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Le séminaire gouvernemental doit avoir lieu mercredi 7 avril.
Le séminaire gouvernemental doit avoir lieu mercredi 7 avril.
©Reuters

A l'amende

Nouvelles mesures de soutien à l’économie : ce tribut que l'économie française risque de payer au Congrès du PS

Alors que le séminaire gouvernemental doit avoir lieu mercredi 7 avril, deux jours avant la date limite des dépôts de motions de censure, en vue du Congrès PS, le gouvernement se voit dans l’obligation de revenir sur certains aspects de sa ligne économique, qu'il souhaitait pourtant tenir.

Jacques Bichot

Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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Atlantico : Sur quelles intentions, le gouvernement devra-t-il revenir pour ne pas déplaire à l'aile gauche de son parti ?

Jacques Bichot : Principalement les projets profitables aux entreprises. Le CICE, par exemple, est mal vu de la gauche de la gauche, qui aimerait que l’Etat en diminue la portée, crée des obligations supplémentaires en contrepartie, et demande des comptes précis de ce à quoi ces économies ont servi (par exemple investissement ou augmentation des dividendes). Le problème est que les entreprises ont moins besoin d’argent que de liberté. Si tout doit faire l’objet de reporting en vue d’un contrôle administratif, on retombe dans l’ornière du troc subventions contre sujétions, qui est un deal perdant-perdant.

Lire aussi : Hollande, la riposte économique : la feuille de route idéale d’un gouvernement qui aurait gagné le bras de fer à Bruxelles et au sein de sa majorité

Certaines concessions aux réac de gauche ont déjà été faites depuis un certain temps. Par exemple la mise sous le boisseau du rapport sur l’exploitation du gaz de schiste par une méthode moins polluante que la fracturation hydraulique. 

Dans quelle mesure l'assouplissement du travail en France demeure-t-elle pourtant un élément essentiel, et quel en sera le coût (direct ou indirect) pour l'économie française ?

Le dégraissage du code du travail serait dans l’intérêt des travailleurs (les vrais, pas les tire-au-flanc procéduriers) comme des entreprises. Mieux vaut avoir un contrat adaptable qu’un contrat rigide qui, en cas de passe difficile,  pourra seulement être cassé. Ce qu’il faudrait, c’est que les travailleurs soient considérés par les directions comme des partenaires et non comme des pions, et que réciproquement le capital et ses représentants ne soient pas vus comme des ennemis. Hélas, ni le patronat réac, ni la gauche réac, ne sont prêts à cela. Un certain patronat réclame de pouvoir jeter les salariés comme des kleenex, et une certaine mouvance politique et syndicale veut que les patrons soient traités comme des ennemis de classe, maintenus sous haute surveillance.

L’assouplissement du code du travail qui aurait été réalisé par une seconde loi Macron aurait probablement été modeste, donc la perte immédiate ne sera pas considérable. En revanche, il y avait le début d’une dynamique qui aurait pu se développer : casser cette dynamique est grave pour l’avenir à moyen terme.

Vendredi dernier, François Hollande a annoncé son intention de créer un compte "personnel d'activité", mesure portée initialement par la CGT et l'aile aubryste du PS. Que peut-on attendre de ce type de dispositif sur l'économie ?

J’ai peur que ce ne soit une usine à gaz, qui engendre beaucoup de bureaucratie supplémentaire. On a déjà vu le problème avec le compte pénibilité. Vous voyez le patron plombier avec ses 4 compagnons se lancer dans cette histoire ? Et si on ne rend ce « compte personnel d’activité » obligatoire à partir d’une certaine taille d’entreprise, cela renforcera les effets de seuil dont on connaît le caractère néfaste (par exemple le nombre d’entreprises qui bloquent leur taille à 49 salariés …).

Sur quels autres aspects peut-on craindre une politisation à gauche de la politique économique ?

Les dérogations aux 35 heures hebdomadaires qui étaient envisagées pourraient ne pas voir le jour. Certes, mieux que des dérogations il faudrait une liberté complète relative aux horaires de travail dès lors que les parties en présence (la direction et les membres du personnel concernés par telle ou telle adaptation à réaliser) tomberaient d’accord. Mais des dérogations valent mieux que la rigidité totale.

L’idée patronale d’un CDI moins protégé, plus facile à rompre en cas de nécessité, était bonne. Il semble que cette idée doive passer à la trappe. C’est dommage. Sous prétexte de protéger les salariés, l’Etat décourage les employeurs qui pourraient et voudraient bien embaucher, mais pas pour se retrouver prisonniers des embauches réalisées. La gauche de la gauche ne veut pas comprendre que l’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, c’est-à-dire des créations d’emploi avec des rigidités qui font du moindre échec une catastrophe pour l’entreprise.

Pour lutter contre les inégalités, Martine Aubry propose au gouvernement de mettre fin à la baisse des dotations aux collectivités territoriales, dont l'impact touche en premier lieu les remplacements dans la fonction publique. Dans quelle mesure est-ce que la fonction publique demeure-t-elle toujours un des problèmes structurels du budget de l’État ?

Elle est un problème majeur, non seulement pour l’Etat, mais aussi pour les collectivités territoriales et pour les hôpitaux. Il faut cesser de recruter sous le statut de fonctionnaire. Des CDI ordinaires, plutôt que d’une part des fonctionnaires inamovibles et d’autre part des personnes comme l’oiseau sur la branche avec des CDD à répétition, voilà la vraie et scandaleuse inégalité.

Le gouvernement aurait également pu voir une fenêtre politique lui permettant d'engager des réformes ambitieuses. Qu'aurait-il pu engager en matière de réforme de l'Etat providence, et qui n'ont que peu de chances d'être acceptées par l'aile dissidente (et plus à gauche) du parti ?

Engager une fusion de nos trois douzaines de régimes de retraites par répartition serait une astucieuse réponse du berger à la bergère. Car ce serait l’égalité républicaine, la mise en œuvre du programme de la Résistance, donc la possibilité de présenter les contradicteurs comme des fascistes ; la gauche réac refuserait ce projet, bien sûr, mais elle serait très mal dans ses baskets, apparaissant pour ce qu’elle est : le parti des privilégiés du salariat.

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