Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique

En Marche

Nier le clivage Droite Gauche, c’est faire perdre sens à la Démocratie

L’élection d’Emmanuel Macron aurait fait voler en éclats un clivage républicain, aussi nécessaire qu’utile, entre deux forces, l’une progressiste, l’autre conservatrice, comme si la démocratie s’était acoquinée d’un candidat unique, « héros des temps modernes », qui ferait converger toutes les forces républicaines dans un seul camp !

L’impératif économique, fer de lance de toutes les ambitions politiques, aurait alors définitivement remporté la bataille des idées, avec une France qui doit obligatoirement se mettre « en marche » pour survivre à l’ère de la mondialisation. 

Ce clivage Droite-Gauche, jugé aujourd’hui désuet, a été enfanté lors des premiers moments de la Révolution française. En 1789, dans un débat endiablé sur l’autorité du Roi face au pouvoir de l’Assemblée populaire, les élus partisans d’un véto royal se sont placés à droite du Président de l’Assemblée, et les députés qui y étaient hostiles se sont rangés à sa gauche. Contrairement aux idées reçues, le progressisme n’a pas toujours été dans le « camp du bien » et du « sens de l’histoire. » Il est utile de rappeler qu’en 1870 c’est la gauche progressiste qui appelait à la colonisation tandis que la droite conservatrice s’y opposait vertement. Ce clivage Droite-Gauche s’est construit au fil de l’histoire républicaine avec d’un côté les tenants de valeurs de liberté, de mérite, d’identité et d’ordre et de l’autre les représentants des valeurs de progrès, d’égalité mais aussi d’insoumission. 

Par son coup de force, Emmanuel Macron tente de réconcilier une poignée de valeurs de droite et de gauche en vantant le mérite individuel et la liberté d’entreprendre puis en défendant un idéal de progrès tant sur l’idée d’une Europe épanouie que sur celle d’une France ancrée dans la modernité. La droite est affaiblie, victime-responsable d’une défaite qu’aucun commentateur n’aurait présagée. La gauche s’est détruite, faute d’une alternative sérieuse, dévorée à son aile la plus radicale par un mouvement populiste qui exalte l’insoumission. Un « centre » s’est donc formé autour d’une personnalité audacieuse qui se veut incarner tous les espoirs d’une convergence républicaine. 

Mais en réalité, quel héritage pour cette élection présidentielle hors-norme ? 

La République en marche est aujourd’hui un parti unique alimenté par un véritable culte du chef où toute forme de contestation démocratique est perçue comme une fronde. Il suffit d’observer la crise interne au mouvement et le départ d’une centaine de démocrates qui déplorent les méthodes « d’Ancien Régime » d’une gouvernance aussi autoritaire qu’intolérante. L’élection interne d’« En Marche » n’a certainement pas les attributs d’une véritable élection avec un collège électoral restreint composé d’élus, de cadres et de militants tirés au sort avec  un candidat en lice unique en la personne de Christophe Castaner. Cette nomination, par Jupiter lui-même, est l’illustration du mépris à l’égard des « marcheurs », qui pensaient être les pionniers de son succès. 

L’avenir de la République devrait donc reposer sur « En Marche », qui fusionne les camps conservateurs et progressistes au sein d’un même élan, sans considération aucune pour les modalités démocratiques les plus élémentaires et avec deux extrêmes pour seuls contradicteurs possibles. Cette perspective c’est celle de la répétition du choix douloureux que nous avons connu lors du second tour de l’élection présidentielle entre un candidat du « juste milieu » et un candidat contre le système. Aussi, pour l’éviter, il faut imposer une véritable opposition démocratique qui puisse se faire entendre dans le débat politique. 

Le centre macronien aseptise les forces traditionnelles pour mieux les digérer avec pour seul résultat une politique du « en même temps » qui pourra satisfaire les adeptes de ce nouveau monde imaginaire mais pas ceux du monde réel aux exigences légitimes. Pour ne pas que l’histoire se répète, le clivage Droite-Gauche doit bien exister car c’est dans la confrontation réelle que la démocratie prend sens. 

 

Commentaires
Nos articles sont fermés aux commentaires.