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"Pékin se lance dans le cyclisme acrobatique : faire passer l’économie d’un vélo carburant aux exportations extérieures à un vélo alimenté par la consommation intérieure."
"Pékin se lance dans le cyclisme acrobatique : faire passer l’économie d’un vélo carburant aux exportations extérieures à un vélo alimenté par la consommation intérieure."
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Decod'Eco

Nouvelle ère : la Chine tente de gérer les soubresauts d’une croissance moins forte

Pour prévenir le ralentissement économique en Occident qui pèse sur sa croissance, Pékin se tourne vers sa consommation intérieure. Une acrobatie périlleuse.

Cécile  Chevré

Cécile Chevré

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’Institut national des techniques de documentation (INTD). Elle rédige chaque jour la Quotidienne d'Agora, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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Pékin se lance dans le cyclisme acrobatique : faire passer l’économie d’un vélo carburant aux exportations extérieures à un vélo alimenté par la consommation intérieure. Il faut imaginer l’économie chinoise en équilibriste entre les deux bicyclettes, essayant de conserver un pied sur la pédale de l’exportation tout en lançant la consommation. Difficile voire impossible d’éviter les déraillements, les ralentissements et autres accidents de parcours.

L’idée est évidemment bonne. Depuis la crise de 2007, la Chine voit ses principaux clients s’enfoncer dans la crise et ralentir leurs exportations. En juin, les exportations chinoises ont reculé de 3%, un recul sans précédent depuis 17 mois, soit janvier 2012. Un recul qui a surpris puisqu’une progression de 4% était attendue. “La Chine a averti mercredi que ses perspectives pour le commerce extérieur étaient ‘sombres’, après avoir accusé un recul inattendu de ses exportations et de ses importations en juin”, expliquait le 10 juillet dernier Les Echos.

Des chiffres qui s’expliquent non seulement par la faiblesse de la demande extérieure évoquée plus haut mais aussi par la hausse continue du coût du travail en Chine et la force du yuan ainsi que le contrôle accru des autorités chinoises sur les fausses factures.

Outre la balance commerciale, la croissance chinoise est elle aussi en recul, à 7,5% au deuxième trimestre contre 7,7% au premier. Nombre de commentateurs ne se sont pas privés d’ironiser puisque ce chiffre était en droite ligne avec les anticipations de Pékin. Alors oui, évidemment le gouvernement chinois manipule les chiffres de sa croissance… comme la plupart des pays mais sûrement un peu mieux que les autres.

Est-ce important ? Pas vraiment. Car ce qui compte, c’est la tendance.

Or celle-ci est clairement à la baisse. 7,5%, représente la pire performance de l’économie chinoise en 13 ans. Le ministre des Finances, Lou Jiwei, a même annoncé qu’il attendait une croissance à 7% cette année alors que jusque-là Pékin affichait un objectif de 7,5%.

Est-ce grave ? Je vais vous faire une réponse de Normande : peut-être bien que oui, peut-être bien que non… Je vous renvoie à notre économie équilibriste évoquée en début d’article. Nous sommes dans une phase dangereuse et d’ajustements, et la liste des problèmes rencontrés par la Chine est conséquente :

Le crédit fait des bulles

La bulle du crédit menace, et en particulier l’endettement des banques et gouvernements locaux. Pékin a décidé d’intervenir plus ou moins en sous-main, incitant les banques à assainir leur bilan en réorientant les investissements vers la production et le long terme et en injectant des liquidités dans les banques en difficulté. Le problème sera long à résorber, et ce d’autant plus qu’une grande partie du crédit (shadow banking) échappe totalement au contrôle de l’Etat.

Problème supplémentaire, en mettant en sourdine l’activité de crédits, Pékin risque non seulement de freiner la consommation intérieure en limitant le crédit aux particuliers mais d’entraver l’investissement des entreprises. La production industrielle est d’ailleurs en recul en juin dernier sur un an, à 8,9%, contre 9,2% en mai.

Cependant, comme l’expliquait Florent Detroy : “Je considère qu’il est rassurant que le gouvernement central prenne ses responsabilités et sacrifie une part de la croissance en contrepartie d’un assainissement du secteur bancaire. Je rejoins en cela le site Gavekal, qui analysait que ‘si le ralentissement reflète une allocation du crédit plus rationnel et les heures douloureuses des réformes vers la productivité, ce sera une bonne médecine’“.

Chaudron social

La montée de la contestation sociale est nourrie par le taux de chômage. Alors qu’il atteint aujourd’hui 4,1% dans les villes, les autorités chinoises craignent qu’il augmente alors que la croissance montre des signes de faiblesse. Selon l’agence Chine nouvelle, le pays a créé 7,25 millions d’emplois au premier semestre 2013, soit un peu plus qu’au cours du premier semestre 2012. Pékin surveille donc le chômage comme le lait sur le feu.

“Maintenir un marché du travail stable est un travail ardu et de long terme”, a déclaré le ministre des Ressources humaines et de la Sécurité sociale. Face à la montée des risques, la Chine a promis une politique sociale accrue passant aussi bien par des mesures de protection sociale et d’assurance maladie, une augmentation des salaires et une politique de construction de logements sociaux ou à loyers réduits.

Ces deux (gros) points noirs risquent de déstabiliser non seulement la croissance mais surtout la société chinoise.

Pourtant, tout n’est pas noir sur le front de l’Empire du Milieu. Premier élément encourageant : la consommation. Les ventes de détail ont augmenté de 13,3% en juin, contre 12,7% en mai. Sur les six premiers mois de l’année, elles sont en hausse de 12,7%. Pas encore suffisant pour soutenir la croissance du PIB chinois mais le signe que le choix de Pékin est loin d’être absurde et irréalisable.

A vrai dire, Pékin n’a plus le choix. S’étant lancées dans une politique tournée vers la consommation intérieure, les autorités chinoises ont semé le grain de la réduction des inégalités sociales et de son pendant, la perte de compétitivité de la production chinoise. Comme le souligne La Tribune, d’après une étude de Natixis : “Le coût salarial unitaire a progressé de 25 points par rapport aux États-Unis depuis 2006″. La production requérant de la main-d’oeuvre à bas coût a commencé sa migration vers des pays moins chers, en particuliers les pays de l’Asie du Sud-est. A marche forcée, la Chine doit donc continuer sa mutation.

[Qu'il s'agisse de l'évolution de la Chine, de la crise du crédit ou des menaces sur le système bancaire, l'équipe de La Quotidienne d'Agora vous aide à mieux comprendre l'actualité économique et financière : c'est par ici... et c'est gratuit !]

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