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Comme on l'avait constaté au moment de la primaire du PS, des effets de fiefs locaux et régionaux se dessinent et sont plus marqués que lors d'une élection présidentielle.
Comme on l'avait constaté au moment de la primaire du PS, des effets de fiefs locaux et régionaux se dessinent et sont plus marqués que lors d'une élection présidentielle.
©DAMIEN MEYER / AFP

Synthèse de toutes les droites

Portrait de la droite 2017 : tous les enseignements de la carte électorale de la primaire de la droite et du centre

Arrivé largement en tête du premier tour de la primaire de la droite et du centre, François Fillon réalise presque un sans-faute lorsque l'on se penche un peu sur l'analyse géographique des résultats.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Au regard de la carte électorale, quels enseignements peut-on tirer du premier tour de la primaire de la droite et du centre ?

Jérôme Fourquet : Le premier enseignement est que la domination nette de François Fillon au plan national se retrouve aussi géographiquement puisqu'il s'est imposé sur la quasi-totalité des départements. Deuxièmement, comme on l'avait constaté au moment de la primaire du PS, des effets de fiefs locaux et régionaux se dessinent et sont plus marqués que lors d'une élection présidentielle. Cela se comprend aisément, d'une part parce que le corps électoral est plus restreint et d'autre part parce qu'il est plus homogène idéologiquement (puisque les électeurs viennent majoritairement de la même famille politique). Voter pour le régional de l'étape contre un autre candidat issu de sa famille politique est plus aisé que voter pour le régional de l'étape dans une élection présidentielle où celui-ci peut être un candidat qui ne partage pas vos idées ou convictions politiques. Le facteur géographique et la proximité à l'ancrage régional s'expriment donc avec toute leur force.

François Fillon a fait 78% dans la Sarthe quand Alain Juppé fait 55% des voix en Gironde. Si François Fillon a dominé partout sur le territoire, sa domination est la plus imposante à proximité de son fief historique qu'est la Sarthe : il est à 64% en Mayenne, 55% dans l'Orne, 56% en Eure et Loire ou en Vendée. Il y a donc un effet de fief qui est dilaté. En ce qui concerne Alain Juppé, il est intéressant de noter que son effet de fief est plus limité géographiquement : il domine encore dans les Landes voisines de la Gironde (44,4% pour Jupé contre 32,9% pour Fillon), mais dans le Lot-et-Garonne il est à touche-touche avec Fillon (36% pour Juppé contre 35% pour Fillon). Si les effets de fief ont fonctionné, ils sont majeurs pour Fillon et moindres pour Juppé, qui est sérieusement concurrencé par Fillon, y compris à proximité immédiate de son département d'implantation. C'est un signe supplémentaire de la puissance de la dynamique Fillon.

De la même façon, Nicolas Sarkozy disposait de bastions, non pas parce qu'il était élu dans ces territoires mais parce qu'il avait une affinité idéologique forte avec un certain nombre de départements de la région PACA. Or, dans ces départements-là, Fillon est en tête. Dans les Alpes-maritimes, Fillon a fait 40,8% des voix contre 34% pour Sarkozy. Pourtant, dans ce département Sarkozy a fait deux meetings et une dizaine de grands élus le soutenaient : il y avait donc un maillage sarkozyste très fort. Le constat est similaire dans le Var (43% pour Fillon, 32% pour Sarkozy, 18% pour Juppé), dans le Vaucluse (44% pour Fillon, 27% pour Sarkozy, 22% pour Juppé) et dans le Gard, où Sarkozy a fait son dernier meeting à Nîmes (43,4% pour Fillon, 28,7% pour Sarkozy et 22,1% pour Juppé).

Le cas de la ville de Meaux est intéressant : il y a un effet de fief relativement faible pour Copé qui fait 20% dans sa ville, soit beaucoup plus que sa moyenne nationale, mais qui n'arrive qu'en troisième position tandis que Fillon est en tête avec 30,5% des voix, ce qui est assez cocasse.

On voit donc une domination sans partage pour Fillon, des effets de fief surtout pour Fillon, et des effets de fief qui n'ont pas permis, qu'il s'agisse de Sarkozy en PACA, de Copé à Meaux et dans une moindre mesure de Juppé dans le grand Sud-ouest, de limiter la très forte poussée fillonniste. Ce dernier a été capable de rallier à lui l'électorat de droite conservateur catholique, mais aussi en partie modéré de l'Ouest de la France : dans la Loire, en Bretagne avec par exemple le Morbihan où il fait quasiment 50% des voix (49,9%), les Yvelines où il y a une grosse influence catholique, fief de Valérie Pécresse qui avait rallié Juppé et de Gérard Larcher qui avait soutenu Fillon où il fait 48,5% des voix. Mais Fillon fait également une percée sur les terres beaucoup plus droitières et déchristianisées du Sud-est. Il a réussi à incarner la synthèse des droites : conservateur sur les mœurs, libéral et réformateur en économie, très ferme sur les questions d'immigration et de sécurité.  

Autre élément intéressant pour le second tour : Alain Juppé a bénéficié de l'apport d'électeurs de gauche qui se sont invités à la primaire. C'est très clair quand on regarde Paris : Fillon est à 42% et Juppé à 36,7%. Dans les circonscriptions de l'est de Paris, Juppé frôle les 50% (48% dans la 18e circonscription, 47% dans la 7e, et 49% dans la 5e). A l'inverse, dans les circonscriptions de l'ouest, c'est Fillon qui prend l'ascendant. En Seine-Saint-Denis, Juppé est en tête avec 36% contre 31,7% pour Fillon et dans le Val-d'Oise, c'est à Mantes-la-Jolie que Juppé enregistre le meilleur score. Dans les Bouches-du-Rhône, Juppé fait son meilleur score (42,7%) dans la 4e circonscription détenue par le socialiste Patrick Mennucci et correspondant à une partie du centre de Marseille (1er, 2e 3e arrondissement). La Seine-Saint-Denis, Mantes-la-Jolie et cette circonscription de Marseille montrent bien la prime dont a bénéficié Juppé dans des territoires de gauche marqués par une forte présence de populations issues de l'immigration. Il y a à la fois les quartiers, les arrondissements bobos de l'est parisien mais aussi un certain nombre de territoires de banlieue ou du centre de Marseille marqués par une forte présence issue de l'immigration. On peut penser que dans ces territoires, Alain Juppé a bénéficié d'un vote anti-Sarkozy qui n'émanait pas principalement d'électeurs de droite.

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