la croissance. Agriculture ? Services financiers ? Pour la Confédération du commerce et des services du Portugal (CCP), il est nécessaire d'assurer la garantie des conditions bancaires qui financent les entreprises. 

A la plage en plein après-midi

Ce qui est sûr c'est que les représentants de la Commission européenne, de la BCE et du FMI attendent également les propositions de la Confédération du tourisme portugais. Certaines mauvaises langues disent que le FMI qui s'était rendus au Portugal avait été surpris de voir de nombreux Portugais à la plage en plein milieu d'après midi.

« La paresse est une qualité », je me souviens aussi de cette phrase d'un professeur de philosophie de terminale. Bref, ce qui est sûr c'est que le FMI n'aime pas la paresse et le nouveau gouvernement de Pedro Passos Coelho [issu des élections du 5 juin] a de toute façon déjà dit son souhait de ne pas faire obstacle aux contreparties exigées par la Troïka. Le leader du CDS [conservateur, arrivé 3ème], Paulo Portas, a pour sa part défendu "un programme qui permette la croissance économique" à condition qu'il ne remette pas en cause "le soutien aux personnes âgées". 

Le pays connaît aujourd'hui un déficit de 8,6% du PIB et une dette de 159,5 milliards d'euros, soit 92% du PIB. Il doit aujourd'hui inverser cette tendance s'il veut pouvoir bénéficier de l'aide européenne et la rembourser au prix fort ! Pour la rembourser au prix fort, une solution était simple et radicale : abaissement des dépenses, révision de la durée et du montant des indemnités chômage et hausse des impôts. Voilà, c'est clair. Des mesures devront peser sur les ménages aussi. En attendant, aujourd'hui, le Portugal doit honorer une échéance de 5 milliards. Avec ces mesures drastiques, rien d'autre qu'une nouvelle émission pour financer les dépenses publiques futures, etc... Il est temps que ce jeu ridicule cesse.

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