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Emmanuel Macron présente son plan d'investissement "France 2030" et ses projets pour le nucléaire, le 12 octobre 2021, depuis l'Elysée.
Emmanuel Macron présente son plan d'investissement "France 2030" et ses projets pour le nucléaire, le 12 octobre 2021, depuis l'Elysée.
©LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Balle dans le pied

Nucléaire : le masochisme français (et voilà qui en est le promoteur le plus actif)

Après que la France s’est battue à Bruxelles pour inclure le nucléaire dans la "finance verte" européenne ou taxonomie, le ministère de l’Ecologie et de la transition énergétique a actualisé un label Greenfin qui exclut le nucléaire. Vous avez dit génie du en-même-temps ?

Kako Naït Ali

Le Dr Kako Naït Ali est ingénieur et docteur en chimie des matériaux.

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Atlantico : Après que la France s’est battue à Bruxelles pour inclure le nucléaire dans la "finance verte" européenne ou taxonomie, le ministère de l’Ecologie et de la transition énergétique a actualisé un label Greenfin, crée en 2016, qui continue d’exclure le nucléaire. Comment expliquer cet "en même temps" ?

Kako Naït Ali : Le ministère a précisé que les critères seraient réévalués une fois ceux fixés dans la taxonomie européenne appliqués. Ils attendent que la taxonomie verte soit mise en place en Europe pour faire évoluer le label. Mais cela n’aura pas lieu avant 2023. Il y a eu un accord européen mais il y a encore des étapes avant la mise en place de la taxonomie. Le label Greenfin est national, la France a la main sur les critères qu’elle souhaite appliquer. Et ce qui est étonnant, c’est que cela entre en contradiction avec le programme du président qui a été réélu. On peut comprendre le besoin d’être en conformité avec la taxonomie, mais si on ne met pas le nucléaire dans nos propres labels verts c’est un peu contradictoire par rapport à ce que l’on défend à l’échelle européenne. On peut craindre que certains nous reprochent de ne pas inclure le nucléaire dans notre label national. Il faut de la cohérence sur ces sujets. Si l’on veut passer aux actes, il faut regarder concrètement les solutions qui nous permettent d’atteindre nos objectifs. Tant le GIEC que l’AIE incluent le nucléaire dans ces solutions.

Est-ce que la France se tire elle-même une balle dans le pied sur le sujet du nucléaire ?

C’est complètement le cas. Il y a une vraie contradiction que l’on peut nous reprocher et que les opposants au nucléaire pourraient utiliser contre l’intégration du nucléaire dans la taxonomie. Car l’adoption de la taxonomie n’est pas encore faite, les opposants peuvent encore agir. Il faudrait donc éviter de leur donner des arguments.  On ne peut pas défendre une filière en expliquant qu’on en a besoin pour réduire nos émissions de CO2 et de l’autre côté ne pas l’intégrer dans ce type de labels qui vont orienter les financements.

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Le fait que tous les sujets énergie aient été mis sous la tutelle du ministère de l’Environnement depuis Nicolas Sarkozy a-t-il été une erreur ? notamment au détriment de la filière nucléaire ?

Tout dépend de l’organisation du ministère. Mais il est sûr que l’énergie à un impact plus large que celui de l’environnement et de la transition écologique. Il est donc sans doute préférable de l’extraire du ministère ou en tout cas de réussir à différencier la partie industrielle de celle sur l’impact environnemental. A mon sens, ce qu’avait proposé le président était relativement pertinent et peut permettre d’améliorer les choses. Aux Etats-Unis, le sujet nucléaire est pris en charge au niveau fédéral, rendu visible, expliqué. En France, ce n’est pas le cas.Il y a un souci de traitement du nucléaire par rapport à l’éolien et au solaire. Il faut retrouver une vision plus neutre sur le sujet.

Le problème du nucléaire est que son traitement dépend beaucoup du ministre qui en a la charge. Nous avons eu plusieurs ministres de l’environnement, parfois anti-nucléaires, qui n’ont pas aidé à faire de la pédagogie sur le sujet. Ils n’ont pas pris la mesure de l’industrie et de son intérêt. Barbara Pompili incarne un changement de position puisqu’elle a admis que nous avions besoin du nucléaire. Il est important d’avoir quelqu’un ayant une position neutre et pragmatique sur ces sujets.

La tendance à la fermeture des réacteurs que l’on observait jusqu’à 2021 est-elle imputable à cette vision du nucléaire au ministère de l’Environnement ?

J’ai l’impression que c’est dû à la vision générale sur le nucléaire. Le président de la République lui-même a admis qu’il avait changé d’avis sur le nucléaire avec le rapport RTE. Il est possible qu’ils aient été conseillés ou aient voulu faire plaisir à certaines ONG anti-nucléaires et que le rapport RTE ait été un coup de massue. Cela a permis de réaliser que le 100% renouvelable n’était pas possible actuellement et qu’il fallait une stratégie incluant des solutions diversifiées et un plan B. Et cela demande de commencer à construire des EPR dès maintenant.

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