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Et le pays d’origine des migrants qui arrivent en Europe à l’heure actuelle est… le Bangladesh
©Reuters

Changement de destination

Et le pays d’origine des migrants qui arrivent en Europe à l’heure actuelle est… le Bangladesh

La migration des Bangaldeshis vers l'Europe préfigure les migrations de l'avenir provoquées par des causes écologiques et démographiques avant tout, et facilitées par les désordres politiques du monde.

Jacques Barou

Jacques Barou

Jacques Barou est docteur en anthropologie et chargé de recherche au CNRS. Il enseigne les politiques d’immigration et d’intégration en Europe à l'université de Grenoble. Son dernier ouvrage s'intitule La Planète des migrants : Circulations migratoires et constitution de diasporas à l’aube du XXIe siècle (éditions PUG).

 

 

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Atlantico : Selon l'Organisation internationale des migrations, le Bangladesh serait le principal pays en provenance duquel proviendraient les migrants illégaux en Europe à l'heure actuelle. Quelles raisons expliqueraient ce phénomène ? 

Jacques Barou : Il y a des causes liées au pays lui-même, en particulier des causes environnementales. Le Bengladesh, avec 1 173 habitants au km2, est le pays le plus densément peuplé au monde. 10% de son territoire est sous les eaux et le delta du Gange et du Brahmapoutre, qui occupe 120 000 des 143 000 km2 du pays, est une zone fertile mais inondable. En 1998 et 2007, des inondations ont tué près de 4 000 personnes, détruit plus de 50km2 de terre, et poussé 30 millions de personnes à se déplacer. Le pays est le huitième au monde pour le nombre d'habitants avec plus de 168 millions. Le taux de fécondité a baissé au cours des dernières années mais dans les années 1980 il était de 6,6 enfants par femme en moyenne. Il en résulte aujourd'hui une pyramide des âges comportant des pourcentages de jeunes très élevés. Malgré des indices satisfaisants sur le plan économique avec un taux de croissance de 5%, le chômage des jeunes est très important. Ceux-ci ont depuis longtemps l'habitude d'émigrer clandestinement vers l'Inde et la Birmanie. Ces deux pays mènent depuis quelques années une politique répressive envers ces migrations non désirées. Il faut trouver des débouchés migratoires ailleurs. 

Traditionnellement, les flux migratoires en provenance du Bangladesh se dirigeaient vers les pays du Golfe persique. Comment ce changement peut-il être interprété ?  

Les conditions de vie des immigrés dans ces pays ont toujours été extrêmement difficiles : salaires très bas, conditions d'habitat déplorables, confiscation des passeports par les employeurs, ce qui réduit les possibilités de mouvement et de retour chez soi. Depuis la diminution du prix des hydrocarbures, les monarchies pétrolières du Golfe ont réduit les investissements dans les grands chantiers et la main d'oeuvre immigrée y est donc moins désirable.

Dans quelle mesure la situation libyenne pourrait-elle aggraver ces flux de migrants bangladeshis ? 

Les factions qui se disputent la Libye se financent par la vente du pétrole et ont donc besoin d'une main d'oeuvre bon marché. L'expérience des Bangladeshis dans l'industrie pétrolière les a amenés à aller vers ce pays d'où il est facile de gagner l'Europe. Depuis trois ans, les ressortissants du Bangladesh figurent parmi les plus importants groupes de demandeurs d'asile en France alors qu'il n'y a aucun lien historique entre le Bangladesh et la France. La grande majorité des demandeurs sont déboutés et deviennent des sans-papiers. La migration des Bangaldeshis vers l'Europe préfigure les migrations de l'avenir provoquées par des causes écologiques et démographiques avant tout et facilitées par les désordres politiques du monde. 

 

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