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Présider autrement

Nicolas Sarkozy est-il un extraterrestre politique ?

Le président de la République a indiqué jeudi qu'il arrêterait la politique s'il n'était pas réélu. Une annonce qui rompt avec une certaine tradition française du pouvoir et illustre combien Nicolas Sarkozy diffère de ses prédécesseurs.

Catherine Nay

Catherine Nay

Catherine Nay est journaliste politique.

Elle vient de publier un ouvrage consacré à Nicolas Sarkozy, intitulé : L'Impétueux, tourments, tourmentes, crises et tempêtes (Grasset, 2012).

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Atlantico : Nicolas Sarkozy a indiqué ce jeudi qu’il quitterait la politique s’il n’était pas réélu en mai prochain. Cette annonce vous a-t-elle surprise ?

Catherine Nay : Ce n’est pas la première fois qu’il tient de tels propos. Bien sûr, quand un homme politique l'annonce deux ans avant une échéance électorale, ses propos ne sont guère repris et l'on pense qu’il changera d’avis. Par conséquent, le fait que cette sortie intervienne moins de deux mois avant la présidentielle peut effectivement surprendre. A titre personnel, je pense que ce n’est pas forcément habile : cette annonce peut être perçue comme s’il entérinait sa défaite alors que son entourage s’évertue à répéter qu’il y croit.

Cette annonce reste toutefois inhabituelle dans la bouche d’un président de la République française. Est-ce à dire que Nicolas Sarkozy marque véritablement une rupture avec la pratique du pouvoir de ses prédécesseurs ?

C’est un Président pas comme les autres à plus d’un titre.

Il a vécu le pouvoir non pas comme du « bling-bling » - tel qu'on ne cesse de le répéter ici ou là - mais plutôt comme une ascèse : je ne connais pas de Président dans la République post-gaulliste qui ait autant travaillé que lui. C’est un drogué du travail. Et puis quand on parle du « bling-bling » de Nicolas Sarkozy, il faut tout de même se souvenir que François Mitterrand prenait l’hélicoptère tous les samedis pour aller jouer au golf et passait du temps dans de beaux hôtels aux frais de la République. A contrario, Nicolas Sarkozy est enfermé à l’Élysée et ne cesse de travailler. Il se différencie donc de ses prédécesseurs car il est en vérité moins « bling bling » qu’eux !

Surtout, c'est un Président hors norme du fait de sa vitalité. Quand vous consultez son emploi du temps, vous pouvez vraiment vous poser la question : « comment tient-il ? ». C’est une particularité qui le différencie des leaders ordinaires. Cette vitalité est peut-être liée à son hygiène de vie : il fait du sport, ne boit pas d’alcool, etc.

Cette vitalité apparente de Nicolas Sarkozy ne tient-elle pas également au fait que son mandat survienne après celui plutôt tranquille de Jacques Chirac ?

Non, je pense qu’il s’agit véritablement d’une caractéristique propre à Nicolas Sarkozy. 

En outre, la principale différence entre Nicolas Sarkozy et ses prédécesseurs tient au fait qu’il s’est fait élire sur une volonté de réformer : François Mitterrand proposait certes de « changer la vie » en 1981, mais deux ans plus tard il a rompu avec le socialisme. Et finalement, en 1988, il s’est fait réélire sur le « ni, ni », c’est-à-dire sur le fait qu’il ne changerait rien.

Quant à Jacques Chirac, il a été élu sur le thème de la fracture sociale auquel il a renoncé au bout de six mois, avant de connaître une cohabitation de cinq ans puis d’être réélu en 2002 après un « 21 avril » hors norme. Et on ne peut pas dire que son second quinquennat fut réformateur.

Nicolas Sarkozy s’inscrit-il dans une pratique plus américaine du pouvoir ?

On a pu parler de « Nicolas Sarkozy l’Américain », mais l’expression décrivait surtout son rapprochement politique avec les États-Unis.

En fait, Nicolas Sarkozy a toujours été Nicolas Sarkozy ! Même quand il était maire de Neuilly, s’il y avait un accident à 3h du matin à un carrefour, il se levait et y allait. Il a toujours dit qu’il avait fait du travail une valeur cardinale de sa vie.

Enfin, il est hypermnésique, doté donc de capacités de mémoire exceptionnelles. Pour toutes ces raisons, c’est donc un personnage hors-norme.

Vous évoquez également dans votre ouvrage sa vie amoureuse…

C’est un homme qui a une fragilité affective : il ne se vit bien qu’en couple et ne s’accommode pas d’une vie double comme la plupart de ses prédécesseurs qui ont eu diverses liaisons…

Et son égo ? N’en a-t-il pas fait preuve de davantage que ses prédécesseurs ?

Certes, il a un égo hypertrophié. Mais vous ne devenez pas Président du jour au lendemain. Il l’a d’ailleurs indiqué : c’est une charge exceptionnelle et il a mis du temps à se mettre dans le moule.

Il a gouverné avec un staff élyséen réduit où figuraient notamment Claude Guéant ou Raymond Soubie. C’était cette équipe son vrai gouvernement, pas les ministres.

Par ailleurs, deux épisodes contextuels font de Nicolas Sarkozy un Président unique : il a été élu en plein divorce et en pleine crise internationale survenue dès 2008.

Enfin, c’est un président qui a été beaucoup critiqué, mais paradoxalement – malgré sa surexposition médiatique depuis cinq ans – chacun de ses passages à la télévision est un succès d’audience. 

Propos recueillis par Aymeric Goetschy

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Catherine Nay vient de publier L'Impétueux, tourments, tourmentes, crises et tempêtes (Grasset, 2012)


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