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Nos QI sont plus élevés que ceux de nos grands-parents… mais sommes-nous vraiment plus intelligents qu’eux ?
©Flickr

QI-je ?

Nos QI sont plus élevés que ceux de nos grands-parents… mais sommes-nous vraiment plus intelligents qu’eux ?

Nos ancêtres seraient plus bêtes que nous ? C'est en tout cas ce que révèle l'étude menée par James R. Flynn, professeur émérite en sciences politiques à l'université d'Otago à Dunedin en Nouvelle-Zélande. Notre QI actuel correspondraient à un QI de 130 il y a un siècle, tandis que celui de nos ancêtres équivaudrait à un score actuel de 70...

Serge Larivée

Serge Larivée

Serge Larivée est professeur titulaire à l'école de psychoéducation de l'Université de Montréal. Il a, entre autres, beaucoup travaillé sur l’intelligence humaine, sa nature, son développement et sa mesure. Il a également beaucoup étudié "l'effet Flynn".

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Atlantico : Selon une étude du chercheur James R. Flynn, notre QI est plus élevé que celui de nos ancêtres. Comment est-ce possible ?

Serge Larivée : Il faut d’abord se demander laquelle de notre intelligence ou de notre capacité à répondre aux tests de QI a progressé. Une chose est sûre : si je prends un test de quotient intellectuel d’il y a 40 ans avec une moyenne à 100 et un écart type à 15 et que je le fais passer maintenant à un ensemble de population, la moyenne ne sera plus à 100 mais à 115-120. Donc notre capacité à répondre aux tests de QI a augmenté.

Quelle(s) différence(s) entre QI et intelligence ? Sommes-nous donc plus intelligents que nos ancêtres ? Qu'avons-nous de différent ?

Personne de sérieux ne va vous dire que le QI mesure toute l’intelligence. Ce qui est certain en revanche, c’est que les scores de QI constituent un excellent prédicateur de la réussite scolaire et un bon prédicateur de la compétence professionnelle, et j’insiste bien sur le choix de mes adjectifs. Pourquoi « bon » prédicateur de la réussite professionnelle ? Car de nombreuses variables viennent jouer dans cette réussite, dont deux toutes simples mais néanmoins très importantes : la capacité de faire des efforts et la motivation. Donc le QI ne mesure pas toute l’intelligence mais il a un bon pouvoir prédicateur et est un excellent instrument pour mesurer au moins en partie l’intelligence.

Oui d’une certaine façon et voici pourquoi. Je vais prendre un très bon exemple que Flynn prend dans l’un des sous-tests des échelles de Wechsler. Il demande au sous-test "similitudes" ce qu’il y a de semblable entre un chien et un lapin. Nos ancêtres répondaient de manière très concrète : "les chiens servent à attraper les lapins". Cette même réponse donnée par un enfant ou un adulte actuellement ne donnerait pas deux points, mais bien zéro ou un point. Aujourd’hui, on répondrait qu’il s’agit de mammifères ou d’animaux, c’est-à-dire qu’on répondrait par des concepts abstraits. C’est donc l’abstraction qui a pris le dessus sur le concret. Pourquoi ? Notre mode de vie a changé et notre monde est devenu si complexe que si l’on n’est pas capable d’avoir des abstractions, on est foutu ! Les individus qui ont des incapacités intellectuelles ne parviennent pas à raisonner de façon abstraite. Il faut donc que ces gens-là développent des habiletés différentes pour pouvoir s’adapter. Par exemple, je connais un jeune homme qui est déficient intellectuel, qui travaille et qui ne sait pas lire l’heure. Par conséquent, il porte une montre et quand il a peur d’être en retard à son travail, il arrête quelqu’un et demande l’heure, prétendant que sa montre est brisée. C’est donc un geste intelligent. Il a réussi à s’adapter malgré sa faible capacité cognitive, mais à un niveau très concret.

Nous sommes soumis à une pression énorme au plan environnemental qui requièrent énormément de capacité d’adaptation, beaucoup plus que nos ancêtres. Plus l’environnement est complexe, plus je dois apprendre de choses pour m’adapter.

Cette étude se démontre-t-elle dans tous les pays ?

Les recherches de Flynn ont été menées dans 28 pays répartis sur les cinq continents, bien que principalement en occident. Ce qui est intéressant, c’est que depuis une dizaine d’années, on a observé que dans les pays scandinaves, les scores de QI ne montent plus, ils se sont arrêtés, tout comme leur taille d'ailleurs. Par contre, dans les pays d’hémisphères sud, les scores de QI continuent à augmenter. Si j’étais un utopiste, je me dirais que c’est une bonne nouvelle car cela signifierait que l’écart entre les mieux nantis intellectuellement et les moins bien nantis va en se rétrécissant.

Une étude parue en 2013 dans la revue Intelligence a démontré que notre QI avait baissé de 14 points depuis la fin du siècle. Elle a également montré que notre temps de réaction était bien supérieur à celui d'une personne en 1900 (253 millisecondes contre 183 millisecondes). Comment expliquez-vous la contradiction avec l'étude de Flynn ?

Je vous avoue être sous le choc. L’étude de Woodley et al. 2013, dont vous parlez, montre que le QI baisse de 1,16 point par décennie, alors que les travaux de Flynn et autres montrent que le QI augmente de 3 à 5 points par décennie. Donc, nous serions encore gagnants !

Selon cette même étude, cette baisse de QI serait due à l'augmentation de l'activité professionnelle des femmes : étant donné que les femmes plus intelligentes travaillent, elles ont moins d'enfant. Et par conséquent, il y a moins d'enfants à normal ou fort QI qu'avant. La reproduction joue-t-elle réellement un rôle dans l'évolution du QI ?

C’est une question très compliquée car la probabilité que des parents intelligents donnent des enfants intelligents est effectivement élevée, mais cela ne veut pas dire que dans le lot, tous seront aussi intelligents que leurs parents. Le même raisonnement s’applique pour les parents dont le QI est inférieur. De plus, si j’ai moins d’enfants, je peux passer plus de temps avec eux et donc mieux m’en occuper. Et un contact régulier permet de développer les capacités intellectuelles d'un enfant. C’est évident qu’on nait avec des capacités X. Cependant, ces capacités X ne s’expriment que dans un environnement donné. Si par exemple, j’ai de bonnes capacités intellectuelles mais que l'environnement dans lequel je suis écrase toute possibilité que ces capacités puissent s’exprimer, alors je risque d’avoir un QI plus faible que ce que je pourrais avoir. Et si je suis dans un environnement qui me permet d’exprimer mes capacités, alors j’aurais un bon QI. Cela n'est ni génétique, ni environnemental, c’est toujours les deux. C’est ce qu’on appelle l’épigénétique. Après, il faut également savoir que le QI est relativement stable à partir de 27 ans, et j’insiste bien sur le « relativement ». Je vais vous donner l’exemple d’une étude qui a été menée en Nouvelle-Zélande. Les chercheurs ont pris les mesures de QI d’environ 750 sujets à 7, 9, 11 et 13 ans sans aucune intervention entre chaque prise. Et ils ont observé que le QI de 90 % des enfants n'avait pas bougé, ce qui signifie qu’il y en a quand même 10 % dont le QI change. Ils se sont donc posé la question des raisons de ce changement et la variable qui explique ce changement, c’est l’absence de variable stable. Le QI augmente ou baisse en fonction des variables de sa vie personnelle, ce qu’on appelle des variables idiosyncrasiques. Par exemple, l’enfant qui va changer d’école et qui va apprécier son nouveau professeur sera motivé et verra son QI augmenter. Autre scénario, l’enfant perd ses deux parents et verra alors son QI baisser. Le QI n’est donc pas figé mais on ne fera pas non plus d’un déficient un surdoué. De plus, lorsque l’on fait un de ces programmes pour augmenter le QI et que l’on revient un an plus tard sans s’être entraîné entre temps, on peut être sûr que notre QI sera redescendu. 

Propos recueillis par Clémence de Ligny

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