Patrick Besson : "J’ai toujours pris Salman Rushdie pour un triste con" | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Patrick Besson : "J’ai  toujours pris Salman Rushdie pour un triste con"
©MIGUEL MEDINA / AFP

Atlantico Litterati

Patrick Besson : "J’ai toujours pris Salman Rushdie pour un triste con"

« D’où parlez-vous ?», s’insurge l’écrivain Patrick Besson à propos de ceux qui, dans « Le Monde » ou ailleurs dans le camp du bien, s’indignent de voir le Nobel 2019 attribué à Peter Handke.

Annick  Geille

Annick Geille

Annick Geille est une femme de lettres et journaliste française, prix du premier roman 1981 pour Portrait d'un amour coupable et prix Alfred-Née de l'Académie française 1984 pour Une femme amoureuse. Elle est également la cofondatrice, avec Robert Doisneau, du magazine Femme.

Voir la bio »
Patrick Besson

Patrick Besson

 Patrick Besson est un écrivain et journaliste français.

Voir la bio »

Annick Geille : Dans « Solderie » (2004 Fayard),  vous évoquiez l’écriture de Peter Handke, par exemple dans la « Femme Gauchère ». Pourriez-vous préciser ce qui, en tant qu’écrivain et grand lecteur, vous touche chez Peter Handke ?

Patrick Besson : Le style de Peter est reconnaissable à la première ligne de tous ses textes : profondeur de la pensée et rapidité du style. Il a un sérieux, une gravité qu’allège une ironie coupante comme un couteau de cuisine. C’est l’écrivain du désarroi, du doute, de l’interrogation- et en même temps chacune de ses phrases est lourde de sens.

 

Dans « Le Monde » et autres  medias, certains font le procès du Nobel 2019  pour ses prises de position proserbes. Dans le « Guardian » par exemple, Salman Rushdie l’avait proposé pour le prix du « Crétin International »…Que vous évoquent ces mises à l’index ? 

J’ai toujours pris Salman Rushdie pour un triste con sans talent, l’exemple même du faux grand écrivain. Quant à la nullissime Sylvie Matton  et l’inénarrable  Olivier Py, ils ont commis une tribune vomitive sur Peter dans Le Monde, journal de référence devenu journal de déshérence. L’engagement de Peter en faveur d’un peuple calomnié et martyrisé, les Serbes, me semble l’une des rares preuves de courage qu’a donnée, lors de ces dernières décennies, la confrérie lamentable des écrivains européens.

 

Certains évoquent même le « Nobel du déshonneur »…

L’honneur n’est pas une qualité artistique, c’est un paravent décoré de fleurs artificielles que brandissent volontiers les lâches, les pourris et les corrompus.

 

L’artiste doit-il être jugé sur son art ou à l’aune de ses engagements ?

On devrait arrêter de juger les artistes et penser plutôt à les défendre. Et être jugé par qui ? Par ailleurs, on ne s’engage pas, on est engagé par sa colère, son indignation, son chagrin. Il y avait dans les medias européens un tel parti pris antiserbe qu’il était impossible de ne pas réclamer davantage de justice pour les Serbes. Peter l’a fait avec toute la rudesse de son génie, et il en a payé au siècle dernier, le prix qui n’était pas le Nobel. Il est du reste, après Harold Pinter et Dario Fo, le troisième écrivain « proserbe » à être couronné par Stockholm. Ca me laisse un peu d’espoir.

 

Toute grande œuvre est le fruit d’une humilité profonde, disait Valery Larbaud  dans ses chroniques sur le roman. Et selon vous, Patrick Besson, qu’est-ce qu’une grande œuvre ?

Votre ami Bernard Frank se moquait volontiers de ce concept nébuleux qu’on appelle « le grand écrivain ». La plupart d’entre eux sont enfermés, tels des pharaons embaumés, dans le sarcophage de leur célébrité mondiale. Quiconque a commencé un jour un roman sait trop à quel point il est déjà difficile d’être un écrivain.

 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !