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Jean-François Copé a révélé la nouvelle composition de l'organigramme du parti mardi.
Jean-François Copé a révélé la nouvelle composition de l'organigramme du parti mardi.
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Nouvel équilibre à l'UMP : les gagnants et les perdants de la redistribution des postes

Jean-François Copé a révélé mardi le nouvel organigramme du parti. Pour ne froisser personne, tous les postes ont été doublés entre copéistes et fillonistes. Mais dans l'ombre, certains grincent déjà des dents.

Neïla Latrous

Neïla Latrous

Neïla Latrous est rédactrice en chef Maghreb & Moyen-Orient chez Jeune Afrique.

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Atlantico : Jean-François Copé a révélé mardi la nouvelle composition de l’organigramme du parti, ou plusieurs postes clés sont désormais partagés entre fillonistes et copéistes. Qui sont aujourd'hui les grands gagnants et grands perdants de cette redistribution ?

Neila Latrous : Il me semble que les deux « gagnants » sont ici Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez qui reviennent tous deux de loin. En se plaçant sur le ticket de François Fillon ces derniers prenaient en effet le risque de voir leurs carrières subir un coup d’arrêt dans l’optique d’une défaite concrète de l’ex-premier ministre aux élections internes. Le fait que de nouvelles élections soient organisées ont permis néanmoins à ces deux figures de proue de redorer leurs blasons auprès de l’opinion et des cadres du parti. Ainsi Jean-François Copé a très tôt repris contact avec Mme Pécresse pour lui affirmer que le passé était du passé et qu’il était prêt à travailler en bonne entente avec elle, ce qui la place de  fait dans une position moins délicate pour les prochaines régionales. Laurent Wauquiez garde de son côté une légitimité non négligeable et voit sa situation politique renforcée avec le non-renouvellement du vote des motions, où la Droite sociale, son propre courant, est arrivé en deuxième position.

Paradoxalement le grand perdant est selon moi François Fillon malgré le fait que sa côte de popularité n’a pas autant souffert que celle de M. Copé. En effet l’ancien locataire de Matignon a pu réaliser que son expérience d’homme d’Etat ne lui a que très peu profité dans le scrutin de décembre avec un résultat avoisinant les 50% (les fraudes évoquées ne jouant que sur 1 ou 2% au maximum) alors que toutes les enquêtes d’opinion le donnaient largement vainqueur. On a de plus l’impression que dans cette nouvelle configuration M. Fillon apparaît assez détaché et peu combattif. Cela risque à terme de démobiliser ses soutiens et d’avoir un impact de taille sur l’opinion que les militants ont de lui. François Baroin de son côté est lui aussi dans une situation inquiétante puisqu’il s’était mis d’accord avec M. Fillon pour prendre la tête des parlementaires du R-UMP qui vient d’être dissous hier. Cette décision d’alcôve n’a effectivement pas plu aux députés fillonistes qui ont fait pression de tous leurs poids pour bloquer la passation de pouvoir. L’ancien ministre de l’économie se retrouve donc aujourd’hui sans poids parlementaire et sans postes au sein de la nouvelle direction du parti, ce qui pose la question de son avenir politique.

Ne s’agit-il pas aussi d’une victoire pour l’UMP en général après des mois de déchirements ?

Le premier vainqueur dans cette affaire, c’est effectivement le parti dans son ensemble, puisque cet épisode permet de clore la mauvaise passe débutée en décembre et d’afficher, au moins en apparence, une unité retrouvée. Ainsi la photo de famille entre copéistes et fillonistes que l’on voit circuler aujourd’hui dans la presse permet de diffuser l’image d’un parti rassemblé au lendemain de la de ses derniers mois. Cette photo de réconciliation n’aura pas lieu entre Jean-François Copé et de François Fillon mais le simple fait que les cadres du parti se retrouvent le temps d’un flash n’est pas anodin pour autant et devrait avoir une influence sur la lecture que la presse fera de l’événement.

Après la constitution de cette nouvelle équipe, Jean-François Copé ne garde t-il pas un avantage relatif en gardant les clés du parti jusqu'aux prochaines élections ?

On peut en effet parler d’un avantage relatif important. Lorsque M. Copé a fait la connaissance de Nicolas Sarkozy dans les années 1990 le premier conseil que lui a donné ce dernier était de se focaliser sur le contrôle du parti pour  construire sa carrière, conseil que le maire de Meaux a d’ailleurs su mettre en pratique depuis. On peut aussi évoquer le fait qu’Eric  Cesari, proche de l’ancien président et de M. Copé, n’a pas été vidé de son poste ni doublé par un soutien filloniste comme cela a été le cas ailleurs. L’actuel président officiel du parti aura de fait le rôle de chef et ses allocutions se feront depuis la rue de Vaugirard, ce qui lui offrira une certaine légitimité médiatique sur les prochains mois. L’un des principaux regrets de François Fillon et de ses soutiens a d’ailleurs été de ne pas avoir de bureau durant la crise de décembre pour calibrer la communication et discuter sereinement de la marche à suivre. Aussi bête que cela puisse paraître ce déficit logistique a été un réel handicap pour les fillonistes et l’on peut parier que ce sera à nouveau le cas pour les élections de septembre.

La multiplication des postes permettra-t-elle de faire taire les querelles internes ou au contraire sera-t-elle synonyme de cacophonie ?

Je ne pense pas puisque dans les postes qui ont été doublés ce sera probablement la plus forte personnalité médiatique dont la parole sera la plus retenue.  Ainsi Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez, de par leur expérience ministérielle de premier plan, ne risquent pas ainsi de voir leurs déclarations diluées dans la masse face aux propos de leurs « collègues », leur forte attractivité leur offrant de fait une plateforme que d’autres n’ont pas ou peu. Les seules fonctions qui comptent du reste sont celles de Président-secrétaire-général et de vice-Président-délégué, les postes « doublés » n’ayant finalement qu’une importance mineure dans les processus de décision du parti. 

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