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Omar Sy, Pascal Boniface, Rokhaya Diallo, pourriez-vous regarder la photo d'Havrin Khalaf, violée et assassinée par les supplétifs d'Erdogan ?
©DELIL SOULEIMAN / AFP

Un foulard sur les yeux

Omar Sy, Pascal Boniface, Rokhaya Diallo, pourriez-vous regarder la photo d'Havrin Khalaf, violée et assassinée par les supplétifs d'Erdogan ?

Ils ne le feront pas. Car ils auraient trop honte.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Havrin Khalaf était secrétaire générale du parti Future Syria. Ce parti entend réunir Arabes, Turkmènes, Kurdes, musulmans, chrétiens, yezidis  pour une "Syrie démocratique, pluraliste et décentralisée." Havrin Khalaf était une belle figure féminine et féministe, une belle personne.

Quand les troupes d'Erdogan sont entrées en Syrie, sa voiture est tombée dans une embuscade. Les supplétifs islamistes du numéro un turc l'ont sortie de son véhicule. Elle a été violée. Puis lapidée. Puis achevée. Havrin Khalaf était une proie toute désignée : elle était kurde, démocrate et ne portait pas de voile.

La France est très loin du Kurdistan syrien. C'est pourquoi sans doute aucune pétition n'est venue s'indigner de cet acte abominable. En revanche, il y en a une autre dont on parle beaucoup. Elle est signée par 90 personnes dont Omar Sy, Pascal Boniface et Rokhaya Diallo. Ces justiciers dénoncent le forfait "d'une haine et d'une violence inouïe" d'un élu RN au Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté. Sans ménagement, il a exigé d'une musulmane qui était là qu'elle enlève son voile.

"D'une haine et d'une violence inouïe"? Vraiment ? Il y a des moments où certains mots perdent tout sens dès lors qu'on en abuse. Nombreuses, de plus en plus en plus nombreuses, sont les femmes qui portent le voile en France. Ce bout de tissu serait, au même titre que la croix et la kippa, un signe d'appartenance religieuse.

C'est un peu court. Et une demi-vérité même mille fois répétée reste une demi-vérité. Le voile sert à cacher les cheveux qui auraient le pouvoir de susciter la convoitise masculine. Celles qui les dissimulent admettent implicitement que sans le hijab, elles ne sont pas autre chose qu'une chair désirable. Et leur voile, par ricochet, désigne celles qui ne le portent pas comme des allumeuses et des salopes.

Au Kurdistan, les femmes sont libres, les cheveux au vent, comme l'était Havrin Khalaf. Elles ne portent pas le voile mais les armes. Pendant la bataille de Kobane, on les a vu belles et courageuses. Elles savent qu'elles risquent bien plus que les hommes si elles tombent entre les mains de l'ennemi.

Regardez leurs photos. La photo d'Havrin Khalaf. Regardez le très beau film de Bernard-Henri Levy, Peshmerga (il lui sera beaucoup pardonné en raison de son amour pour la cause kurde). Regardez aussi, si le cœur vous en dit, la photo de la musulmane houspillée par l'élu frontiste. Et après, faites votre choix.  

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