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Pierre Moscovici appelle les pays producteurs de pétrole à augmenter leur production. L'objectif : faire baisser les prix des carburants.
Pierre Moscovici appelle les pays producteurs de pétrole à augmenter leur production. L'objectif : faire baisser les prix des carburants.
©Reuters

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Pierre Moscovici veut un accroissement de la production pétrolière et une baisse des prix : le G7 peut-il faire plier l'OPEP ?

Le ministre de l'Économie et des Finances Pierre Moscovici a annoncé mardi soir que le G7 allait appeler les pays producteurs de pétrole à augmenter leur production "pour faire baisser les prix" des carburants.

Francis Perrin

Francis Perrin

Francis Perrin a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste et consultant indépendant sur l’énergie et les matières premières. Il est chercheur associé au Policy Center for the New South (Rabat) et directeur de recherche à l'IRIS (Paris).

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Atlantico : Les grands pays industrialisés du G7 ont demandé aux pays pétroliers d’augmenter leur production afin de faire baisser les prix. Concrètement, le G7 peut-il faire plier l'OPEP ?

Francis Perrin : Ce n’est pas la première fois – et certainement pas la dernière fois – que les pays industrialisés adressent une pareille demande à l’OPEP, directement ou indirectement. La réponse traditionnelle de l’OPEP consiste à dire que l’organisation est prête à augmenter sa production s’il y a un réel besoin de plus de pétrole sur le marché, soit parce que la demande augmente, soit parce que l’offre diminue pour des raisons politiques, techniques, sociales ou autres, soit parce que la demande augmente et l’offre diminue à la fois. Ce n’est pas la situation actuelle sur le marché pétrolier international. Il n’y a pas de pénurie de pétrole et l’offre couvre la demande. Cela peut évidemment changer pour diverses raisons.

L’appel du G7 vise en fait à ce que les producteurs mettent plus de pétrole sur le marché pour faire baisser des prix jugés trop élevés. Les prix sont effectivement élevés – le prix du Brent de la mer du Nord était de $112-113 par baril le 29 août – mais les producteurs n’ont pas forcément la même conception que les consommateurs de ce que signifie un prix élevé. Normalement, l’OPEP, dont la production est à un niveau élevé elle aussi en termes historiques, répond poliment niet à une demande de hausse de la production avec de telles motivations. De plus, il faut garder à l’esprit que, dans la situation actuelle, c’est surtout l’Arabie Saoudite qui est capable de répondre positivement car ce pays contrôle l’essentiel des marges de capacités de production non mobilisées.

Cela dit, pour l’Arabie Saoudite, le «bon» prix du pétrole est actuellement de l’ordre de $100/b, ce qui peut pousser ce pays à faire un effort, notamment en raison de la campagne présidentielle aux Etats-Unis, pays dans lequel le niveau des prix de l’essence (la part du gazole est très faible outre-Atlantique) alimente des critiques contre l’administration Obama. De plus, la situation économique difficile de l’Union européenne engluée dans la crise des dettes souveraines et le ralentissement économique mondial sont aussi des facteurs qui peuvent conduire l’Arabie Saoudite à faire un petit effort. Petit parce que ce pays a déjà beaucoup accru son débit depuis le début 2011 pour faire face à certaines conséquences du printemps arabe et aux incertitudes autour de l’Iran. Il n’y aura certainement pas de décision de l’OPEP de relever le plafond de production de l’organisation mais un geste de l’Arabie Saoudite, sans que cela soit annoncé avec tambours et trompettes, est possible. Ce n’est pas une certitude, loin de là.

Le ministre de l’Économie Pierre Moscovici a annoncé réfléchir à d'autres mesures ayant des conséquences plus durables pour le consommateur ? A quelles mesures fait-il référence et comment cela peut prendre forme en France ?

Le ministre a indiqué qu’après une période de trois mois marquée par une très légère baisse des taxes sur les carburants et un petit effort des distributeurs un mécanisme plus durable sera mis en place. A ce jour, on n’a cependant aucune information précise sur ce futur mécanisme et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’équation est complexe à résoudre. Pour un pays comme la France qui importe quasiment tout le pétrole qu’il consomme et qui dépend très lourdement des produits pétroliers (essence et gazole) pour le secteur des transports routiers, il n’y a pas de solution miracle face à une hausse des prix internationaux du pétrole brut, ce qui est le cas depuis le début juillet. A moyen terme, il faut certainement encourager beaucoup plus les économies d’énergie, le développement des transports en commun et d’autres modes de mobilité et de motorisation ainsi que chercher à protéger le plus possible les plus défavorisés plutôt que de compter sur un énième mécanisme en matière de fixation des prix.

Sachant que le pétrole est une énergie fossile et donc non renouvelable, n'est-il pas insensé d'espérer à long terme une baisse des prix ?

C’est une question clé. Il est en tout cas déraisonnable d’attendre dans le long terme une baisse des prix du pétrole. C’est effectivement une ressource non renouvelable, ce qui signifie que l’on épuise progressivement les qualités de pétrole les plus faciles à extraire et, donc, les moins coûteuses et qu’il faut aller de plus en plus produire du pétrole dont le contenu technologique est plus sophistiqué et dont le coût est plus élevé. Il est nécessaire que les prix du pétrole augmentent, en tendance, pour rentabiliser l’exploitation de bruts de plus en plus coûteux : réservoirs de plus en plus profonds et complexes géologiquement, plus grandes profondeurs d’eau, pétroles non conventionnels, etc.

De plus, la consommation de pétrole reste orientée à la hausse au plan mondial. Elle n’augmente plus dans les pays occidentaux mais elle est tirée à la hausse par les pays émergents et en développement. Hausse de la demande plus énergie non renouvelable : avec ce cocktail, il n’est pas réaliste de parier sur la baisse des prix, ni même de prier en ce sens. D’ailleurs, une hausse des prix du pétrole favorise le développement des autres sources d’énergie, y compris les énergies renouvelables, et incite aux économies d’énergie. Ce n’est pas une mauvaise chose pour la planète.

On parle beaucoup du G7 mais l'Agence internationale de l’Énergie (AIE) n'a t-elle pas également un rôle à jouer ?

L’AIE représente les intérêts des pays industrialisés consommateurs d’énergie. Elle conduit un dialogue régulier avec les pays producteurs, notamment ceux qui sont membres de l’OPEP. A plusieurs reprises dans le passé, l’AIE a elle aussi appelé l’OPEP à ouvrir davantage les vannes et elle pourrait le refaire à l’avenir.

L’AIE gère également les stocks stratégiques de pétrole détenus par les pays de l’OCDE. Certains pays occidentaux souhaitent qu’une partie de ces stocks soit vendue pour faire baisser les prix. La position de l’AIE est que ces stocks répondent à des situations réelles ou potentielles de rupture des approvisionnements, ce qui n’est pas le cas actuellement et n’est pas prévisible dans un avenir proche, sauf en cas de crise grave autour de l’Iran. De plus, faire baisser les prix de cette façon est très artificiel et l’effet serait de courte durée. Là encore, on n’est pas dans les solutions durables.

Propos recueillis par Charles Rassaert

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