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Le désamour de l’Europe nait chez les Français dans les années 90.
Le désamour de l’Europe nait chez les Français dans les années 90.
©Reuters

1963-2013

Où étiez-vous quand… ? L’Histoire des 50 dernières années par ses moments chocs : les grèves de 1995, les années 1990 ou la France pétrifiée par la fracture sociale

Le quatrième épisode de notre série sur "les moments chocs de l'histoire" se penche sur la décennie 1990 et les grèves qui ont paralysé toutes les tentatives de réforme du pays.

Philippe Moreau Defarges, ancien diplomate et chercheur à l'Institut Français des Relations Internationales a choisi cinq dates de la décennie 1990 qui selon lui ont marqué une rupture dans l'Histoire de France, commenté par Corinne Lepage, ministre de l'Economie du gouvernement Juppé et députée européenne. Une décennie perdue selon le chercheur, marquée par l'incapacité du pays à se réformer.

1991 : La Guerre du Golfe

Philippe Moreau Defarges : Après l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein, la France prend part à la coalition internationale pour libérer le petit État de la péninsule Arabique. Cette participation est la confirmation que la France est bien une puissance atlantiste. Cela fait écho au discours de François Mitterrand en 1983 devant le Bundestag allemand durant lequel le président socialiste emploie une formule choc : "Les fusées sont à l'Est, les pacifistes à l'Ouest !".

Corinne Lepage : J'étais élue locale et avocate à l'époque. Le président Mitterrand s'était rangé du côté, de manière logique, du couté des Américains. Saddam Hussein apparaissait pour ce qu'il était, un dictateur aux ambitions démesurées qui justifiait l'intervention à cette époque. J'ai en revanche été totalement d'accord avec le positionnement de Jacques Chirac contre l'intervention en Irak en 2003.

Pour en savoir plus, retrouvez les épisodes précédent de notre série sur "les moments chocs de l'Histoire" : les années 1960 : la mort de Kennedy, les années 1970 : le renoncement idéologique de la droite et les années 1980: la gauche face au principe de réalité.

20 septembre 1992 : la France dit "OUI" au traité de Maastricht

Philippe Moreau Defarges : La ratification du traité de Maastricht par la France se fait de justesse, le "OUI" ne remportant que 51% des voix lors du référendum organisé dans l'Hexagone. Le désamour de l’Europe nait chez les Français qui se trouvent à partir de là divisés entre les pros et les anti-européens. Si François Mitterrand n’avait pas mouillé pas sa chemise, le traité n’aurait certainement pas été approuvé par la France.

Corinne Lepage : J'étais déjà une pro-européenne convaincue à l'époque. Je me souviens très bien du débat entre Philippe Séguin et François Mitterrand. C'était un moment intense. Mais, je reconnais que tous les tenants et les aboutissants n'avaient pas été expliqués, présentés. Cela ne m'a pas empêché de voter "OUI" et j'ai été soulagée au moment des résultats.  

1995 : La vague d'attentats en France

Philippe Moreau Defarges : Entre juillet et octobre 1995, la France est le théâtre de violents attentats commis officiellement par  le Groupe islamique armé (GIA). Ces attentats, dont le plus meurtrier fut perpétré à la station RER de Saint-Michel, en plein cœur de Paris, ont fait 8 morts et plus de 200 blessés.  

Corinne Lepage : Je m'en souviens très bien. J'étais toute jeune ministre à l'époque. Je suis allé Boulevard Saint-Michel après l'attentat du RER C. Ce qui me revient à l'esprit, c'est que c'était la première fois que l'on mettait en place le plan Vigipirate. C'était un moment de forte angoisse d'autant qu'en tant que ministre de l'Écologie, j'avais la charge de l'eau et je partageais le nucléaire avec le ministère de l'Industrie.

Novembre – décembre  1995 : La France en grève

Philippe Moreau Defarges : Durant un mois, le secteur public se mobilise contre le "plan Juppé" sur les retraites et la sécurité sociale. Le Premier ministre d'alors voulait faire passer une réforme sociale importante, une volonté de restructurer les dépenses sociales en les allégeant. La France a été entièrement paralysée, principalement par la grève des transports publics, tandis que le secteur privé, lui, n'a pas bougé. Les Français ont été pris en otage. Ces grèves mettent clairement en lumière le refus - la peur - de beaucoup Français vis-à-vis de toute réforme.

Corinne Lepage : Nous avons eu une réunion interministérielle au début de la grève. Mes collègues étaient arrivés avec beaucoup de certitudes sur leur capacité à maîtriser la grève, notamment François Bayrou (Éducation) et Bernard Pons (Équipement). Cette réunion s'était conclue sur le fait que la grève allait s'arrêter d'elle-même. J'avais un avis contraire mais je n'avais pas leur expérience politique. Je n'ai donc exprimé mon point de vue qu'auprès du cabinet du Premier ministre. Il s'est avéré que j'avais raison.

1er janvier 1999 : L'entrée en vigueur de l'euro

Philippe Moreau Defarges : C'est une date très importante même si cette entrée en vigueur de l'euro ne concerne alors que les transactions financières. C'est l’abandon du franc français et l’acceptation d’une monnaie européenne. C’est un fort engagement envers l’Europe car cela nous prive de notre habitude française de la dévaluation périodique pour nous rendre compétitif.

Corinne Lepage : Je suis très européenne et je trouvais que c'était un pas très important, qu'on allait notamment pouvoir voyager dans toute l'Europe beaucoup plus facilement. Mais je dois avoir l'honnêteté de dire que je n'avais pas mesuré toutes les conséquences d'absence d'harmonie fiscale dans les différents pays européens. Si on faisait l'euro aujourd'hui, on le ferait forcément autrement mais je n'imagine pas un instant qu'on puisse le supprimer.

Propos recueillis par Sylvain Chazot

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