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Parler de radicalisation des Républicains signifie-t-il autre chose qu’une tentative d’interdire à la droite certains débats inconfortables ?
©Capture d'écran Le Grand rendez-vous

Modération ou intimidation ?

Parler de radicalisation des Républicains signifie-t-il autre chose qu’une tentative d’interdire à la droite certains débats inconfortables ?

Thierry Solère a estimé que son parti n'avait « plus de républicain que le nom », dénonçant également « ceux qui se radicalisent un peu plus, qui veulent enfermer la droite dans ce qu'elle n'était pas à sa création, le rassemblement de la droite et du centre »

Roland Hureaux

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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Maxime  Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est un haut fonctionnaire français, qui a été conseiller de Nicolas Sarkozy sur les questions relatives à l'immigration, l'intégration des populations d'origine étrangère, ainsi que les sujets relatifs au ministère de l'intérieur.

Il commente l'actualité sur son blog  personnel

 

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Atlantico : Thierry Solère a déclaré sur RTL mercredi matin que "le parti Républicain se radicalise de plus en plus". Qu'entend-il par "radicalisé" ? Sous-entend-il que le parti devient dangereux ? Dans ce cas-là, en quoi le parti des Républicains l'est-il ?

Roland Hureaux : M. Solère a dit quelque chose de plus grave : que le parti républicain n’avait « plus de républicain que le nom ». Etre exclu de l’ « arc républicain », comme l’a été  le Front national,  mais jamais par exemple quelqu’un comme Chirac, c’est être mis au banc d’infamie,  c’est dire qu’on ne pourra plus parler avec les Républicains. Cela revient à déplacer le curseur de l’interdit qui se trouvait entre le Front nationalet  les autres pour mettre désormais  la frontière entre Les Républicains et qui ? En Marche, les constructifs ?

Singulière attitude pour un ralliéà  Macrondontl’élection à la présidence est fondée sur le déni des principes  républicains les plus sacrés : interdiction de toute interférencede la justice dans les affaire politiques   en préludeélectorale, séparation stricte de la  même justice avec le pouvoir exécutif. On peut y ajouter le monolithisme de la  pressealors que dès le XIXesiècle on a considéréqu’il n’y avait pas  de démocratie possible sans une presse pluraliste. J’ajoute que Macron a accru la présidentialisation  du régime : une cérémonied’investiture quasi-monarchique, pire « jupitérienne » ,  le recours aux ordonnances, la volonté de réduire  le poids du Parlement : il est prévu untiers de députés en moins (alorsily a  700 députés au Bundestag), demain deux tiers  puis pas de Parlement ? La loi sur la moralisation de la vie publique nourrit de manière sournoise la méfiance démagogique vis-à-vis des élus qui rappelle fâcheusement l’antiparlementarisme des Ligues dans les années trente. C’est dire que ce sont  les macronistes qui ne sont pas républicains. C’estassezlogique : les soutiensmassifs que Macron a reçu durant cette campagne (etdont  on ne sait rien du chiffre sans doute considérable) forment un véritable« parti de l’étranger » : rien que des gens  qui prônent le mondialisme  contre les intérêts français : on en voit le résultat  avec la cession scandaleuse à des intérêts étrangers de ce fleuron industriel français qu’est Alstom, cession entièrement organisée par Macron. Sous la Révolution, les « républicains » défendaient la patrie contre le parti  de l’étranger, contre  les émigrés de Coblence ; avec Macron, nous sommes à front renversé ! 

Doit-on dire après cela que ceux qui, au parti républicain refusent clairement   cela se « radicalisent » ?  Notons l’ambigüité du terme de « radicalisation » qui est aujourd’huiutilisépour parler des terroristesislamistes. M. Solère et ses amis feraient mieux de chercher de ce côté les véritablesennemisde  la République !

Il est vrai queLaurentWauquiez veut occuper pleinement   l’espace qui se situe à droite. Sur presque tous  les sujets,  les idées dedroite (contrôle de l’immigration, sécurité renforcée etc.) sont  aujourd’hui majoritaires. Au cours des dernièresannées,  lesRépublicains ont  laissé  le quasi-monopole de   ces idées au Front national. Evidemment,  ça arrangerait ses gens comme Macronou  Solère que ça continue comme ça – et de manière corollaire, le seul opposant reconnu serait Mélenchon. Wauquiez et  les siensne le voientpas  comme cela. Avec la crise que traverse le Frontnational, ils ont une occasion de reconquérir le  terrain perdu. Il est normal qu’ils tentent de la saisir profitent. 

Sont-ils d’ailleurs si radicaux ?  Quand on écoute le discours deWauquiez à la fête de la  Violette de dimanche dernier, organisée par GuillaumePeltier, il est beaucoup  question des « valeurs de la droite » , mais à aucun moment ne sont remis en cause le processus européen  ou les lois sociétalesde la gauche : pas de quoi fouetter un chat !

A propos  deradicalisation, je citerai une déclaration récente de Jeannette Bougrab qui dit  fort intelligemment que « le combat contre les bien-pensants occidentaux est une chose à bien des égards plus complexe (que le combatcontre le terrorisme).  Il est vital que nous commencions dès à présent cette autre déradicalisation des esprits », déradicalisation de la pensée unique  qui interdit qu’on ouvre les  yeux sur la réalité de l’islam.

Maxime Tandonnet : C’est une vieille histoire. Les Français montrent, de sondage en sondage, qu’ils n’ont plus confiance dans les politiques pour s’occuper des sujets qui les préoccupent, la sécurité, le chômage, le chaos dans certaines cités, la crise de l’école, la maîtrise des frontières, une Europe trop éloignée des citoyens. Quand un homme ou une femme politique veut ouvrir un débat d’idées sur ces questions, il se voit souvent diabolisé qu’il soit de à droite comme de gauche d’ailleurs. Jusqu’à présent, on avait les termes de « Lepénisation », « fascisme » ou « stalinisme »… Le mot « radicalisé » est une nouvelle forme d’insulte pour stigmatiser une réflexion qui ne respecte pas des bornes permises par le politiquement correct. La pensée unique, autour de l’individualisme, du culte de l’argent, rejet de l’autorité, des frontières et de la nation, ne laisse guère de marge au débat d’idées. Pourtant, le parti Républicain n’est pas dans une dérive antirépublicaine ou anti démocratique. M. Wauquiez a toujours affirmé qu’il n’acceptait aucune porosité avec les partis extrêmes. La réflexion actuelle des Républicains ne remet pas en cause le pacte républicain, le respect des droits et libertés, les principes constitutionnels et la démocratie. Cependant un parti politique dans l’opposition ne peut pas renoncer au débat d’idées ni à la réflexion libre destinée à préparer l’avenir.

Concrètement est-ce un procès qui a du sens selon vous ? Est-il vraiment justifié ou est-ce juste une forme de culpabilisation de gens plus modérés ?

Maxime Tandonnet : Il a un sens politique me semble-t-il, ou politicien. Il vise à contraindre LR soit au conformisme et à la soumission, c’est-à-dire, l’absorption dans LREM, soit au basculement dans le véritable extrémisme. Dans les deux cas l’opposition républicaine serait vouée à disparaître. C’est le fond du projet LREM : s’imposer comme une grande force centrale, unique parti de gouvernement, dont les seuls opposant seraient, à droite et à gauche, des partis antisystème, reposant sur la démagogie, des solutions coupées de tout réalisme, et n’ayant – a priori –  aucune chance de prendre le pouvoir.  Dès lors, le mouvement LREM, ayant le monopole de la crédibilité, du réalisme et de la modération, peut espérer se maintenir dans les palais de la République pendant au moins dix ans. Finalement, dans cette logique, toute modération a vocation à être absorbée par LREM et que la modération ou le réalisme  puisse exister à l’extérieur de LREM, n’est pas concevable. Mais c’est un calcul dangereux car en cas d’échec, dans les cinq ans à venir, l’absence de solution d’alternance crédible et modérée peut précipiter la France dans le chaos ou l’aventure.

Roland Hureaux : Ce procès a bien sûr  du sens une  comme arme de guerre contre ceux qui se trouventdans l’opposition de droite à  Macron. Mais est-ce une arme loyale ? Ce procès  ne vise pas à répondre argument contre argument, ce qui serait un débat politique  honnête mais à culpabiliser ceux qui remettent en question la toute-puissance idéologique du macronisme et, par-delà de la galaxie libérale -libertaire, tansfrontière, transgenre et transhumaniste.

Je ne pense pas   pour ma part qu’il y ait un risque dans la supposée radicalisation de LR.   Au contraire, si LR adopte   un ton modéré, ce parti aura bien du mal à affirmer son identité aux côtés d’En marche  et il ouvrira large l’espace au  Front national. Rappelons que ce dernier représentait  1 Français sur 5 en 2002 puis  1 Français sur 3 en 2017 : un Français sur 2 en 2022 ?

Je ne crois pas non plus qu’on puisse dire que Macron est modéré. Le macronismese déclare du  centre, mais il est en réalité un mélange d’extrême gauche sociétale (la GPA,  la lutte contre les discriminations à  tout va, le dénigrement de la culture française), et de la  droite dure  sociale comme on le voit avec les Ordonnances réformant  le Code du travail.

Il faut largement réviser nos concepts fondés sur les vieilles notions de   gauche et  de droite.  Si Macron a servi quelque chose, c’est à détraquer le logiciel historique  de la République qui distinguait   une gauche, une droite et un  centre. Cela est périmé. Il y a ce à quoi aspire le peuple français et ceux qui proposent l’inverse : plus d’Europe, mois de sécurité pour les travailleurs, plus d’immigration etc. Par ses  positonscontre le peuple (taxé de « populisme »), Macron est un extrémiste. Et Solère avec.

N'y-a-t-il pas une forme de volonté d'interdire le débat de certaines questions sensibles (Europe, Intégration, contrôle des frontières etc…) ?

Roland Hureaux : Oui bien sûr et ce n’est pas nouveau. Il est paradoxal que plus de 65 % des Français pensent qu’il y a trop d’immigrés en France  (et,  selon un récent sondage, c’est pareil  dans le reste  de l’Europe) et qu’un homme politique qui dit la même chose soit tenu pour « radicalisé » ! Il n’est pas nouveau que  la doxa de gauche s’impose à une partie de la droite qui transige avec elle de  peur de paraitre réactionnaire. Cela par absence de pensée propre  par infirmité  intellectuelle  et lâcheté. Nous sommes dans  ce que Gramsci  appelait une guerre culturelle. La gauche est aujourd’hui hégémonique  sur le plan culturel et sociétal  (en y incluant les questions migratoires), pas sur le plan social,  au contraire. L’intimidation est une méthode de guerre mais quand elle conduit à  fermer débat en ne tenant  plus  pour respectables  que des positions qui  ne sontprécisément pas celles  de la majorité des Français, la démocratie est en danger. Le débat politique doit mettre  en scène les vrais débats qui traversent la France, dans le respect réciproque. Sinon, si on referme le couvercle par l’intimidation,  gare à l’explosion !

Maxime Tandonnet : Nous vivons une époque de destruction du débat d’idées. Sur l’Europe, tout se passe comme si la voie du fédéralisme ou de l’intégration par la bureaucratie, les normes et les sanctions étaient une sorte de vérité scientifique. Tout ce qui s’en éloigne est considéré comme insupportable et inacceptable. Discuter le dogme fait de vous soit extrémiste, de droite ou de gauche, ou un populiste selon la formule convenu. Il faut fermer les yeux sur la réalité d’une Europe de plus en plus fragmentée et impopulaire. Le sujet est considéré comme verrouillé une fois pour toute. De même, sur les sujets sociétaux, l’intégration des populations migrantes, la maîtrise des frontières, l’autorité de l’Etat, la sécurité, voire même la politique économique, le marges de réflexion et de discussion se réduisent. Ceux qui ne pensent pas dans la droite ligne sont marginalisés, voire même assimilés aux provocations et aux excès de la droite ou de la gauche radicale. La vie politique française est en train de se concevoir sur la base d’une pensée unique et d’un parti unique, renvoyant tout le reste dans l’enfer des extrémismes, de droite et de gauche, et de la diabolisation. L’enjeu, pour la nouvelle génération des Républicains, c’est de rompre avec cette logique et de réussir à se constituer en opposition d’alternance audacieuse et crédible.

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