Nucléaire iranien : un bon accord ou pas ? | Atlantico.fr
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Un accord a été trouvé dimanche matin à Genève sur la question du nucléaire iranien.
Un accord a été trouvé dimanche matin à Genève sur la question du nucléaire iranien.
©Reuters

Un premier pas

Nucléaire iranien : un bon accord ou pas ?

Après de difficiles négociations, un accord a été trouvé dimanche matin à Genève sur la question du nucléaire iranien. En échange d'un affaiblissement des capacités d'enrichissement – excluant de fait la fabrication d'armes – une partie des sanctions internationales vont être levées.

François Géré

François Géré

François Géré est historien.

Spécialiste en géostratégie, il est président fondateur de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chargé de mission auprès de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN) et directeur de recherches à l’Université de Paris 3. Il a publié en 2011, le Dictionnaire de la désinformation.

 

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Atlantico : L'accord obtenu entre l'Iran et le groupe des 6 (États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) règle-t-il la question du nucléaire militaire iranien ? 

François Géré : Pas du tout puisqu’il s’agit d’un accord intérimaire de six mois. On a défini une règle du jeu et on demande d’un côté comme de l’autre que chacun joue selon les règles établies à Genève, et on voit ensuite si cela fonctionne. Si c’est le cas, il y aura un accord plus large qui ouvrira la voie à des relations nouvelles entre l’Iran et ces six pays. Mais si ça se passe mal, on reviendra à la situation d’avant Genève. Le fait d’avoir réussi à trouver un accord, fût-il intérimaire, reste cependant très important.

Qu'est-ce qui a changé par rapport à la première session de négociation qui n'avait pas abouti ? Quels efforts supplémentaires ont été fait et que changent-ils ?

Fondamentalement, il n’y a pas eu de grands changements. C’est plus dans la forme que dans le fond. Il y avait depuis longtemps des négociations bilatérales entres les États-Unis et l’Iran. A partir du mois d’août, les États-Unis ont informé très largement la Russie, mais n’ont pas cru immédiatement nécessaire d’informer tous leurs alliés, notamment européens. Pourquoi ? Parce qu’il y avait eu des précédents assez désagréables – notamment avec la France  – entre l’administration Obama et par exemple la présidence Sarkozy, faisant que les Américains ont préféré être prudents pour faire avancer le dossier. Lors de la première session à Genève, l’accord était pratiquement atteint, mais la diplomatie française – qui s’est sentie écartée – a voulu faire valoir sa différence. Deux points ont notamment été soulevés : d’une part la question du réacteur d’Arak et sa filière plutonium, et d’autre part sur le droit de l’Iran à l’enrichissement. Et ce deuxième point reste trouble car si vous regardez l’accord, il parle « du droit de l’Iran à avoir une industrie nucléaire » donc ipso facto en l’enrichissant notamment s’ils abandonnent le plutonium, mais la formulation ne mentionne pas « l’enrichissement ». Les Iraniens considèrent cependant qu’ils ont obtenu ce droit (à hauteur de 5% maximum d’enrichissement), mais les documents de la Maison Blanche et les déclarations du Quai d’Orsay restent ambiguës. Cela pourrait même une pomme de discorde dans les semaines qui viennent lorsque l’accord sera discuté dans les parlements respectifs.       

Israël, le plus farouche opposant de l'Iran, déclare que cet accord ne retarde que "de trois ou quatre mois" l'accès de l'Iran à la bombe. Est-ce une affirmation sérieuse, ou seulement le signe de la déception d'un pays qui souhaitait imposer des conditions beaucoup plus dures ?

Depuis le début, Benyamin Netanyahou considère que les Iraniens mentent, que leur programme nucléaire iranien ne se justifie pas sur la question des besoins énergétiques, et que ce n’est que le masque d’une capacité militaire qui n’a cessé de croître ces dix dernières années. Il défend donc l’idée que les Iraniens ne cherchent qu’à gagner du temps. Cependant, si l’accord qui a été signé dimanche matin est appliqué, il est impossible pour les Iraniens de poursuivre dans la voie du militaire.

En échange de son renoncement à tout enrichissement permettant d'obtenir la bombe, l'Iran a obtenu un début de la levée des sanctions économiques qui pèsent sur elle. Cela va-t-il changer la vie en Iran ?  Les autorités iraniennes sortent-elles renforcées par cette probable amélioration du niveau de vie, ou affaiblies par l’affaiblissement de leur programme nucléaire ?

Les dirigeants iraniens n’en ressortent pas affaiblis, et je rappelle qu’il n’y officiellement jamais eu de but militaire dans le programme iranien. Les détails de l’accord vont permettre des avantages immédiats qui vont affecter la vie quotidienne des gens. Une partie des revenus pétroliers, qui étaient gelés, vont être utilisés pour des achats dans le domaine de l’aéronautique, de l’automobile, de la pharmaceutique… et cela va donner une bouffée d’oxygène pour une population qui n’était pas dans la misère noire, mais qui commençait à souffrir sérieusement. De plus, dans la perspective de la transformation de l’accord intérimaire en accord de long terme, on voit déjà des Occidentaux qui ouvrent des représentations commerciales, des ambassades… Les Américains vont ouvrir dans les jours qui viennent une représentation commerciale à Téhéran. Des sociétés sont en train de préparer des contrats en Iran qui prendront effet d’ici six mois. Il y a une transformation qui peut être fondamentale pour l’Iran qui pourrait rentrer dans les mécanismes du commerce et de la finance internationale. Mais cela représente des avantages pour de nombreux autres pays, à commencer par la France. En effet, la reprise de l’activité économique avec l’Iran – notamment pour des entreprises comme PSA – cela veut dire une amélioration de la balance commerciale française, et des créations d’emplois. 

Propos recueillis par Damien Durand

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