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Des membres du public de Dieudonné à Nantes faisant une "quenelle" devant la salle du spectacle interdit.
Des membres du public de Dieudonné à Nantes faisant une "quenelle" devant la salle du spectacle interdit.
©Reuters

The show must go on...

Non, Dieudonné n’est pas un problème. Mais son public oui

Qui sont ceux qui se pressent pour l’applaudir ? D’où viennent-ils ? De certains coins de France parfaitement identifiés.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Rien n’est plus « in », rien n’est plus « hype », rien n’est plus neuf que le couple Dieudonné-Soral. L’un est noir, l’autre est blanc. À l’heure où les mérites du métissage sont vantés partout, c’est très, très chic. L’un a les pieds enracinés dans la terre de France, cette terre qui, elle, ne ment pas. L’autre a, accrochées à ses semelles, des parcelles du sol africain martyrisé par les négriers juifs. C’est très, très apprécié par les amateurs de véritables identités. Enfin l’un et l’autre sont de sexe masculin. À une époque où le mariage pour tous s’impose, c’est furieusement tendance.

Certes, il y a entre eux des différences. Les affidés de Dieudonné sont dans leur très grande majorité issus du 9-3 ou de coins de France qui ressemblent à la Seine Saint-Denis. Les images de la foule faisant la queue devant le Théâtre de la Main d’or ne trompent pas : des hommes représentatifs de la riche palette de la diversité, quelques filles voilées et, ici et là, une ou deux taches blanches. La tribu soralienne, elle, est notoirement moins bien fournie et absolument pas colorée. Du blanc et du crâne rasé. Un corps d’élite qui est aux légions dieudionnistes un peu ce qu’étaient les SS à la masse informe des SA.

C’est pourquoi Soral ne se conduit pas comme un vulgaire dieudonniste. Ces derniers vont en effet faire des quenelles n’importe comment et n’importe où. Devant des synagogues, devant une école où trois enfants juifs ont été assassinés. C’est d’un commun. Soral, lui, prend l’avion pour se rendre à Berlin. Et là il fait une quenelle devant le mémorial aux morts de la Shoah. Ça, ça a de l’allure.

D’ailleurs, il n’est pas du tout antisémite. En tout cas si on se réfère à la célèbre et charmante définition : « un antisémite est quelqu’un qui hait les Juifs plus que de raison. » Tout laisse à penser que Soral est raisonnable. Il doit estimer, à ce propos, que la lettre que lui a adressée le rédacteur en chef de Fluide glacial est un peu excessive. Ce dernier lui reprochait vivement d’avoir utilisé la caricature de Superdupont pour la couverture d’un de ses livres. Le patron de Fluide glacial écrit ce qui suit : « Dans votre idéal, Superdupont n’existerait pas puisque vous auriez envoyé à la chambre à gaz son créateur Marcel Gotlib. De même que vos aînés chéris y ont envoyé son papa. » C’est assez bien vu.

Quant à Dieudonné, il exerce ses talents dans la même discipline que Soral. Mais avec infiniment plus de succès. Et pour cause. Son public existait déjà et attendait juste que quelqu’un vienne pour incarner la haine antijuive qui, diffuse, prospère dans nos banlieues. Et Dieudonné est venu. Et en plus – ce qui ne gâche rien – il ressemble à son public. C’était gagné.

De surcroît il écrit le même français qu’eux. Ainsi, il a déposé plainte pour « antisémitisme » contre la LICRA. Cette citation à comparaître est un modèle. Il y est question à plusieurs reprises de « sodomie » et de « nécrophilie ». Et pour que le propos soit plus clair, il y est précisé qu’il s’agit d’une « sodomie anale effectuée avec la bite » ! (De plus larges extraits se trouvent sur les sites du Point et du Nouvel Observateur.) Cet homme connaît son public ! La citation est aussi intéressante par ses signatures. Dieudonné a reçu le renfort de Robert Faurisson, qui attend toujours les preuves de l’existence des chambres à gaz, et de Youssouf Fofana, courageux combattant antisioniste condamné à perpète pour avoir torturé et tué le Juif Ilan Halimi. Sont venus s’y ajoutés une flopée de détenus de la centrale de Poissy.

Dieudonné n’aime pas les Juifs. Ou plutôt certains Juifs. Il aime bien ceux qui ont porté, à Auschwitz, la tenue rayée de déporté. On pourrait penser, au vu de ses obsessions et à la lecture de sa plainte, qu’il est sujet à des bouffées délirantes. Et l’on n’aura pas tort. D’ailleurs, il se dit que Dieudonné en est conscient. C’est pourquoi il a cherché à consulter. Et, malheur de malheur, sur la liste des psys il n’a trouvé que des Cohen, des Levy, des Naouri, des Goldenberg et des Zlotowski. Ayant réalisé qu’ils allaient lui faire du mal, il s’est ravisé. Et c’est ainsi qu’il a acquis la certitude définitive qu’il y avait un complot juif contre lui.

PS : Daniel Mermet, qui officie sur France Inter, a consacré une heure de son émission au cas de Dieudonné. Et, en résumé, on a fini par comprendre que si les « jeunes des quartiers » allaient si nombreux applaudir Dieudonné, c’est parce qu’ils sont désespérés par le chômage et l’exclusion dont ils sont victimes. Et donc, avec la remarquable intuition qui les caractérise, les « jeunes des quartiers » ont réalisé que le retour au plein emploi passait par l’élimination des Juifs.

A lire du même auteur : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, (Atlantico éditions), 2013. Vous pouvez acheter ce livre sur Atlantico Editions.

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