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THE DAILY BEAST

Pan dans le bling : le meurtre de John Lennon avait tout changé à la vie des célébrités, le braquage de Kim Kardashian aura-t-il le même impact ?

La police estime que les voleurs de Kim Kardashian ont été encouragés par ce qu'elle montre sur les médias sociaux. Mais ne vous attendez pas à ce que les célébrités arrêtent d’exhiber leurs fabuleuses vies en ligne.

 The Daily Beast - Tom Sykes

Après le vol dont a été victime Kim Kardashian West à Paris, la police présume que ses agresseurs avaient vu les bijoux qu’elle exhibait sur les réseaux sociaux.

Johanna Primevert, porte-parole de la police de Paris, a déclaré à CNN : "C’était vraiment cette célébrité qui était ciblée, avec des biens qui avaient été vus et remarqués sur les médias sociaux, ce sont eux que les attaquants ont ciblés."

L'épreuve de Kim Kardashian West ne va pas simplement laisser des cicatrices psychologiques chez sa victime, elle soulève aussi des questions très pratiques sur l’avenir de l'auto-marketing qu'elle pratique.

Kim Kardashian West a elle-même voulu la commercialisation de sa vie, en grande partie à travers les médias sociaux où elle est la célébrité la plus suivie du monde. Elle est devenue une marque géante. Elle a une valeur nette estimée à 150 millions de dollars selon Money Nation, plus de deux fois la valeur estimée de la "marque" de son mari Kanye West.

La communication de ce mastodonte des réseaux sociaux s’est arrêtée dimanche soir.

Kim Kardashian West n'a pas posté de message depuis, et dit qu'elle "ne va pas bien" et qu'elle est "traumatisée" par l’agression subie à Paris où elle a été attachée avec du ruban adhésif et menacée avec un pistolet, pendant que ses attaquants cherchaient "la bague, la bague'' dont elle avait posté une photo moins d'une heure plus tôt sur Snapchat.

Concrètement, la police parisienne estime que les voleurs se sentaient assez "proches" de Kim Kardashian via les médias sociaux pour se lancer dans un vol avec violence.

Lorsque Mark Chapman a tiré et tué John Lennon devant l’immeuble du Dakota à New York, le 8 décembre 1980, la vie de célébrités, des "famous people" comme on les appelait à l'époque, a changé du jour au lendemain.

Avant cette soirée, les stars étaient, d'une manière générale, remarquablement disponibles (comparativement à aujourd'hui) pour un fan motivé.

Vous pouviez traîner devant leur porte et voir leur visage de temps en temps.

En effet, Chapman lui-même avait rencontré deux fois Lennon et sa famille ce jour fatidique de décembre avant de l'assassiner. Tôt le matin, il avait serré la main du jeune fils de Lennon, Sean, et dans l'après -midi, il avait parlé avec Lennon après lui avoir demandé de lui dédicacer l'album Double Fantasy .

Bien sûr, les célébrités n'étaient pas aussi accessibles que d'autres êtres humains. Elles étaient déja riches, occupées, choyées mais elles n’étaient pas protégées par un filet de sécurité professionnelle. Oui, Dylan et Bowie, Elton et Jagger ont passé leur vie derrière des barreaux de velours, ils passaient de leurs somptueux appartements au dernier étage d’immeubles de luxe, à un plateau TV pour un enregistrement, mais entre deux rendez-vous VIP, vous pouviez encore vous approcher des super-célèbres.

Jusqu'au 8 décembre 1980.

L'impact de l'assassinat de John Lennon sur le petit monde des célébrités, notamment celles qui vivaient à New York, où les armes de poing étaient si faciles à trouver, a naturellement été énorme. Surtout quand il est apparu que Chapman avait une liste de cibles, comprenant Elizabeth Taylor ou Johnny Carson, et qu’il avait choisi Lennon parce qu'il était, simplement, ''plus facile à trouver.'' Il n’avait rien de particulier contre Lennon, il a juste voulu devenir célèbre et il a pensé que tuer une personne "vraiment" célèbre était une bonne façon d'atteindre cet objectif.

David Bowie, selon son biographe David Buckley, est devenu un quasi reclus après la mort de Lennon. Il a institué un processus de contrôle de toute personne étrangère souhaitant le rencontrer, à partir de ce jour-là. Paul Simon, lui, s’est mis en retrait, après 1981, quand un homme a bondi sur scène, en criant: "Paul, je dois vous parler, je dois vous parler" pendant que Simon chantait, de manière improvisée, une version de "The Late Great Johnny Ace", en hommage à Lennon.

Il est tout simplement devenu impossible pour la plupart des gens très connus de laisser de manière insouciante les gens intervenir dans leur vie comme ils le faisaient auparavant.

Au cours des décennies qui ont suivi, les célébrités se sont éloignées de plus en plus de leurs fans. Mais les médias sociaux ont permis de réduire cette distance, ce qui leur permet d'interagir avec leurs fans à un niveau apparemment intime sans qu’ils s’approchent d’eux physiquement et ainsi, croyaient-ils, sans compromettre leur sécurité.

Comme Thomas Crampton, directeur général mondial des médias sociaux chez Ogilvy & Mather, le dit au Daily Beast, "Le réseau social est très important pour les célébrités, car il permet à des célébrités d'avoir des relations apparemment intimes avec leurs fans, juste en envoyant un tweet. C'est une forme d'interaction efficace. Dans le passé, la relation était basée autour d’une rencontre physique avec la célébrité, avec quelques fois obtention d’une photo dédicacée, mais les deux ont des limites évidentes."

Kim Kardashian a eu peur d’être violée ou tuée, elle a supplié ses assaillants de lui laisser la vie sauve. C’est une histoire horrible, et nous ne devons pas blâmer la victime pour ce qui lui est arrivé. Mais y a-t-il aussi des leçons à tirer ?

Beaucoup de vieilles familles riches de Grande-Bretagne ont subi la version plus traditionnelle de ce qui est supposé être le mode opératoire des agresseurs de Kim Kardashian. Ils se sont fait voler des oeuvres qui avaient été présentées dans des expositions publiques qui les mentionnaient comme propriétaires. De plus en plus, les grandes expositions ne nomment plus les mécènes qui font ces prêts, préférant remplacer leurs noms par la mention "collection privée".

Beaucoup ont la même prudence envers les médias sociaux. Un riche aristocrate dit au Daily Beast, "J’ai toujours interdit aux gens de diffuser des images de l’intérieur de notre maison sur Instagram. D’une part c’est très mal élevé, et d’autre part, cela pose un vrai problème de sécurité. Je ne veux pas que tout cela soit en ligne ".

Beaucoup de gens ne diffusent tout simplement pas de messages sur Internet et demandent à leurs amis de ne pas afficher d’images d’eux-mêmes ou de leurs biens.

Stavros Niarchos III, l'héritier de l'armateur grec, est un excellent exemple de la réticence face aux médias sociaux. L’héritier grec d'une fortune de 2 milliards de dollars, Stavros, sort avec une top model australienne, mais sa présence dans l’univers numérique est quasi nulle.

"Les riches Grecs sont très nerveux et très peu loquaces", dit une personne familière de cet univers. "Ils détestent les gens qui écrivent à leur sujet, en bien ou en mal. Ils sont habitués ce que leur intimité soit totalement respectée".

La différence, bien sûr, entre Stavros Niarchos et Paris Hilton ou Lindsay Lohan, c’est que le premier n'a pas besoin de publicité pour générer des revenus contrairement à ces célébrités. Sa fiancée, le mannequin Jessica Hart, n'a jamais posté une photo de lui en ligne.

Les rares photos de Niarchos à St. Moritz ou sur l’île de Mykonos avec des amis connus comme Caro Sieber et Patrick Cox semblent être supprimées rapidement.

Il semble probable que ces célébrités et les gens en général vont devenir plus sages, et trouver comment désactiver la géolocalisation de leurs messages et des photos qu’ils partagent via Foursquare.

Dans le sillage du vol Kardashian, l'armée de ceux qui font de leur image leur métier devra désormais se demander s’il est vraiment toujours utile de dire au monde entier qu'ils ont beau temps sur l’île de #mykonos ou qu’ils font du shopping dans la galerie d’un #fourseasons ou sur #RodeoDrive.

Mais on peut douter que le hold-up dont a été victime Kim Kardashian provoquera un ralentissement durable de la manie de certains de fanfaronner en publiant des photos affichant leur fortune.

Comme le dit Thomas Crampton "Certaines personnes sont plus préoccupées par leur ego que leur sécurité."

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