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Ce week-end, un enfant est mort noyé dans un lac de l'Aude dans des circonstances encore non élucidées alors qu'il était en colonie de vacances.
Ce week-end, un enfant est mort noyé dans un lac de l'Aude dans des circonstances encore non élucidées alors qu'il était en colonie de vacances.
©DR

Merci papa, merci maman

Noyades, pédophilie, coût élevé : faut-il avoir peur des colonies de vacances ?

Samedi, un adolescent de 17 ans s'est noyé dans un lac de l'Aude, pourtant interdit à la baignade. Accueilli dans une colonie de vacances, il aurait dû être encadré par des animateurs. Le goût du risque des enfants est-il en train de donner le coup de grâce à des colonies déjà bien en difficulté ?

Laura Lee Downs

Laura Lee Downs

Laura Lee Downs est directeur d'études au Centre de recherches historiques à l'EHESS.

Elle est l'auteure, entre autres, de Histoire des colonies de vacances de 1880 à nos jours (Perrin / 2009).

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Atlantico : Ce week-end, un enfant est mort noyé dans un lac de l'Aude dans des circonstances encore non élucidées alors qu'il était en colonie de vacances. Faut-il s'inquiéter du manque de sécurité qui règne dans les camps de vacances ?

Laura Lee Downs : Les commentaires qui ont suivi la noyade de l’adolescent âgé de 17 ans dans le lac du Gouffre de l'œil doux montrent bien ce que les parents, et plus généralement la société, attendent de la colonie de vacances aujourd’hui : passer ses vacances dans un lieu sûr. "L’œil doux est connu pour sa dangerosité", disent-ils, critiquant "l'immaturité des animateurs" et "le manque d’autorité des parents qui se répercute sur celle des encadrants". Ces inquiétudes qui s'expriment aujourd'hui étaient déjà celles que connaissaient les colonies du XXe siècle, comme la colonie d’Ivry-sur-Seine que j’ai étudiée.

La colonie de vacances, comme l’école, est toujours censée compléter l’éducation de l’enfant. Elle doit donc permettre de veiller aussi bien sur les enfants que le font l’école ou les parents. Depuis le début, les colonies se vendent au grand public par leur caractère familial, ce qui inclut la sécurité.

Les colonies d'aujourd'hui comportent t-elles plus de risques que celles du siècle dernier ?

Au tout début des colonies, les activités n’étaient pas très sportives. Il s’agissait de promenades et de baignades dans des rivières ou au bord de la mer, mais sans forcément nager. J’ai vu des archives qui décrivaient les mesures de sécurité mises en place à l’époque par les moniteurs : par exemple dans la colonie de vacances d’Ivry-sur-Seine dans les années 1930-1940 qui se trouvait sur la côte atlantique, où les moniteurs surveillaient la baignade des 800 à 1000 enfants par groupes de 80 enfants en faisant une chaîne humaine dans l’eau, pendant tout l’après-midi, de telle sorte que les enfants ne puissent pas s’ « échapper ». L’eau n’allait alors pas plus haut que le niveau de la taille et les enfants ne nageaient pas. Pourtant, cela n’empêchait pas les organisateurs de la colonie d’être très vigilants à l’égard de la noyade.

Au contraire, aujourd’hui, les sports extrêmes se sont popularisés, ce qui a accrut le risque. Je n’ai pas consulté de statistiques, mais il me semble qu’avec l’extension des activités, et notamment des activités extrêmes, le risque a forcément augmenté. Si le programme est confiné à la baignade dans les eaux peu profondes et à la promenade, il y a forcément moins de risques. Néanmoins, les accidents pouvaient arriver. Dans cette colonie d’Ivry, par exemple, entourée d’une grande pinède, un enfant est mort d’une morsure de vipère.

Il ne faut toutefois pas oublier que les conditions de sécurité sont plus drastiques aujourd’hui, et que tout accident bénéficie désormais d’une couverture médiatique incomparable. Les moyens n’étaient pas les mêmes. La communication des colonies municipales passait par la mairie, tout au plus diffusait-on un film de la colonie chaque année. Mais on ne parlait ni des accidents ni des décès d’enfants. Imaginez seulement un autre adolescent faisant des photos avec son portable, aurait-il bénéficié de la même couverture médiatique ?

Il en va de même pour la question de la pédophilie. En réalité, les risques n’ont probablement pas augmenté, mais depuis une quinzaine d’années, l’inquiétude est patente, ce qui a endommagé l’image de la colonie de vacances aux yeux du public. Les rumeurs, les histoires circulent et expliquent aussi que les parents préfèrent garder leurs enfants près d’eux.

Cela pourrait t-il entraîner la fin des colonies de vacances ?

La colonie de vacances est en chute libre, au profit d’autres formes de vacances, et cela n’est pas uniquement dû à la peur du risque. Dans les classes moyennes supérieures, les enfants partent avec la famille ou se lancent dans des activités onéreuses. Les enfants des classes populaires, au contraire, vont soit dans des centres aérés sans hébergement, soit ne vont nulle part. C’est au moins 20% des enfants qui ne partent pas et n’ont aucune activité de loisirs encadrés. Ce déclin est donc dû à des raisons financières.

D’autre part, les parents ont des vacances plus longues, les vacances familialres ont pris le pas sur les vacances en collectivité enfantine.

Faut-il le regretter ?

A « l'âge d’or » des colonies de vacances, dans les années 1930 à 1950, entre 12 et 15% de la population enfantine partait plusieurs semaines durant l’été. C’est une expérience de vie en collectivité et d’éloignement des parents qui oblige l’enfant à grandir, à apprendre à se débrouiller. C’était une des grandes réussites de la France. La colonie se concevait comme un lieu d’éducation citoyenne, de mixité sociale. Or aujourd’hui, nous connaissons plutôt un repli sur la famille, sur le quartier. 

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