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Arnaud Montebourg et Matthieu Pigasse ratent leur cible.
Arnaud Montebourg et Matthieu Pigasse ratent leur cible.
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L'important, c'est de participer (?)

Offensive contre l'austérité (et le gouvernement) : Arnaud Montebourg et Matthieu Pigasse ratent leur cible

Dans une tribune publiée par le JDD, Arnaud Montebourg et Matthieu Pigasse proposent de baisser les impôts pour soutenir la croissance au niveau européen. Mais une telle stratégie ne pourra produire les effets escomptés.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Alors que le Parti socialiste tentait de serrer les rangs derrière François Hollande au Congrès de Poitiers, pendant le week-end du 7 juin, l’ancien ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, signait une tribune coécrite avec Matthieu Pigasse, actuel dirigeant de la banque Lazard. Après une critique au lance- flammes de la politique économique menée actuellement par le gouvernement, les deux hommes émettent une proposition  :

"Nous proposons de construire, dans le peu de temps qui reste, une coalition des pays européens favorables à une stratégie européenne de baisse d’impôts en faveur des ménages dans tous les pays, acceptant que les déficits soient résorbés par la croissance mais non pas par l’austérité, laquelle empêche précisément de réduire les déficits."

>>>>>>> A lire également : Le libéralisme en pleine crise intellectuelle : comment l’Europe et la France sont en train de rater le train du renouveau de l’économie de marché

Ainsi, la politique suggérée ici repose simplement sur une baisse de la fiscalité au profit des ménages. L’effet d’une telle mesure est double ; d’une part, il soutient la consommation et l’investissement, et d’autre part, il créé un déficit dans les comptes de l’Etat puisque les rentrées fiscales sont amoindries. En d’autres termes, une baisse d’impôts non financée est une relance budgétaire comptablement équivalente à une hausse des dépenses publiques. Les déficits et la dette augmentent d’un côté et la croissance augmente de l’autre. C’est-à-dire une relance keynésienne. Rien de neuf.

L’aspect le moins controversé d’une telle mesure est la nature même de la relance, il ne s’agit pas de créer une nouvelle dépense de l’Etat ou de nouvelles prestations sociales, mais de baisser les impôts, ce qui a plus de chance d’être favorablement perçu par la population, dans le pays champion du monde des dépenses publiques. Argument supplémentaire ; le niveau actuel des taux d’intérêt revient à financer cette relance sans frais, ce qui est un moindre mal. Au final, le pari macroéconomique associé à cette proposition est de pouvoir anticiper un effet plus important sur le niveau de croissance que sur le déficit.

Mais une très large faille existe dans ce mécanisme, et ce, à l’échelle européenne. Parce que les deux cosignataires espèrent engager plusieurs pays membres de la zone euro dans cette même voie et ainsi produire un choc de la demande sur le continent. Dès lors, une autre institution de la zone euro aura son mot à dire, et celle-ci est intraitable : la Banque centrale européenne.

En effet, depuis que la BCE s’est engagée dans un plan de relance monétaire, les anticipations de croissance et d’inflation n’ont cessé de progresser au sein de la zone euro. Désormais, l’inflation est attendue à 1.8% en 2017, ce qui est proche de l’objectif fixé par la BCE elle-même. Ainsi, et dans le cas où certains Etats mettraient en place la mesure proposée ci-dessus, ces mêmes anticipations de croissance et d’inflation seraient une nouvelle fois revues à la hausse. Dès lors, le seuil actuel de 1.8% à horizon 2017 serait alors largement dépassé, entrainant le franchissement de la ligne rouge des 2%, niveau d’intolérance inflationniste de la BCE.

Ce qui signifie que la mise en place d’une relance budgétaire aurait pour conséquence de provoquer un resserrement des conditions monétaires de la part de la BCE. Parce que celle-ci se trouverait dans l’obligation de réagir afin de respecter son mandat de stabilité des prix, c’est-à-dire d’interrompre la mise en œuvre de son plan d’assouplissement quantitatif ou de relever ses taux. Soit l’exacte répétition du resserrement monétaire entrepris par Jean-Claude Trichet en 2011, afin de lutter contre les effets sur la demande du  plan de relance européen de 2009-2010.

La relance serait donc neutralisée. Pour un résultat final dommageable, les nouveaux déficits créés et la dette resteraient en place alors que la croissance espérée serait anéantie. Un coup d’épée dans l’eau et une dette toujours plus importante. Dans le système européen actuel, la relance budgétaire n’est pas une option efficace. Parce que le contrôle de la demande est exclusivement de la responsabilité de la BCE, sur le moyen-long terme.

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