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Objectif législatif pour la droite : rien n'est écrit (et rien n'est gagné)
©Reuters

Opposition

Objectif législatif pour la droite : rien n'est écrit (et rien n'est gagné)

Face aux défections, suite à l'élection d'Emmanuel Macron, la bataille pour les législatives risque d'être plus rude que prévu et François Baroin va devoir serrer les rangs.

Atlantico : Quel avenir peut-on prédire pour la droite à la veille des législatives  lorsque l''on constate qu'en plus des fractures idéologiques au sein du parti, il commence à y avoir des défections comme celle de Bruno Le Maire ? 

Maxime Tandonnet : Les fractures idéologiques existent mais le rôle d’un parti politique, à la veille d’un scrutin législatif, est de mettre en valeur les convergences plutôt que les divergences. Quant aux défections, elles restent exceptionnelles, ne semblent pas toucher la base des députés LR. Elles donnent une image défavorable de politiciens avides de postes avant tout. La position des Républicains dans leur semble me semble plutôt, sous certaines conditions, ouvrir des perspectives positives. L’échec de la candidate FN, bien loin des prévisions alarmistes de ces derniers mois, sa médiocre performance lors du débat, écartent provisoirement la menace de la voir prendre le leadership de l’opposition. Le parti socialiste est laminé. Quant à l’élection de M. Macron, elle n’a rien de triomphal, ne représente pas un plébiscite, avec un taux d’abstention record et un niveau élevé de votes blancs. D’ailleurs, on ne sent aucune flambée d’enthousiasme dans le pays. Le plus grand flou demeure sur la ligne et les contours de « En marche ». Les Républicains s’imposent paradoxalement, malgré leur échec, comme la seule force politique qui tient dans la tempête. Ils ont à l’évidence une place à reprendre. Une nouvelle génération est en train de prendre les commandes, autour de personnalités comme M. Baroin, M. Wauquiez, Mme Pécresse, M. Retailleau. Ce renouvellement est une chance à saisir. 

Comment François Baroin pourrait-il faire pour maintenir l'unité du parti pendant la campagne des législatives ? Est-ce que la fermeté et l'excommunication de ceux qui sont tentés par un ralliement à en Marche semble être une bonne stratégie, ou, au contraire est-ce que cela accentuera les divisions ? 

M. Baroin a raison. Les Républicains ont intérêt à faire un choix de clarté. Toute la question est de savoir s’ils veulent participer à une majorité présidentielle avec Emmanuel Macron ou s’ils veulent s’affirmer en tant que force politique autonome. Si la liberté est laissée à chacun, le mouvement s’étiole et il est condamné à la disparition. Si LR choisit dans son ensemble de participer à une majorité Macron, il rouvre un boulevard au FN comme seule force d’opposition à droite. On entre dans une logique de « troisième force » à l’image de la 4ème République à ses débuts, avec une alliance des socialistes modérés et du centre placée sous le feu des « antisystèmes » de droite et de gauche. Il me semble que l’intérêt des LR est bien au contraire de se positionner en opposition constructive, unie, responsable, déterminée à gagner les législatives pour gouverner le pays. L’élection de M. Macron est le fruit d’un séisme politique et de la défiance de l’opinion envers la politique traditionnelle. Pour autant, la démocratie a besoin de partis politiques pour faire émerger des leaders politiques et des projets. Sans partis politiques, la vie publique devient une simple affaire d’image, de médias et jeux d’ego. LR a un défi devant lui : réinventer la politique autour du débat d’idées et du bien commun, donner l’image d’une opposition intelligente qui n’est pas là pour détruire mais pour proposer une alternative crédible. 

Comment la droite peut-elle faire pour peser en tant que force d'opposition aujourd'hui alors qu'elle n'a pas réussit à se hisser au second tour de la présidentielle ? Est-ce que des accords de parti sont à envisager ?

La situation n’a rien à voir. L’échec de LR aux présidentielles est lié à un contexte particulier: le scandale autour de M. Fillon qui a écrasé le premier tour des présidentielles. Sans ce séisme politique, il est vraisemblable que LR aurait réalisé une bien meilleure performance aux présidentielles. C’est toute l’ambiguïté du présidentialisme français : le sort des élections ne dépend pas vraiment d’un projet mais de l’image donnée par un homme ou une femme. Or, cette image est instable, fragile, reposant sur l’émotion, l’affectif. Les médias jouent un rôle déterminant dans son façonnement. Les législatives, réparties sur 577 circonscriptions, échappent à cette tyrannie de l’émotionnel et ne peuvent pas être aussi aisément manipulées. Elles reposent davantage sur les idées, le projet, la politique. Toutefois, quand elles surviennent juste après les présidentielles, conformément au principe du quinquennat mis en place en 2000, les législatives sont absorbées par la présidentielle et confirment son résultat. Il appartient aux Républicains de tenter de briser cette logique absurde et de marquer pour la première fois en de telles circonstances l’indépendance des législatives par rapport aux présidentielles. L’enjeu est de taille : affirmer la prédominance du politique, le choix de société, sur l’émotionnel. Mais pour cela, il faut que le mouvement LR marque aux yeux des Français sont identité et son projet en particulier sur les grands sujets de société, la sécurité, les frontières, la cohésion nationale. 

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