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OM/PSG, en direct du canapé d'une supportrice parisienne
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Paris est tragique

OM/PSG, en direct du canapé d'une supportrice parisienne

L'OM a donc vaincu le PSG 3-0 dimanche. Une supportrice de longue date de Paris revient sur le déroulé du match... et sur son calvaire d'un soir.

Laurence Lasserre

Laurence Lasserre

Laurence Lasserre est spécialiste de la communication publique et des medias.

 
 
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Dimanche soir, branle bas de combat et mise en place du dispositif de sécurité : fermeture des portes, plateau repas, bière et coca zéro à volonté, copines réquisitionnées pour le spectacle. Parce que le Classico, c'est bien aussi entre filles. Ah ! le Classico. Je n'aime pas ce nom. Pour moi, c'est soit PSG/OM, soit OM/PSG : LE match, choc ultime du championnat français.

Choc entre les joueurs, choc entre les supporters, choc entre Paris et Marseille, entre Pastore paupières de velours et Lucho oeil de braise, entre les TL #PSG et #OM sur Twitter. Dans une ambiance plus tendue que jamais entre un PSG gonflé à bloc qui caracole en tête du championnat, et un club marseillais qui part en vrille depuis le début de la saison. Des gradins de parisiens vides, des rangs entiers de marseillais muets. Des vestiaires sous tension, des visages fermés, 300 policiers dehors. Deux cultures, deux mondes, deux accents, mais un mot en commun, dans les tribunes et dans les virages, répété à l'infini : "enc... ".

Attention, ce terme rond en bouche et délicat n'est pas prononcé de la même façon selon que l'on soit originaire des rives de la Seine ou de la Méditerranée. L'invective parisienne fleure bon le titi, l'argot, la banlieue. Celle de Marseille est ensoleillée comme une tartine de pain trempée dans la bouillabaisse. Prononcé en chœur par des milliers de gorges hurlantes, "enc... " est le mot vedette et imputrescible de chacune de ces rencontres au sommet. Il y a des variantes coté Boulogne, telles que "Marseillais j'ai niqué ta mère" qui a l'avantage de rimer avec Bonne Mère, sainte patronne de nos ennemis. Ou avec Canebière, haut lieu de la Marseille attitude. Hier soir, le Parisien ne se serait cependant pas risqué à proférer le moindre gros mot s'il s'était aventuré à ses risques et périls dans le ventre bouillant du Vélodrome. 

Au delà de ces échanges verbaux traditionnels, qui ne sont ni plus ni moins qu'une forme plus ou moins élaborée de haka, il arrive en effet que la violence déborde des gosiers pour se répandre dans les rues. Ainsi, chaque épisode de ce match clé du championnat permet-il aux forces de l'ordre de tester des dispositifs de sécurité de plus en plus élaborés et de mieux en mieux anticipés, sans que rien n'y fasse. C'est ainsi. Le Classico est une légende, et comme toutes les légendes, un doigt de soufre ne lui fait pas de mal.

Si l'animosité entre les clubs est ancestrale et irréversible, il n'en est pas moins vrai qu'en vingt ans, près de 40 transferts ont eu lieu d'un club à l'autre et inversement, démontrant que les joueurs n'ont ni foi ni religion en matière de couleur de maillot. Certains l'ont payé cher : Fiorèse, Leroy, Déhu furent hués, insultés, vomis par la foule tels des renégats. Il est aussi des transferts qui vous anéantissent. Voir Heinze remonter le terrain comme un bulldozer, mais CONTRE nous, a été un des plus grandes douleurs de nos vies de supportrices. 

Il y a aussi de la joie dans ces rencontres. Marquer quatre buts au Vélodrome, notre fait d'armes le plus glorieux, génère une exultation, une extase, que dis-je, un pied tellement intense qu'il justifie à lui seul 10 ans d'abonnement à Canal Plus. 

Ce ne fut pas le cas hier soir, avec un premier but encaissé en moins de dix minutes. A ce stade, une première tournée de bière s'impose, un œil sur la TV, l'autre sur la TL, pour vivre en groupe la sidération post butesque, qui dure environ 5 bonnes minutes et se prolonge par une sorte de désespoir muet. Quand vient le 2e, la bière n'y suffit plus, et on commence à martyriser le chat. Quand arrive le 3e, on se maudit d'avoir accepté de pondre un papier pour Atlantico et de devoir subir ce martyre insoutenable jusqu'à la 90e minute. Un truc comme ça vous flingue toute une saison. Retour au lundi matin blême. 

On se dit que le Parisien, grand seigneur, ne frappe pas un ennemi à terre. Car si Marseille tombait, qui pourrions nous aimer haïr ? Dans la gloire qui nous auréole désormais, seule la magnanimité nous honore. On encaisse, pour la beauté du sport. Et puis, quand on est habitués depuis si longtemps à la loose, on admet plus facilement d'y retourner. L'avantage d'une soirée entre filles, c'est que l'on y commente davantage le physique des joueurs que les actions de jeu.

Autour de ce nouvel épisode de la saga, on peut imaginer qu'un supporter de l'OM écrirait exactement le même article à l'envers. Car, finalement, on ne porte pas le même maillot, mais on a la même passion, comme dirait l’arbitre.

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